L’intrigue dans le sang

Visage impénétrable, regard toujours vif, Mohamed basri, dit le Fkih, aime les intrigues, adore les coups fourrés. Voilà longtemps qu’il voue une affection toute débordante aux conjurations. N’est-t-il pas le personnage central de toutes les tentatives de coup d’État contre le Roi défunt Hassan II mais aussi du complot de juillet de 1963? complot de Marrakech et complot du 3 mars? Figure prestigieuse de la résistance contre l’occupant français, fondateur de l’UNFP avec Mehdi Ben Barka, condamné après le complot de juillet , gracié par Hassan II, condamné de nouveau à mort par contumace après le complot de Marrakech, l’homme n’a rien perdu apparemment malgré les années de son goût des manigances.
Ceux qui croyaient que son retour au Maroc en 1995 après des années d’exil à l’étranger était un signe de l’assagissement de ce baroudeur infatigable en ont été pour leurs frais. L’alternance, il ne l’a pas du tout aimée. D’ailleurs, il n’est pas loin d’assimiler l’acceptation par son compagnon de lutte, Abderrahmane Youssoufi, de l’offre de gouverner, à un acte de trahison de la “cause“. Mais quelle cause ? Au fond, il en tiendra rigueur au Premier ministre pour l’avoir maintenu, dès son retour au bercail, hors du dispositif opérationnel du parti et de ne l’avoir pas consulté dans la formation du cabinet dit de changement. En un mot, le Fkih croyait pouvoir tirer profit, tout comme Youssoufi, de la prééminence de l’âge pour jouer un rôle dans le Maroc nouveau qui se dessinait alors. Avec comme objectif inavoué : fédérer autour de lui ce qu’il appelle le bloc historique comprenant toutes les “ vraies forces nationalistes“.
Autant dire redonner une nouvelle chance à une période de l’histoire dont l’intéressé reste viscéralement nostalgique. Quand il a compris que ses projets n’ont aucune chance d’aboutir, il exprime son ressentiment à sa manière. Par l’intrigue, encore et toujours. Le point culminant de cette hargne envers le premier secrétaire de l’USFP qui l’a “débranché“ aura été sa fameuse vraie-fausse lettre publiée par le Journal en novembre 2000. Cette lettre, qu’il aurait adressée à Abderrahmane Youssoufi en 1974, présente ce dernier comme étant au courant de tous les complots fomentés par Hassan II. Avec ce document-mise aux “poings“ qui a fait l’effet d’une bombe dans les milieux politiques, le Fkih voulait régler ses comptes avec ses anciens amis politiques en les impliquant à tort ou à raison dans ses conjurations anti-monarchiques qui ont suivi l’indépendance.
Mohamed Basri que l’on dit immensément riche grâce à l’argent de la “révolution“ qui n’a pas eu lieu ne dédaignera pas s’allier avec tous ceux qui rêvent d’atteindre Abderrahamne Youssoufi et faire capoter l’expérience de l’alternance et même au-delà… Celui qui a adopté “l’option révolutionnaire“ et envoyé à la potence par sa faute des centaines de jeunes qui croyaient à son “combat“ sait mêler et emmêler les pistes avec une parfaite maîtrise.
Habile à la manoeuvre, manipulateur par nature, ce natif de Demnate semble avoir des prurits quand il est en panne de combines politiques. “Il est mis à l’écart de la nouvelle dynamique naissante à cause de sa réputation de comploteur qui lui colle à la peau“, résume un membre de l’USFP qui connaît bien le personnage. Sacré Basri.

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