L’islamisme jouait sur du velours

Quelle analyse faites-vous de la montée de l’extrémisme au Maroc, notamment à la lumière des attentats du 16 mai dernier ?
Ismaïl Alaoui : Je pense tout d’abord que toute explication partielle pèche par défaut. L’explication tient à une relation avec l’idéologie, l’économie, le social et le politique.
Pour ce qui concerne l’idéologie, je pense à la responsabilité de l’Etat qui, pendant des décennies, a soumis les forces du progrès à certaines contraintes et a cru bien faire en fermant les yeux sur les agissements des courants qui se prévalaient de la religion et de la défense de nos valeurs civilisationnelles et culturelles, comme s’il y avait une contestation à cela, de la part des autres partis politiques.
Cet aspect idéologique s’est manifesté au niveau de l’enseignement à partir des années soixante-dix.
De cette question de l’Enseignement, on peut évoquer cette conception primitive de l’éducation qui s’est manifestée, entre autres, à travers la suppression de la philosophie, de la sociologie et de la psychologie de l’enseignement universitaire et secondaire. Ajoutant à cela le fait que les enseignants, au lieu d’être formés dans une optique de discussion, d’ouverture, de critique et de libre arbitre, ont commencé à fonder leurs actions, essentiellement, sur les arguments d’autorité.
Bref, il y a une grande part de responsabilité de l’Etat, dans tout cela, et jusqu’à présent on n’est pas sorti de l’auberge.

Qu’en est-il des autres facteurs ?
À côté de ce premier volet, il y a le facteur économique et social. Notre société vit en profondeur des perturbations qui sont en rapport avec des problèmes démographiques, de statut foncier et de structures sociales qui se délitent, parce qu’elles ne sont plus à même de répondre aux attentes des jeunes. Je pense, à cet effet, aux problèmes liés à l’exode rural et vers les villes, alors que rien n’est fait pour recevoir ces nouveaux immigrants, à la marginalisation qui en découle et à la chute de la morale sociale dont les aspects apparents ne sont autres que la corruption et l’abus de pouvoir.
Tout cela a contribué à l’émergence d’une situation malsaine qui ne cesse de se propager.
Il y a, également, une responsabilité qui tire son origine du fait que les partis, qui sont susceptibles d’être des interprètes des revendications sociales des masses déshéritées et qui sont à même de présenter des programmes économiques viables et des alternatives valables, ont subi la répression directe et indirecte et ont été incapables d’être à la hauteur de la situation; au moment où le mouvement, qui se prévaut de la référence religieuse, jouait sur les velours. Alors que ses arguments idéologiques et politiques étaient simples.

Faut-il alors continuer d’admettre l’existence de partis à  référence islamique ?
En tant que démocrats, je ne demande l’exclusion de personne. Cela rentre dans le cadre des libertés publiques. Néanmoins, il y a lieu de préciser que nous sommes dans un pays qui est constitutionnellement islamique. Par conséquent, le référent islamique est en filigrane dans toutes les actions de l’Etat. Contrairement aux Etats laïcs, personne ne peut avoir l’exclusivité du référentiel islamique.
Ceci étant, la référence est un problème qui relève du vécu et il existe chez tous les partis politiques marocains.
D’un autre côté, il faut rappeler que la mouvance islamique a bénéficié de dons financiers et matériels extrêmement importants, notamment de la part de certains pays étrangers ; et ce, à un moment où les responsables n’étaient pas regardants sur les origines de ces fortunes.

Que compte faire les démocrates pour remédier aux problèmes dont vous avez parlé ?
Il est temps de retrousser les manches. Mais, pour cela, il faudrait avoir les moyens pour descendre au terrain et que l’on soit tenu à une obligation de résultat. Aussi, il est impératif d’être plus dynamique sur le plan de la Communication et de faire en sorte que les concitoyens comprennent le fond de leur foi et de leurs croyances. Il faut reconnaître qu’un ressort a été cassé et qu’il est temps pour les partis politiques d’agir et de faire leur travail convenablement. En ce qui concerne l’Etat, nous proposons de mettre un terme au cercle vicieux de la pénurie, par l’amorce de grands chantiers qui pourraient être une occasion pour la formation des jeunes et fournir à l’Etat des moyens dont il ne dispose pas maintenant.

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