«L’opposition ne nous effraie pas»

Aujourd’hui le Maroc : Dans quel état d’esprit l’Istiqlal aborde-t-il les législatives du 27 septembre ?
Abbas El Fassi : Dans un bon état d’esprit. Motivés et confiants, nos candidats sont prêts à battre campagne pour défendre les idées et les principes de notre parti.
À partir de quel nombre de sièges estimeriez-vous que vous aurez réussi dans votre mission à la tête de l’Istiqlal, 30, 40 ou 5O sièges dans le futur Parlement ?
D’abord, je pense que j’ai réussi dans la mission qui m’a été confiée par le Conseil national du parti en m’élisant au poste de Secrétaire général. C’est l’avis aussi bien des militants istiqlaliens que de l’opinion publique nationale. Cela dit, nous sommes très optimistes quant au score électoral de notre formation qui a couvert l’ensemble du territoire. Nous n’écartons pas l’éventualité d’être les premiers.
Sur quoi vous basez-vous pour affirmer cela ?
Contrairement aux expériences électorales précédentes, l’administration fera cette fois-ci preuve de neutralité conformément aux directives de S.M. le Roi contenues dans ses derniers discours à la nation. En outre, le bulletin unique ne va pas faciliter l’achat des voix comme c’était le cas par le passé avec la multitude de bulletins de vote. Seul aspect regrettable, l’usage massif de l’argent par les candidats.
Ce phénomène risque de fausser le jeu et de dénaturer les résultats. Cependant, je constate à mon niveau que de plus en plus de citoyens sont écoeurés par les candidats corrupteurs qui ont recours à des méthodes malhonnêtes pour se faire élire. Cette réaction de rejet vient du fait que les gens ont compris que le trucage des élections est responsable de la crise économique et sociale qui mine le pays depuis plusieurs années.
Vous restez donc optimiste…
Il n’y a pas de raison en ce qui nous concerne de ne pas l’être. Nos candidats, dont la moitié ont déjà un mandat électif et les 2/3 sont des cadres de haut niveau, sont tous des militants istiqlaliens. Et puis, nous avons refusé d’accueillir ceux qui arrivent des autres partis. Nous avons donc veillé à présenter des profils intéressants capables de hisser haut les couleurs de notre parti.
Pourtant, nombre de militants à travers les régions, notamment à Casablanca, ont manifesté leur mécontentement quant au choix de certains candidats…
Il est normal qu’il y ait des mécontents avec le nouveau mode de scrutin puisque tout le monde voulait être tête de liste. Or, aucun mécontent istiqlalien n’a quitté le parti. Mieux, les mécontents soutiennent nos candidats dans tout le pays. À Casablanca, que vous avez citée, les choses sont passées plutôt bien pour la plupart des circonscriptions.
Votre candidature à Larache a suscité certains remous au plan local. Pourquoi ?
Un journal étranger a écrit que Abbas El Fassi a été parachuté à Larache tout comme Khalid Alioua à Anfa. Moi, je suis à Larache depuis 1969 où j’étais coordonnateur du parti. Lors des élections législatives de 1977, je m’y suis présenté et j’ai perdu. En fait, on m’a fait perdre car à l’époque, le parti avait un discours d’opposition qui ne pouvait pas plaire. Je me suis représenté en 1984 et, cette fois-ci, j’ai été élu député de Larache. Entre-temps, S.M. le Roi m’a nommé Ambassadeur à Tunis. Si je ne me suis pas représenté en 1997 c’est parce que j’ai eu le flair que le ministère de l’Intérieur allait me faire battre.
D’ailleurs, neuf membres sur onze du Comité exécutif ont subi une déconvenue injuste. Je suis de nouveau candidat pour les prochaines élections dans une province avec laquelle j’ai toujours maintenu le contact.
Quelle serait la réaction de votre parti au cas où l’USFP obtiendrait la majorité et forme le futur gouvernement sans associer l’Istiqlal dans les consultations?
