Maroc : la carte de la pauvreté

«Il s’agit d’une première pour notre pays ». C’est en ces termes qu’Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au Plan, a introduit la carte de la pauvreté établie par son département sur la base des résultats du Recensement général de la population et de l’habitat 2004.
Une première puisqu’il s’agit d’un effort et d’une expertise 100 % marocaine qui a, en outre, reçu l’aval des autorités internationales compétentes en la matière. Lors d’un point de presse tenu à Rabat mardi 4 octobre pour la présentation de ces résultats, M. Lahlimi a brassé un tableau général des différentes données démographiques, socio-économiques et culturelles qui ont résulté du recensement de septembre 2004. Chiffre le plus important livré lors de cette fin d’après-midi, le taux de pauvreté dans notre pays qui a enregistré une baisse passant ainsi de 16,5 % en 1994 à 14,2 % une année plus tard.
Un taux qui diffère d’une région à l’autre, voire d’une commune à une autre au sein d’une même province. Cette baisse du taux de pauvreté a été plus accentuée en milieu urbain qu’en milieu rural. Dans les villes, toujours selon les chiffres livrés par Ahmed Lahlimi, le taux de pauvreté a chuté de 2,5 points, contre seulement un point dans les campagnes.
Afin de saisir les clivages et les disparités socio-économiques entre ces différentes régions, trois types de cartes ont été dressées : de la pauvreté, du développement humain et du développement social.
Pour la première, il s’agit de cartes du taux de pauvreté par commune, aux niveaux national, provincial et régional ainsi que des cartes de la pauvreté infra-communale des villes chefs-lieux des provinces. Pour ce qui est du développement humain, le Haut Commissariat au Plan a développé des cartes de l’indice de développement humain par commune, également aux niveaux national, régional et provincial. Quant au développement social, indice qui concerne essentiellement le milieu rural, il s’agit de carte de l’indice de développement social par commune, aux niveaux national, régional et provincial. Les trois suivent une seule approche, celle de la «poverty lapping», récemment développée et qui se base sur le couplage des données disponibles au Haut Commissariat à travers les différentes enquêtes menées ou les résultats du RGPH 2004.
Et la carte communale de la pauvreté (voir infographie ci-contre), élaborée également sur la base des résultats de l’enquête sur la consommation et les dépenses des ménages de 2001, de livrer une vision très précise de la répartition des richesses.
D’une manière générale, la proportion des populations pauvres est inférieure à 10 % dans près de 30 % des communes marocaines, beaucoup d’entre elles, il est vrai, se situent en milieux urbains, contre quelque 20 % uniquement en milieu rural. Lorsque le taux de pauvreté se situe à un niveau intermédiaire, c’est-à-dire, entre 10 % et 20 %, la proportion des communes s’établit au tiers.
Et les 40 % des communes restantes connaissent des taux de pauvreté supérieurs, soit supérieurs à 20 %. Des communes se trouvant en milieu rural pour la plupart d’entre elles. Arrivent en tête des régions les plus riches du Royaume les provinces du sud : Aousserd, Assa Zag et Oued Ed-Dahab avec un taux inférieur à 5%. Seules les plus riches provinces de la wilaya du Grand Casablanca arrivent à les concurrencer dans ce domaine, notamment Casablanca-Anfa, le Méchouar, Sidi Bernoussi-Zenata, Aïn Chok-Hay Hassani, Aïn Sebaa-Hay Mohmmadi et El Fida-Derb Soltan qui réalisent également un taux de pauvreté inférieur à 5%. La même performance est à mettre également à l’actif des deux villes de Rabat et de Mohammédia. Ce classement s’explique, signalons-le, par la conjugaison de différents indices pertinents permettant d’approcher le niveau de développement des ressources humaines respectivement à l’échelle des individus et à celle des collectivités. Mais la liste s’élargit au fur et à mesure que ce taux croit. Et là encore, les provinces du sud tiennent la tête d’affiche.
Dans le peloton des provinces qui enregistrent un taux de pauvreté entre 5 % et 10 %, Es-Smara, Laâyoune, Tan Tan et Boujdour occupent des places de choix, aux côtés de Tanger, Salé-Médina, Marrakech, Ben Slimane et Inezgane-Aït Melloul. Pour ce qui est des provinces qui connaissent un taux moyen de pauvreté (se situant entre 10 % et 15 %), elles se situent un peu partout sur le territoire national.
C’est le cas par exemple de Khouribga, Agadir Ida Ou tanane, Guelmim, Marrakech Médina, Oujda Angad, Béni Mellal, Fès Jedid-Dar Dbibegh, Fifuig, Taroudant ou encore Settat.
Le constat le plus alarmant concerne les dizaines de communes et les nombreuses provinces qui se trouvent à l’écart de la dynamique de développement social et humain que connaît notre pays ces dernières années.
Près de la moitié connaissent des taux supérieurs à 15 %. Dans la marge se situant entre 15 % et 20 %, la proportion des provinces du centre et du nord du Royaume est importante : Skhirat Témara, Ifrane, Larache, Nador, Sidi Youssef Ben Ali, Tétouan, El Jadida, Chtouka Aït Baha, Taounate, Khémisset, Safi, El Hoceïma, Jerada, El Kalâa des Sraghna et Meknès-El Menzeh entre autres.
Et lorsque ce taux de pauvreté devient très important, c’est-à-dire qu’il dépasse les 20 %, la marginalisation touche de grandes fractions de la population de ces zones, rurales pour la plupart, mais également urbaines mais ne disposant pas des moindres conditions de vie décentes, à commencer par l’habitat, l’assainissement, l’eau potable, l’électricité et la scolarisation des enfants.
Dans ce cas de figure se trouvent des provinces comme Tiznit, Ouarzazate, Taza, Taourirt, Sidi Kacem, Kénitra, Tata, Al Ismaïlia, Khénifra, Salé Al Jadida, Zagora et Al Haouz.
En bas de ce classement de la pauvreté se situent des zones rurales en majorité qui comptent parmi les plus pauvres du Maroc : Azilal, El Hajeb, Fahs Bani Makada, Boulemane, Essaouira, Errachidia, Sefrou, Chichaoua, Fès Médina, Zouagha-Moulay Yaakoub et Chefchaouen. Les données pour toutes ces provinces révèlent l’insuffisance du capital humain, une structure socio-économique des plus fragiles et un déficit chronique en infrastructure de base.
Autre remarque à souligner : la situation n’a pas beaucoup changé entre 1994 et 2004. « Les régions les plus pauvres se sont encore appauvries », résume Ahmed Lahlimi qui précise que les plus grandes avancées ont été réalisées lors des toutes dernières années précédant le recensement. C’est ainsi par exemple, et en référence aux différentes enquêtes menées par le Haut Commissariat au Plan, que près de 93% de l’augmentation de la part des ménages banchés au réseau de distribution de l’eau potable ont été enregistrés entre 1999 et 2004.
Et M. Lahlimi d’abonder dans le même sens en ajoutant que près de 80 % des avancées en matière de raccordement à l’électricité ont été réalisées durant cette même période. Ces cinq années ont également été édifiantes, également en ce qui concerne la scolarisation de la petite fille. 56 % de l’augmentation de ce taux ont été enregistrés durant cette période, en plus de 50 % de la diminution du taux de pauvreté.
Ahmed Lahlimi n’a pas caché son optimisme à la lecture de ces chiffres, surtout, conclut-il, que l’évolution de l’indice de développement humain (avec un taux d’accroissement de 1,17 % entre 2000 et 2004 contre 1,05% entre 1995 et 2000), donne un fondement objectif à cet optimisme.

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