L’intégriste qui voulait infiltrer l’armée

L’intégriste qui voulait infiltrer l’armée

Le procureur général près la cour d’appel de Casablanca, Abdellah Alaoui Belghiti, annonçait le 10 juin la présentation au juge d’instruction du dénommé Abdelkrim Chadli après la présentation de requêtes à son sujet. Arrêté à la gare de Meknès, quelques jours avant d’être déféré devant le juge d’instruction, ce prédicateur, de son nom de guerre Abou Obeida, est considéré comme l’un des principaux prêcheurs de la Salafia Al Jihadia. Né en 1960 à Casablanca, Abou Obeida, commerçant de son état, est marié et réside dans la capitale économique. Connu pour ses discours virulents et ses écrits défendant la thèse d’Attakfir Wal Hijra (Anathème et exil), il a été le seul parmi les théoriciens de la nébuleuse du groupe dit « Salafia Al Jihadia », qui n’a jamais nié son existence. Bien au contraire, il avait même déclaré qu’elle comptait des centaines de membres qui se cachaient derrière d’autres mouvances comme Al Adl Wal Ihssane ou le Parti de la Justice et du Développement (PJD). Cette tactique, selon ses déclarations, se devait au fait que le moment n’était pas encore propice pour passer à l’action. Le communiqué annonçant son arrestation précise qu’en cette qualité de principal théoricien de cette mouvance, il donnait des cours auxquels assistaient plusieurs jeunes, dans des maisons situées dans des quartiers populaires à Casablanca, tels que Lahraouyine, Douar Toma et Douar Skouila. Dans ses cours, « il instrumentalisait la religion et ses nobles idéaux incitant à la bonne vertu et déconseillant le mal, en faisant une interprétation tendancieuse et malveillante pour inciter au meurtre, dans ce qu’il appelait le « Jihad ». Âgé de quarante-trois ans, Abdelkrim Chadili est titulaire d’un doctorat de l’université Mohammed V de Rabat qu’il a obtenu au début de l’année 2000. Sa thèse, tout comme son mémoire de licence en philosophie obtenue dans la même université, avait pour sujet l’oeuvre de l’imam Ibn Taïmia. Rappelons que cet érudit de la théologie musulmane est considéré comme le précurseur de la tendance d’Attakfir Wal Hijra et son père spirituel. D’ailleurs, tous les mouvements islamistes adoptant cette idéologie se sont inspirés de son célèbre ouvrage « Les grandes jurisprudences d’Ibn Taïmia » qu’ils considèrent comme leur principale référence en matière de Fatwa. Dès ses premières années d’études universitaires, le dénommé Abou Obeida s’était aligné dans les rangs du mouvement des « étudiants de la jeunesse islamique ». Après avoir obtenu sa licence, il créa, en compagnie de Abdelilah Benkirane, la « Jamaâ Al Islamia » qui changera de dénomination par la suite et deviendra le mouvement « Al Isslah Wa Attajdid ». Il milite au sein de cette mouvance au sein de laquelle il était considéré comme l’un des plus importants dirigeants, jusqu’en 1985, date à laquelle il décida de démissionner tout en accusant ses membres de trahison. En cette année, il était arrêté pour la première fois par les services de police qui l’ont interrogé puis relâché. En 1992, il était arrêté une deuxième fois et interrogé sur ses tentatives de créer des cellules islamistes au sein de l’armée marocaine. En 2001, alors que le monde entier était choqué par les attentats terroristes du 11 septembre, Chadili avait déclaré que ces actions étaient « un devoir sacré » et qu’il aurait aimé appartenir à l’organisation terroriste d’Al Qaïda considérant le fait d’être l’un de ses membres comme un grand honneur. Aujourd’hui, Abou Obeida se trouve entre les mains de la justice qui se prononcera sur tous les crimes qu’il aura commis directement ou indirectement.

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