Mobilisation contre la mafia du social

Le ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, Abderrahim Harouchi, tient, enfin, sa cause. La résolution de la situation catastrophique de l’Association musulmane de bienfaisance d’Aïn Chock à Casablanca,  a assurément donné l’opportunité, au politicien de talent qu’il est, de briller. Contrairement à certains de ses collègues du gouvernement en mal de domaine d’action, le professeur Harouchi a aussitôt surfé sur la vague de l’indignation populaire pour se positionner. Il a annoncé, mardi 12 avril 2005 à Rabat, qu’une étude globale sur les institutions de bienfaisance au Maroc est en cours d’élaboration et ses résultats seront disponibles dans une semaine. En réponse à une question d’actualité sur les institutions de bienfaisance lors de la séance hebdomadaire de questions orales à la Chambre des conseillers, Abderrahim Harouchi a indiqué que le bureau de gestion de l’association est tenu pour responsable de la complication de sa situation « puisqu’il a refusé les propositions du ministère de tutelle, de l’Entraide nationale et des autorités locales de Casablanca visant son redressement », a-t-il dit. Présentée ainsi, cette situation met à nu le côté désuet des textes de loi régissant ce type d’association. En effet, si l’affaire Aïn Chock illustre parfaitement les abus enracinés, il n’en reste pas moins que d’autres sévissent toujours. Profitant pleinement du silence des textes législatifs, des esprits malveillants tirent profit de ce cafouillage. Aucune frontière entre donateur, bénéficiaire, fonctionnaire de service ou auditeur n’est à relever. Ainsi, certains tirent profit matériel et substantiel de cette donne. Dans le cas de Aïn Chock, l’entourage de l’ex-directeur connaissait parfaitement ses investissements parallèles, sur les fonds de l’association. Il est notamment connu pour ses quatre écoles privées qu’il a mises sur pied!
Un autre cas manifeste peut parfaitement illustrer cette situation. A Casablanca, du temps de l’ex-wali Driss Benhima, les bénéficiaires de l’Association Alaouite des malvoyants ont payé le prix de leur révolte par une année blanche. Les jeunes aveugles se sont rebellés contre les détournements des aides, en nature, concédées par les bienfaiteurs de Derb Omar. Plusieurs parents ont pu faire constater la vente sur le marché des aides devant bénéficier à leurs enfants malvoyants. Après une manifestation, certes excessive allant jusqu’à saccager les lieux, la seule visite qu’ils ont reçue, est celle des autorités policières pour contenir l’affaire! Depuis, on prend les mêmes et on recommence.
Par contre, cette fois, il semblerait qu’Abderrahim Harouchi ne compte pas rester les bras croisés. Une commission ministérielle chargée de l’élaboration d’une loi relative aux centres de bienfaisance a été constituée. Par contre, le professeur Harouchi a tenu à souligner que les institutions de bienfaisance au Maroc "sont dans une bonne situation" qui est différente de celle que connaît l’Association musulmane de bienfaisance d’Aïn Chock à Casablanca. Il est vrai que tout n’est pas noir. Certains établissements sont élevés au rang de modèle. D’ailleurs, l’ensemble du personnel de ces établissements se sent humilier du traitement réservé à cette catégorie. Il est acquis qu’il ne faut surtout pas céder au discours populiste de « tous pourris ».   
Le Maroc a besoin d’une loi régissant ce domaine afin de séparer le bon grain de l’ivraie. L’action de bienfaisance dans le Royaume est toujours régie par la loi de 1958 relative aux libertés publiques. La refonte des textes mais aussi de la mission de l’Entraide nationale en matière d’audit financier des institutions de bienfaisance, sont de nature à rétablir la confiance.
De par sa mission, l’Entraide nationale est le premier filet de sécurité institué par l’Etat marocain pour lutter contre la pauvreté  et l’exclusion sociale. Son rôle est donc de dispenser l’aide et l’assistance sous toutes ses formes aux populations démunies et concourir à la promotion familiale et sociale.
Si beaucoup de choses restent à faire, il faut néanmoins préciser que le travail de l’équipe menée par Mohamed Talbi (Cf entretien) a bien fait bouger les choses. Pour mener à bien sa mission, l’Entraide nationale a entamé plusieurs chantiers de réforme allant de la pratique sociale territoriale jusqu’à la réforme organisationnelle et stratégique. Comme annoncé par son dirigeant, ce travail passe par l’adoption d’une démarche d’action participative et de proximité,  l’inscription  dans la logique d’un processus dynamique, évolutif et synergique du développement territorial. Reste à espérer que le discours soit accompagné d’actes et que « les vautours » du social les laissent faire !

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