Maroc-Chine : la muraille invisible

Maroc-Chine : la muraille invisible

C’est un véritable parcours de combattant qu’un Chinois doit accomplir pour venir au Maroc. La procédure de visas, centralisée depuis  l’ambassade du Royaume à Beijing, peut durer des mois. Une lettre d’invitation du gouvernement marocain est souvent exigée aux hommes d’affaires. Quant aux touristes potentiels, ils sont vertement rejetés. Les représentations marocaines (ambassade et consulat) leur font savoir, témoigne un agent de voyages casablancais, qu’ «ils ne veulent pas de touristes chinois au Maroc». L’ambassade délivre seulement des visas business, fait-on savoir sèchement aux éventuels demandeurs.
Une attitude rigide, motivée certainement par la volonté de lutter contre l’immigration clandestine en Europe, mais qui prive le Royaume de la part devant lui revenir dans la manne des 32 millions de touristes chinois que se partagent certaines destinations.
A titre d’exemple, 200 000 Chinois ont visité la Turquie l’année dernière. Auteur d’une impressionnante participation au dernier salon touristique de Beijing, clôturé il y a quelques semaines, l’Egypte et, derrière, la Tunisie, s’intéressent elles aussi à ce marché émetteur prévu produire 100 millions de voyages à l’international à l’horizon 2018.
Les seuls participants marocains à cette rencontre, Mohamed Belkebir de Ryad Mogador et Fadel Hafed de l’agence Receptours sont revenus de ce pays du Levant, avec au moins un constat : l’administration marocaine du tourisme ne croit pas à l’éveil de la Chine. Avant le dernier déplacement du président chinois au Maroc, seuls trois pays arabes (Egypte, Jordanie et Tunisie) étaient sélectionnés par la Chine comme étant des «Destinations approuvées».


 Pourquoi la Chine est aussi
bon marché ?


Alors que le SMIG marocain frôle 1800 dirhams, en Chine, les ouvriers sont payés entre 600 et 800 dirhams. Ce différentiel se double d’un certain mystère. Comment les Chinois arrivent à aligner des produits manufacturiers au même prix que la matière première ? C’est le cas pour les articles à base d’acier, la porcelaine et même, de plus en plus, pour le cuir. Pour Mostafa Rezrazi, Economiste marocain vivant au Japon, aujourd’hui à la tête de la Société arabe des études asiatiques et directeur du projet réseau Media Moyen-Orient/Asie (Tokyo, Séoul, Beijing), la force de l’industrie chinoise réside d’abord dans ses volumes de production, permettant d’importantes économies d’échelles. «Les industriels chinois ont eu l’intelligence d’investir le quotidien des ménages, en se tournant vers le marché domestique. C’est une leçon à saisir pour les industriels marocains », selon M. Rezrazi, pour qui la concurrence chinoise offre aux Marocains un bon laboratoire pour préparer les échéances de 2010. A condition toutefois, préconise-t-il, d’établir une stratégie de coopération adaptée.
Pour ce membre de l’Asmex, la  direction de la normalisation de la Qualité doit jouer son rôle en renforçant son contrôle sur les importations chinoises. Cette instance est censée protéger le consommateur, en veillant à ce que les produits importés au Maroc obéissent aux règles en vigueur. Or, à en croire les industriels marocains, les asiatiques trichent sur la composition des produits, et délivrent par conséquent des articles à durée de vie limitée. D’ailleurs, les tentatives des importateurs chinois de s’imposer sur la mode et l’habillement (cas des vestes) n’ont pas été couronnées d’un franc succès. Ce qui n’est pas le cas, des articles de cadeaux, de la porcelaine et dans une moindre mesure, de l’électroménager où l’Empire du Milieu, dicte sa loi.