Si les principaux partis obtiennent chacun entre 40 et 48 sièges sur 325, cela ne veut rien dire. Aucun parti ne dispose de la majorité dans ce cas de figure. Etre majoritaire suppose une performance de 70 ou 80 sièges. Certains pensent que le meilleur parti ne dépasserait pas les 40 sièges dans le cadre du nouveau mode de scrutin de liste. Donc, c’est à S.M. le Roi conformément à la Constitution de choisir le Premier ministre parmi les formations arrivées en tête. Si celui-ci est issu des rangs de l’USFP, je pense que ce parti mènera des consultations avec les partenaires éventuels à commencer par l’Istiqlal. L’USFP et l’Istiqlal ce sont des principes communs, une même vision et une histoire commune matérialisée par la Koutla grâce à laquelle Abderrahmane Youssoufi est devenu Premier ministre en 1998.
Vous ne vous voyez donc pas dans l’opposition?
Écoutez, l’opposition ne nous effraie pas. Nous avons fait 28 ans d’opposition depuis 1963. Mais nous constatons que chaque fois que notre parti participe au gouvernement, il y a un plus pour le pays dans nombre de domaines.
Une alliance Istiqlal-PJD est-elle aussi à écarter ?
Depuis une année environ, la presse marocaine oriente vers une alliance Istiqlal-PJD. Je ne comprends pas le sens de tout cela. L’Islam que nous prônons est un Islam de tolérance, de progrès, de la solidarité et de justice. L’Istiqlal ne sera jamais un parti réactionnaire, renfermé sur lui-même.
Que pensez-vous de l’idéologie des Islamistes du PJD ?
C’est un parti qui prend les positions les plus dures en ce qui concerne la jurisprudence. Il donne parfois l’impression d’être contre l’ouverture. Ce qui est loin d’être la conception de l’Istiqlal par rapport à l’Islam.
Certains observateurs affirment que l’USFP se sent plus proche du RNI que de l’Istiqlal… Qu’en pensez-vous ?
L’Istiqlal entretient d’excellentes relations avec l’ensemble des composantes du paysage politique national. Quant à une coalition USFP-RNI contre une alliance Istiqlal-PJD, il faut poser la question aux intéressés.
Ce qui est déroutant, c’est que le partenariat politique liant l’Istiqlal à l’USFP a du mal à déboucher sur du concret, notamment des candidatures communes ou des listes communes pour les élections du 27 septembre…
Nous avons présenté des candidats communs lors des législatives en 1993. Cette expérience réussie n’a pas marché pour les élections de 1997 à cause du refus de l’USFP. Lors d’une réunion, Abderrahmane Youssoufi avait déclaré à M’Hamed Boucetta que le Bureau politique de son parti avait décidé d’abandonner l’idée de candidatures communes. Je suis allé voir M. Youssoufi chez lui pour lui proposer de coordonner notre action pour les législatives du 27 septembre. Il est vrai que les listes communes dans tout le pays sont difficiles à mettre en oeuvre pour les raisons que l’on sait. Mais j’ai proposé à mon interlocuteur de tenter l’expérince pour une vingtaine de circonscriptions qui, d’ordinaire, étaient offertes à certains partis politiques.
Vous avez dit offertes. Par qui ?
Par l’administration.
Quelle était la réponse de M. Youssoufi?
J’ai donc proposé, pour le symbole, que dix circonscriptions soient dirigées par l’USFP et les dix autres par l’Istiqlal. M. Youssoufi m’a répondu que nous verrions cela lorsque le ministère de l’Intérieur nous aurait apporté le nouveau découpage électoral. Malheureusement, cela n’a pas abouti.
Au lendemain du scrutin du 27 septembre, quelle sera la réaction de l’Istiqlal qui nous a habitués à contester les résultats du vote?
Cette fois-ci, nous sommes sereins car S.M le Roi a déclaré dans plusieurs de ses discours qu’il est le garant de la sincérité des élections. Par conséquent, je ne peux imaginer les élections du 27 septembre que transparentes et régulières.

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