Mécénat : Ces hommes au grand coeur…

Mécénat : Ces hommes au grand coeur…

Haj El Ghali Berrada : au chevet des malades
Pour lui, aider ne veut pas dire assister, mais accompagner. Telle est en effet la philosophie de Haj El Ghali Berrada l’une des figures emblématiques du mécénat marocain. El Ghali Berrada est l’un des premiers industriels marocains du textile et tissage. Après avoir exercé ses activités industrielles dans divers coins de la capitale économique du Royaume, il les a concentrées par la suite à Aïn Sebaâ, où il a aménagé la zone industrielle d’Oukacha. Mais aux côtés de ses activités professionnelles, ce caritatif est fort présent dans sa vie. Le père de l’actuel PDG de Royal Air Maroc a pourtant un domaine qu’il affectionne beaucoup, la santé. Pour lui, soulager la souffrance des malades démunis n’a pas de prix. Une générosité qui atteindra son paroxysme en 2002, lorsqu’à l’aide de ses dons, la préfecture de Hay Hassani-Aïn Chock s’est doté d’un hôpital avec une capacité de 110 lits, un équipement technique sophistiqué et des services médicaux complets et performants. Le nec plus ultra de la technologie médicale équipe les services de cet hôpital : urgences, gynéco-obstétrique, pédiatrie, chirurgie, réanimation et ses laboratoires d’analyse et imagerie. Il effectue à l’occasion de l’inauguration de cet hôpital par SM le Roi Mohammed VI une de ses rares sorties médiatiques. Un vieux frêle homme se tenant humblement derrière le Souverain devant les caméras de la télévision. En 1997, il avait remis à neuf, pratiquement reconstruit et rééquipé, l’hôpital Moulay Youssef dans l’ancienne médina à Casablanca. Avec une capacité de 200 lits, cette unité médicale est implantée dans un ensemble de quartiers qui en avaient tant besoin. Cette volonté d’améliorer un secteur des plus sinistrés du Royaume, la santé en l’occurrence, s’accompagne par une seconde, tout au moins aussi grande, concernant l’enseignement et l’éducation. « Si le domaine de la santé m’est apparu prioritaire, celui de l’enseignement et de l’éducation me touche beaucoup, tant ses enjeux sont déterminants et essentiels à l’épanouissement de notre jeunesse et au développement de notre pays », explique-il. Dernièrement, ce mécène a contruit, équipé et financé une bibliothèque ainsi qu’un Centre de recherche au sein de la Faculté de sciences économiques, juridiques et sociales de l’Université Hassan II Aïn Chok-Casablanca.

Haj Mohamed Sekkat : la générosité en héritage
«Le bien ne fait pas de bruit, mais le bruit ne fait pas de bien», telle est la devise de la famille Sekkat, dont la figure emblématique, Haj Mohamed, a respecté jusqu’à sa mort, un vendredi 4 juin 2004, à l’âge de 83 ans. Tout le monde entendait parler de lui et de sa générosité mais rares sont ceux qui ont pris connaissance de son périmètre. Sa modestie n’avait d’égale que son grand cœur et son immense sens du partage. Tous les orphelins du Maroc, ceux de Casablanca en particulier, ont bénéfice de ses largesses.
En 1992, il n’a pas hésité à éponger le passif de 47 maisons de bienfaisance au Maroc Grâce à son initiative, l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca est doté d’un centre de soutien aux malades dont le noyau est le centre hémodialyse. Le champ d’intervention de son action ne peut être contenu. Du mariage des gens dans le besoin, aux malades en passant par les émetteurs de chèques sans provision, feu Haj Mohamed Sekkat ne pouvait refuser une aide.
D’ailleurs, ceux qui l’ont bien connu disent de lui qu’il a hérité cet aspect de sa mère, Lalla Hasna Bellamlih, une figue emblématique de la générosité Fassie. La dame était connue pour son altruisme que ses jumeaux ont épousé.
Haj Mohamed Sekkat a fait des valeurs de solidarité et de dévouement un leitmotiv. Depuis les parterres de sa ville natale, Fès, jusqu’aux dépôts de Derb Omar, à Casablanca, le partage est resté son mot d’ordre.
La part des pauvres dans son commerce juteux de ceintures est restée intacte. Fidèle à sa perception de la religion musulmane, la Zakat bénéficiait chaque année à l’ensemble des nécessiteux du Maroc. Selon une personne proche, il lui arrivait de donner 12 millions de DH par an…et plus. Après la mort de ses fidèles accompagnateurs de Derb Omar, il est resté fidèle, sans relâche, à son engagement. Même lors de la lutte acharnée contre la maladie, il ne pouvait s’empêcher de s’enquérir de ses orphelins. Depuis son départ, ils ont assurément perdu un second père. Une fondation portant son nom sera mise sur pied par ses descendants. Elle sera chargée de perpétuer son œuvre et sa mémoire.

Les bienfaiteurs méconnus de Derb Omar
Ils s’appelaient Haj Abed Soussi, Haj Hassan Raji ou encore Haj Abdellah Souiri. Riches, pieux mais surtout généreux, répondant exactement à leur culture soussie. Ils ponctuaient la vie de la très célèbre rue marchande casablancaise, Derb Omar, depuis les années quarante. Ils étaient bien évidemment doués pour le commerce, leurs colossales fortunes en témoignent, mais ils étaient adeptes de la culture du partage. Rien n’était cher à leurs yeux pour soulager la souffrance d’une personne dans le besoin. Haj Abed Soussi se trouvait à leur tête, lui qui présidait un comité de collecte de fonds, essentiellement à base de la « zakat », au profit des orphelins des maisons de bienfaisance. Un système ingénieux puisque les dons étaient essentiellement en nature.
La confiance était sans limites entre les différents mécènes. Pas besoin d’un bout de papier pour savoir le montant et la nature des dons ainsi que des besoins. La maison de bienfaisance d’Aïn Chok en a bénéficié pendant de longues années. Ils y oeuvraient aux côtés de Haj Mohamed Sekkat. En face de la misère, leurs cœurs fondaient. Mais ils étaient intransigeants quant au respect de ces valeurs qui les ont depuis toujours animés. Le respect des anciens notamment.
Ils ne se considéraient nullement comme mécènes froids et lointains. Ils n’hésitaient pas à s’impliquer dans la vie quotidienne des maisons de bienfaisance qu’ils ont créées et qu’ils finançaient. Haj Abed Soussi poussait l’engagement jusqu’à faire personnellement le tour des chambres et dortoirs de la maison de bienfaisance d’Aïn Chok à l’aube pour inciter les pensionnaires à se lever tôt, faire leurs ablutions et tenir la prière d’Al Fajr, ne tolérant ainsi aucun retard et aucun manquement à la discipline imposée.
Décédés tous dans le milieu des années quatre-vingt-dix, leurs descendants ont essayé tant bien que mal de perpétuer cette tradition de générosité et de partage. Mais devant la mauvaise gestion des établissements de bienfaisance, ils se sont désengagés petit à petit.

Fadoua Ghannam
et Bensalem Fennassi

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