Les opérateurs touristiques chinois, encore fortement imprégnés de la culture communiste, n’ont pas le droit d’envoyer des touristes dans des pays non homologués. Malgré cet handicap, le Maroc reste le pays arabe le plus desservi à partir de la contrée de Mao. Là où Le Caire doit se contenter de 4 vols hebdomadaires avec Beijing, le Royaume a le luxe d’aligner plusieurs dessertes. Principalement, Emirates, à raison de six vols par semaine,  Turkish, six vols par semaine, Egyptair, quatre vols par semaine, et Quatar Airways, 4 vols par semaine.
Seul hic, « l’ambassadeur marocain à Beijing, découragerait systématiquement toute demande des agences de voyages chinois, même pour seulement des informations », regrettent les participants marocains au salon touristique chinois.
Cette attitude administrative traduit cette peur du monde entier devant le réveil chinois. D’un pays à l’autre, plusieurs barrières visibles et invisibles sont dressées pour contrer l’invasion jaune. Assez fort pour imposer leurs points de vue, l’Europe et les Etats-Unis arrivent à faire signer des accords de limitation pour contrôler la cadence des exportations chinoises.
Ce n’est pas le cas des pays du Maghreb, assez minuscules face à l’ogre asiatique, et où seules certaines règles permettent de freiner l’ardeur des investisseurs chinois. Ainsi, pour se protéger, la Tunisie exige à l’entrepreneur désirant s’installer, un capital minimal de 100 000 dollars. Le Maroc demande dix fois moins, soient 100 000 dirhams. Bien sûr, le candidat doit disposer d’un local commercial, d’une résidence et engager la procédure administrative pour l’obtention de la carte de séjour. Connus pour leur sens de l’économie, les Chinois, riches ou pauvres, peuvent vivre à 10 ou 15 dans un seul appartement. Ce qui représente un casse-tête pour la Sûreté marocaine qui vérifie systématiquement toutes les informations déposées par les Chinois en vue de la délivrance de leur récépissé de séjour.
L’on assiste d’ailleurs depuis quelques temps, à un durcissement de ces conditions de séjour. Conséquence, «la moitié de la grande vague des Chinois arrivés au Maroc il y a quatre ans, est déjà répartie», témoigne Khalid Seqat, ancien banquier, aujourd’hui à la tête du Centre d’affaires maroco-chinois (CMAM), sis boulevard de la Résistance, et principal accompagnateur des chinois au Maroc. Aujourd’hui, explique M. Seqat, l’on assiste à un net recul du nombre de Chinois désirant s’installer au Maroc. Les cas comme Meiju Tian, jeune Chinoise vivant à Casablanca et directrice de la «Ville chinoise », société importante de l’électroménager, ont tendance à se raréfier. En revanche, les commerçants qui viennent, vendent et repartent, sont de plus en plus nombreux. «Au lieu d’aider les Chinois à ouvrir des entreprises au Maroc, ce qui serait bénéfique pour l’économie locale, on les pousse à rester dans l’importation et le commerce, responsables de nombreux désastres dans l’économie marocaine », déplore cet industriel.


 Apprendre le chinois
à casablanca, c’est possible


Pour Chamseddine El Hajraoui, le chinois n’a plus de secret. Au centre de recherche maroco-chinois (CRMC), ce Marocain ancien résident en Chine, titulaire d’une licence en géologie à l’Université Mohammed V à Rabat, décoré par Sa Majesté Mohammed VI du Wissam « Al Mokafaa Al Watania », accueille une vingtaine de chefs d’entreprises, une trentaine d’étudiants et une centaine d’hommes d’affaires qui veulent apprendre le b.a-ba du mandarin. Dans un petit appartement à Casablanca, ce centre ouvert depuis le mois d’août 2004 reçoit également des Chinois intéressés par le dialecte marocain. Ils sont une vingtaine de Chinois inscrits dans le cours d’arabe. « Nous avons trois professeurs dont une Chinoise. En plus de l’apprentissage de la langue, nous tenons à terminer les séances avec des aperçus sur la culture chinoise », explique-t-il.

