Moatassim : «Bouteflika joue avec le feu»

Moatassim : «Bouteflika joue avec le feu»

ALM : Que pensez-vous du nouveau ton observé par le Maroc à l’égard de l’Algérie ?
Mohamed Moatassim :Je peux vous dire, tout de suite, qu’il convient de saluer le nouveau discours de la diplomatie marocaine. Il était temps que cette dernière adopte un langage ferme et convaincant. L’argumentation de notre diplomatie est très importante. Car les dirigeants algériens et à leur tête le président Abdelaziz Bouteflika font de graves amalgames pour désinformer l’opinion publique internationale.
Quel genre de désinformation ?
A titre d’exemple, Bouteflika a comparé l’affaire du Sahara à l’occupation du Koweït. Il considère le Koweït, un Etat souverain, membre des Nations unies, au Sahara, partie intégrante du Maroc. Il assimile l’invasion irakienne à la récupération par le Maroc de ses territoires. Cette attitude est incompréhensible. Bouteflika a vécu au Maroc, il a fait ses études aux Maroc jusqu’au Baccalauréat, puis il a pris le maquis. Il faisait partie du groupe d’Oujda du FLN. Il a bénéficié de tout le soutien possible et imaginable de la part des autorités et des citoyens marocains.
Cet amalgame est-il délibéré ?
Absolument. Car Bouteflika connaît très bien le dossier du Sahara pour être l’un de ses architectes. En 1965, la résolution 2.072 adoptée par l’ONU a reconnu l’Espagne comme puissance coloniale du Sahara et lui a demandé d’entamer des négociations avec le Maroc. En clair, le colonisateur est identifié, à savoir l’Espagne, et le colonisé également, c’est-à-dire le Maroc.
Pourquoi parle-t-on aujourd’hui d’autodétermination ?
A partir de 1966, l’affaire du Sahara a amorcé un nouveau tournant. L’assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 2229 qui demande à l’Espagne d’appliquer l’autodétermination au Sahara. Le terme « population sahraouie» a été remplacé par celui de «peuple sahraoui». En droit international, cette nuance vaut son pesant d’or.
Pourtant il n’y avait aucun fait nouveau qui justifie l’adoption d’une telle résolution.
Pourquoi l’avoir adoptée alors ?
C’est Abdelaziz Bouteflika, lui-même, à l’époque ministre des Affaires étrangères de son pays, qui a présidé la délégation algérienne à l’ONU. Grâce à la complicité du régime de Franco, qui espérait créer un Etat fantoche au Sahara, et à la complaisance du régime mauritanien de l’époque qui voulait un Etat tampon entre lui et le Maroc, Bouteflika a réussi à faire passer la résolution. Tout ceci, sans oublier qu’à cette époque, l’Espagne a découvert les gisements de Boucraâ et des groupuscules d’étudiants marocains, maltraités par le Maroc, ont trouvé refuge en Algérie.
Tout ceci s’est produit sous l’oeil de la délégation marocaine ?
Effectivement, les responsables marocains sur place n’ont rien fait pour stopper cette injustice. Il faut reconnaître que dans le contexte politique national, la diplomatie marocaine sombrait dans l’apathie. Il ne faut pas oublier que le Maroc était en plein état d’exception.
Pourquoi Bouteflika a-t-il toute cette haine envers le Maroc ?
J’ai effectué une enquête sur Abdelaziz Bouteflika. Il a eu des problèmes dans son enfance à Oujda. Je ne dirais pas quels types de problèmes, mais toujours est-il que dans son subconscient il a gardé des séquelles. C’est ce qui explique qu’il voue une haine viscérale et psychosomatique à l’égard du Maroc.
Pensez-vous que la fermeté marocaine donnera ses fruits ?
Je suis convaincu que la fermeté donnera ses fruits. A condition, toutefois, que cette fermeté soit accompagnée d’une campagne diplomatique d’information et de désintoxication. Le président Bouteflika a toujours consisté à « travestir » la vérité. Car il sait mieux que quiconque que le Sahara occidental appartient au Maroc, comme le Sahara central, six fois plus grand, appartient à l’Algérie.
Comment être sûr que Bouteflika fera marche-arrière ?
On ne peut pas demander à notre adversaire de faire marche-arrière. Il, va essayer de nous porter des coups. Notre devoir et de les éviter et de lui porter davantage de coups.
Jusqu’où peut aller cette fermeté marocaine ?
D’abord, il faut distinguer le peuple algérien de ses dirigeants. Si cela ne tenait qu’à moi, le Maroc devrait soutenir l’autodétermination de la Kabylie et des Touaregs. Si Bouteflika veut se lancer dans le morcellement de la région, il faut aller le plus loin possible.
Cette escalade peut facilement dégénérer en affrontement militaire…
Justement, j’accuse le président Abdelaziz Bouteflika de mener la région vers l’instabilité. Depuis qu’il est au pouvoir, il a repris son bâton de pèlerin en tenant des propos fallacieux contre le Maroc. Plus Bouteflika nargue le Maroc, plus l’animosité entre les deux peuples, marocain et algérien, va grandir. Peut-être que demain, il y aura d’autres Afrique du Sud. Fort de ce semblant de légitimité, le polisario peut facilement être tenté de prendre les armes. Bouteflika jette tout simplement de l’huile dans le feu.
Justement, que pensez-vous de la reconnaissance de la Rasd par l’Afrique du Sud ?
C’est la conséquence d’un comportement maladroit du Maroc à l’égard de l’Afrique du Sud et du rôle joué par Bouteflika. Il faut se diriger vers ce pays, lui expliquer que le Maroc a été le berceau de la décolonisation de l’Algérie, du Mali, de la Guinée-Bissau, etc. Il n’est pas exclu que l’Afrique du Sud, grâce à une campagne de désintoxication, revienne sur sa décision.
Que veut Bouteflika, à votre avis?
Justement, c’est la question à laquelle il refuse de répondre. S’il s’assoit autour d’une table avec les responsables marocains, on pourra le savoir. S’il veut assurer à son pays un passage vers l’Atlantique, le Maroc ne peut qu’accepter. S’il veut l’exploitation commune des richesses, c’est également négociable. L’essentiel est que la souveraineté marocaine ne soit pas remise en cause.
Comment imaginez-vous l’autonomie au Sahara ?
L’autonomie au Sahara doit être celle dont vont jouir toutes les autres régions du Maroc, du Souss jusqu’au Rif. Le Sahara bénéficiera de la loi sur la régionalisation qui lui donnera une autonomie locale, sous souveraineté marocaine, au même titre que toutes les autres régions du Maroc. Il ne faut pas qu’il y ait une exception sahraouie, ce serait le début de graves problèmes.

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