L’Istiqlal abdique

Quelle mouche a piqué Abbas El Fassi et le Parti de l’Istiqlal ? C’est la question que les observateurs politiques n’ont cessé de poser, depuis l’annonce des résultats des législatives.
Bien avant, le SG du PI n’épargnait aucun effort pour prédire l’arrivée en tête de sa formation. Une fixation qui allait le rendre prisonnier de rêves d’omnipotence. Mais, en politique, les tentatives oniriques ne sont pas permises. Elles ne peuvent, indéfiniment, meubler l’espace politique sans risque de réveil désagréable et de sensation de frustration. La réalité politique ramène toujours au pragmatisme et à la composition durable.
Le PI a cru qu’il pouvait faire cavalier seul, sans ses alliés de la moribonde Koutla. Il s’est dirigé aux formations les plus conservatrices pour se frayer un chemin, loin des sentiers battus de la démocratie. Son conflit de leadership avec l’USFP et le désir de s’imposer comme un parti leader et dirigeant l’ont aveuglé au risque d’être taxé de parti machiavélique, qui fait des moyens la seule justification de la fin. Peu importe la nature des alliances nouées, l’essentiel est de s’assurer un rôle prépondérant et monopolisateur.
Ces errements viennent de la conviction que, côté gauche, le parti sait qu’il n’a aucune chance de jouer un quelconque rôle de locomotive. D’où la fuite en avant, en direction des islamistes du PJD, pièce-maîtresse d’un jeu transparent qui tendait à dévoyer le pays de la direction dans laquelle il s’est ancré. Fort de cette alliance stratégique, le PI a ne s’est pas arrêté là. Il a coordonné avec les segments de la Haraka et les formations du Wifaq, pourtant désavouées par le scrutin du 27 septembre, et avec lesquels il n’a pas de dénominateurs communs. Des erreurs de jugement, basés sur de faux calculs.
Et, du jour au lendemain, coup de théâtre : Abbas El Fassi n’a plus de problème avec l’USFP, ni avec Abderrahmane Youssoufi. Fini le langage de l’opposition à ses amis d’hier ! Il n’aurait plus aucune condition pour participer à la reconduction de l’équipe gouvernementale sortante. Comme l’homme peut changer, en l’espace de quelques jours. Au denier Conseil national du Parti, tenu samedi dernier, des voix se seraient élevées pour critiquer les vaines tentatives de faire chambre à part et de flirter avec les conservateurs. Elles lui auraient reproché d’avoir fait rater au PI « la place naturelle au sein de la majorité sortante » qui pouvait lui assurer une amélioration substantielle de sa représentation au sein du gouvernement. Le seul résultat de cette querelle partisane est d’avoir favorisé la nomination de Driss Jettou à la Primature, mais elle a semé la discordance avec les alliés du PI, notamment avec l’USFP.
Aujourd’hui, on fait comme si rien n’était. On recommence l’alliance sur des bases moins solides. Car, en 1998, les affinités entre les « deux grands » de la famille nationaliste étaient mises en avant et les rapports étaient au beau fixe. Le PI, à cause de ses pérégrinations à la recherche d’un mieux, revient au bercail, les mains bredouilles. La logique veut que le tribut soit payé ou, au moins, la résignation à ce qu’offre la maison. Il obtiendrait moins de ministres qu’une coopération loyale lui aurait fait gagner.
C’est dans ce cadre qu’on peut apprécier la résolution du Conseil national du Parti de l’Istiqlal. En chargeant le S.G. et le Comité exécutif du suivi des tractations, le Parti n’a pas voulu désavouer son premier responsable. Il en a besoin, par les temps qui courent.

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