L’opposition resserre ses rangs

La déclaration du Premier ministre, Driss Jettou, ne peut faire l’unanimité. C’est la logique des choses. Au contraire, le contraire aurait étonné. La démocratie ne peut marcher sans majorité et opposition, c’est connu. C’est ainsi que les responsables du Parti de la justice et du développement, à leur tête le chef du groupe parlementaire à la première chambre, Mustapha Ramid, a considéré, juste après l’allocution de M. Jettou, qu’il ne s’agit pas d’un programme défendable, qui a des chances minimes de réussir. C’est plutôt une déclaration d’intention.
Le PJD est dans l’opposition. Une opposition constructive et qui fera en sorte que le pays aille de l’avant, semblait dire Me Ramid, dans une langue arabe qu’il maîtrise à souhait et avec le style et la manière d’un véritable leader de l’opposition. Il est vrai que fort d’une bonne quarantaine de représentants, le PJD ne veut pas se laisser distancer et surtout n’admettra pas de perdre du terrain qu’il a conquis, généralement par la faute des autres.
Le poids du PJD sous la coupole lui permettra, à coup sûr, de faire avancer les choses, d’occuper les devants de la scène et de perpétuer son image de formation islamisant mais qui a un projet de société ayant des chances d’applicabilité. Surtout que son discours aujourd’hui est placé sous le signe du réalisme alors qu’il considère le programme de M. Jettou manquant de précisions et de chiffres valables et donc de projets viables.
C’est l’avis d’un Abdellah Kadiri, secrétaire général du Parti national démocrate qui constate avec amertume que le monde rural reste le parent pauvre de la déclaration gouvernementale. « Il faut des mesures concrètes pour redonner confiance aux investisseurs et surtout relancer l’agriculture et aider le monde rural, sinon le programme du gouvernement sera sans résultat », dit-il.
A une question d’Aujourd’hui Le Maroc sur ce que l’on peut attendre du gouvernement, il répond sans détours que la cabinet Jettou part largement handicapé. « Il s’agit d’un gouvernement non homogène, avec des partis qui n’ont aucune plate-forme commune et forcément il sera inefficace. Notre rôle en tant que parti qui a choisi de rester dans le camp de l’opposition, sera constructif. Nous défendrons les mêmes idées et positions que nous avons depuis toujours », dit-il.
Quant à la possibilité de coordination avec les autres composantes de l’opposition, M. Kadiri met en avant d’abord l’accord qui a donné lieu à la création d’un groupe commun avec l’Union constitutionnelle. « Le groupe constitutionnel démocrate que nous avons formé, avec à sa tête un député de l’UC, s’inscrit dans une démarche de regroupement à laquelle nous nous attachons. D’autant plus que cela nous permet d’avoir un groupe parlementaire homogène pouvant mener à bien la barque de l’opposition », dit-il. Cela veut-il dire que le PND ne verra pas du côté des Isamistes du PJD ? Au contraire, nous répond M. Kadiri. « Nous avons des contacts avec nos amis du PJD. On étudiera éventuellement ensemble les possibilités de coordination et de travail commun au sujet de questions sur lesquelles nous avons les mêmes attitudes. Au PND, nous avons toujours été pour un travail commun. Seule critère pouvant nous permettre d’aller de l’avant », ajoute-t-il.
Quant à l’Union constitutionnelle, et du moment qu’il a formé un groupe commun avec le PND, il ne fera rien qui puisse rompre cette alliance. D’autant plus que les dirigeants de l’UC considèrent que le programme du gouvernement exposé par M. Jettou ne permettra pas aisément la relance de l’investissement et la résorption du chômage. « Nous sommes un parti libéral et la nomination de M. Jettou est une bonne chose. Quant au programme, c’est une autre affaire », nous disait au téléphone le secrétaire général du parti, Mohamed Abied. Avant d’ajouter que son parti a toujours été une formation qui agit pour le bien du pays. « Nous allons prendre la position adéquate concernant la déclaration gouvernementale, mais en tout état de cause nous sommes pour faire avancer les choses », conclut-il.
Avec plus de soixante députés PJD, UC, PND, MDS, en plus de ceux qui hésitent entre le soutien et l’opposition, notamment l’UD et le FFD, l’opposition actuelle n’est pas encore bien délimitée, mais il est certain que le débats seront différents par rapport au passé et que l’espoir est de voir l’expérience actuelle non entachée d’irrégularités qui remettent tout le processus en cause…

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