Les commerçants du marché de Derb Omar à Casablanca en savent quelque chose sur ce qui est appelé à tort et à travers comme étant «l’invasion chinoise ». Il y a un an, un seul commerçant chinois avait loué 100 magasins dans le nouveau complexe commercial. Aujourd’hui, il en a rétrocédé plus de la moitié. Pourtant, les affaires marchent aussi bien. Les marges du commerce chinois sont «astronomiques » avec des prix qui vont du simple au triple. La sandale chinoise, fabriquée, livrée et dédouanée, affiche un prix de revient d’à peine 5 dirhams contre 10 pour sa consœur marocaine. Cette même sandale chinoise peut être vendue jusqu’à 30 dirhams ! Certains commerçants se sucrent aussi avec la sous-facturation. Un homme d’affaires marocain, habitué des «souks » et des usines chinoises, précise à ALM que les prix déclarés à la douane sont minorés jusqu’à 50 à 60% du prix réel.
Evidemment, ce n’est pas la douane marocaine, dotée de tout un arsenal de contrôle et de répression, qui appréciera ces estimations.
Alors qu’un tapis rouge est déployé pour les commerçants,  importateurs de produits chinois au Maroc, les vrais investisseurs, capables de créer de la valeur, rencontrent souvent des obstacles. Il y a quatre ans, un promoteur chinois très connu, de la société Anmei, basée à Heifei, à 800 km de Shangai, a débarqué au Maroc avec une forte logistique et pas moins de sept ingénieurs versés dans différents domaines. Objectif, construire 10 000 logements économiques (appartements en réalité de haut standing comparé à ce qui se fait ici, entre 46 et 56 mètres carrés) entre Casablanca, Marrakech et Fès. Ces appartements ne devaient pas coûter plus de 160 000 dirhams clés en main, contre 200 000 dirhams actuellement pour toute la gamme «logement économique».
Des contacts se feront au haut niveau. Mais juste avant la signature, le projet est relégué aux calendes grecques. L’entreprise chinoise, présente dans plusieurs activités liées au bâtiment, voulait importer tous les produits de finition de la Chine. La condition avait ému le monde du secteur BTP, qui voyait d’un mauvais œil, l’arrivée de ce géant, à la base de la réalisation  de la Ville chinoise à Paris.
Mais ce que l’on avait refusé, il y a quatre ans, l’est-il toujours, se demande un promoteur marocain, à la lumière des nouvelles conventions signées entre les deux pays ? Aujourd’hui, importer ce matériel de la Chine est bien possible.
Autre investisseur chinois à être reparti bredouille, cette entreprise étatique, qui avait soumissionné en 2003 pour la construction d’un barrage (Allal Ben Abdallah à Rabat). Le dossier avait été rejeté au motif que le prix avancé était trop élevé. Cela alors qu’avant l’ouverture des plis, les Chinois disent avoir reçu et appliqué des instructions officielles venant de leur gouvernement qui tenait absolument à être associé aux travaux d’infrastructures au Maroc. Ces instructions demandaient à l’entreprise étatique de soumissionner au prix de revient.
Malheureuse au Maroc, cette entreprise a réalisé à environ 60 km d’Alger, le plus grand barrage d’Algérie. Malgré ces différentes tracasseries, les hommes d’affaires chinois s’intéressent toujours au Maroc. Actuellement, un groupe de sociétés chinoises est sur le point d’installer une unité de montage électronique à Mohammedia. En pleine étude, ce projet d’environ 10 millions de dirhams, prévoit d’employer entre 400 à 500 personnes.


 
Coopération Maroc-Chine : fiche technique


Echanges commerciaux maroco-chinois :
Le volume global de nos  échanges commerciaux avec la Chine à connu une progression remarquable durant ces dernières années; passant ainsi de 1 milliards DH en 1990 à 10 milliards DH en 2005; avec une croissance moyenne annuelle de 21,5%. Cette progression est imputable à la hausse vertigineuse de nos importations en provenance de ce pays qui représente 94 % des échanges maroco- chinois. Elles se sont élevées à 9,4 milliards DH en 2005, contre 6,6 milliards DH en 2004 et 4,6 milliards DH en 2003. la progression annuelle moyenne durant la période 1997-2005 a été de 23,7%.
Quant à nos exportations sur la Chine, elles reste moins importante par rapport au volume de nos achats de ce pays.
Toutefois, elles ont enregistré une progression durant les dernières années, passant ainsi de 178,1 MDH en 1990 à 620,13 MDH en 2005, avec une progression moyenne annuelle de +12,65%.

Principaux produits importés
– Appareils récepteurs radio et télévision : (1310,99 MDH)
– Produits finis divers de consommation : (1162,42 MDH) ;
– Machines et appareils divers: (1001,35 MDH) ;
– Thé    : ( 737,91 MDH) (la Chine est notre premier fournisseur en ce produit avec une part de 98 % )
– Produits finis divers d’équipement : (684,27 MDH).

Les principaux produits exportés sont  :
Parties d’appareils de la position SH 85 25 ( 61,97 MDH)
Engrais (193,39 MDH )
Fruits, notamment la fraise congelée ( 15,65 MDH)
Débris de cuivre ( 179,99 MDH)
–   Mattes de cobalt (11,11 MDH)
     
Balance commerciale
Hormis l’année 1983, qui a enregistré un excèdent de 51,6 MDH en faveur du Maroc, la balance commerciale bilatérale présente un déficit chronique au détriment de notre pays; le déficit le plus important a été enregistré en 2005 avec 8785,97 MDH.
            
Position de la Chine dans notre commerce extérieur en 2005
L’Import :
Rang fournisseur : 6ème
Part dans le global  : 5,27 %     

A l’Export :
Rang client : 19ème
Part dans le global : 0,67 %

• Source : ministère
du Commerce extérieur


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