Mohamed Arkoun, un grand défenseur du dialogue inter-religieux s’en va

Mohamed Arkoun, un grand défenseur du dialogue inter-religieux s’en va

Mohamed Arkoun, intellectuel d’origine algérienne et spécialiste de la pensée islamique, est décédé mardi soir à l’âge de 82 ans à Paris. Son décès est une grande perte pour les défenseurs du dialogue inter-religieux. Né en 1928 en Kabylie, Mohammed Arkoun était professeur émérite d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne (Paris III).Il a formé et initié plusieurs générations d’étudiants, notamment en France et au Maroc, à la pensée arabo-islamique, notamment en développant l’islamologie appliquée, une discipline enseignée dans diverses universités d’Europe et des États-Unis. Il est l’auteur de nombreux ouvrages critiques, dont «La fibre humaniste dans la pensée arabe», «La pensée fondamentaliste», «L’Islam, l’Europe et l’Occident», «La pensée islamique : critique et ijtihad», où il interroge les textes canoniques et invite à une relecture du Coran à la lumière de la science, passant le religieux au filtre de la raison critique. «Le Coran est un texte ouvert qu’aucune interprétation ne peut clore de façon définitive et orthodoxe. Au contraire, les écoles dites musulmanes sont des mouvements idéologiques qui soutiennent légitiment les volontés de puissance de groupes sociaux en compétition pour l’hégémonie», défendait-il dans son ouvrage «Pour une critique de la raison islamique » (éd. Maisonneuve & Larose, 1984).  Officier de la Légion d’honneur en 1996, il fut également officier des Palmes académiques. Au Royaume-Uni, l’université d’Exeter lui attribue ensuite le titre de docteur honoris causa. Sa pensée a fait de lui un des plus grands intellectuels contemporains musulmans, tout bousculant le confort intellectuel de nombreux savants traditionnels et responsables religieux qu’il accuse d’autoritarisme dogmatique, mais aussi nombre de responsables politiques qu’il accuse d’avoir « organiser institutionnellement l’ignorance». Par ailleurs, dès les années 1986, il lui sera interdit de participer à des activités culturelles ou intellectuelles dans son pays. «Honoré et célébré dans le monde entier, Mohamed Arkoun n’a jamais été aimé par les autorités de son propre pays et à leur tête, le ministère des Affaires religieuses et le ministère de la Culture», écrit le quotidien algérien à propos de grand islamologue. Et pourtant, il continuait d’intervenir par des conférences dans diverses universités à travers le monde. Mohamed Arkoun était convaincu que l’événement historique de «la parole coranique devenue texte» n’avait pas bénéficié de l’intérêt scientifique qu’il méritait, et que d’immenses chantiers restaient à ouvrir. Pour lui, les «trois définitions de la révélation»: la définition juive, la définition chrétienne et la définition musulmane ne pouvaient pas être dissociées, et leur étude apportait à chacune des éclairages salutaires. En 2008, il avait dirigé la réalisation de «L’Histoire de l’Islam et des musulmans en France du Moyen-Age à nos jours», un ouvrage encyclopédique auquel avaient participé de nombreux historiens et chercheurs (ed Albin Michel) qui racontait et expliquait une histoire commune et millénaire. Marié à une Marocaine, Mohamed Arkoun sera inhumé ce vendredi au cimetière Chouhada à Casablanca.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *