Madrid, la méditerranée et le sahara

Madrid, la méditerranée et le sahara

Les discussions sur le Sahara marocain se poursuivent au Conseil de sécurité, au niveau des experts. Une réunion plénière cruciale est programmée pour jeudi prochain. Les tractations portent sur le mandat du Minurso, à la lumière de la dernière version du Plan Baker que l’Algérie a acceptée avec enthousiasme, les séparatistes ont fini par accepter du bout des lèvres et qui suscite les réserves, pour ne pas dire plus, du Maroc. Le Conseil de sécurité est actuellement présidé par l’Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara. Elle est également contractante de l’accord tripartite de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie. Cet accord, dûment enregistré auprès des Nations unies, qui a abouti au partage de l’ancienne colonie espagnole entre Rabat et Nouakchott, a surtout donné à la décolonisation du Sahara occidental une légitimité internationale. Depuis cet accord, contracté en 1975 à l’issue d’une marche populaire pacifique organisée par le Maroc, bien des choses ont changé. D’abord la Mauritanie s’est retirée de la partie méridionale du Sahara occidental, revenue automatiquement au Maroc, en vertu d’un droit de préemption rendu légitime par le seul fait que feu S.M. Hassan II ne voulait en aucun cas d’un nouveau tracé de frontières, qui se traduirait par l’émergence d’une entité fantoche entre le Maroc et la Mauritanie. En outre, sous le poids d’une pression internationale insupportable, notamment de la part d’amis traditionnels, le Maroc a dû se résigner à accepter le principe d’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara. Voilà pour le rappel historique car, aujourd’hui la donne a complètement changé pour plusieurs raisons qui, pour la plupart, relèvent de géostratégie, de calculs conjoncturels et n’ont absolument rien avoir avec le sacro-saint principe des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le nouveau plan proposé par l’ancien secrétaire d’Etat américain James Baker, envoyé spécial dans la région du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, prévoit l’établissement d’un statut définitif au Sahara après organisation d’un référendum, au bout de quatre années de large autonomie, qui doit permettre aux votants de choisir entre trois options, l’indépendance du Sahara occidental, le maintien de cette large autonomie sous souveraineté marocaine ou son rattachement définitif à la mère-patrie. Le nouveau plan Baker s’éloigne à bien des égards des propositions faites par lui-même à l’occasion d’autres projets d’accord, ce qui fait dire à de nombreux observateurs qu’il va contribuer davantage à l’enlisement d’un conflit, qui n’en est pas un. Comment peut-on demander au Maroc, comme le laisse entendre le nouveau plan Baker, de concéder au seul Polisario d’authentifier le corps électoral ou d’aliéner sa souveraineté en lui permettant de gouverner à sa guise le Sahara durant la période intérimaire qui précède le référendum ? Nous connaissons les motivations algériennes dans l’utilisation d’un conflit qu’elle a largement exploité à des fins intérieures, régionales et internationales. Celles de l’Espagne, par contre, laissent dubitatif par leur opacité et, surtout, l’inconséquence d’une attitude qui va à l’encontre des intérêts du peuple espagnol lui-même. On ne comprend pas, par exemple, pourquoi Madrid tient au démembrement d’un pays qui constitue son prolongement africain, avec qui il a des relations séculaires plus fortes qu’avec aucun autre pays de la région et qui est en mesure de lui créer bien des problèmes, s’il le voulait. La responsabilité de l’Espagne dans le processus en cours pour régler le conflit est très grande. Non seulement, à cause de son statut d’ancienne puissance colonisatrice mais aussi parcequ’elle préside actuellement le Conseil de sécurité avec tout ce que cette charge entraîne comme devoirs de réserve, de retenue et d’engagements vis-à-vis de l’histoire. Le conflit du Sahara est devenu un enjeu multinational pour plusieurs raisons qu’il serait inutile de détailler. Disons tout simplement que la donne régionale évolue rapidement sous l’impact d’un nouvel échiquier international en Méditerranée. Washington, via Madrid, montre un certain empressement à « intégrer » un certain nombre de pays dans sa politique africaine donnant l’impression de vouloir prendre ses devants par rapport à la vieille Europe, menée par la France qui planche, elle aussi, sur de nouveaux choix stratégiques régionaux. Plusieurs options sont donc en gestation actuellement des deux côtés de l’Atlantique. Le Maroc dispose de nombreux atouts pour s’imposer comme interlocuteur incontournable. À lui de savoir les capitaliser à travers une diplomatie plus compétente.

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