Mohamed Benhamou : «Il faudra préserver l’unité des Libyens»

Mohamed Benhamou : «Il faudra préserver l’unité des Libyens»



ALM : Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle en Libye ?
Mohamed Benhamou : Le dénouement de la situation en Libye ne semble pas se produire sans plus de violence et d’effusion de sang. Le régime Kadhafi est fini, mais ses réactions et ses actions hostiles ne vont pas s’achever sans dégâts. Beaucoup d’incertitudes planent sur la fin de la guerre et le début de la nouvelle ère en Libye.

Qu’est-ce qui pourrait changer la donne?
Bab al-Azizia est une vraie base militaire étendue sur 6 km qui peut cacher des surprises en matière d’armes. Des armes dissimulées que peut utiliser Kadhafi dans un moment de désespoir et de folie. C’est la bataille Bab al-Azizia qui définira la suite des événements. Sans aucune intervention de l’Otan ou action sérieuse et importante sur place, la résistance de Kadhafi risque d’être longue et farouche. Aussi, les rebelles sont tenus de renforcer leur rang. Ils devraient continuer à sécuriser la ville de Tripoli et éliminer toutes les poches de résistance. Ceci va étendre dans le temps. La bataille de Tripoli devrait être l’ultime. Mais elle ne sera pas sans conséquence, se déroulant dans des conditions difficiles. La ville est habitée par de nombreux citoyens qui n’ont pas fuit. Chose qui aggrave le risque de pertes humaines. Ce sera une bataille qui relève de la guerre urbaine.

Quel sort attend les Libyens ?
Le plus dur reste à faire en Libye. Une fois la guerre finie, il faudra préserver l’unité des Libyens et veiller à ce que ne se dressent pas d’autres oppositions et conflits quel que soit leur caractère : tribal, politique, idéologique ou social. Il y a aussi la nécessité de préserver la souveraineté et l’intégrité territoriales de la Libye ainsi que sa stabilité sous un gouvernement pluraliste, démocratique et respectueux des droits de l’Homme. Un Etat moderne qui puisse agir à travers des institutions démocratiques. Il est certain que seul le peuple libyen est capable de faire son choix, sa volonté doit être respectée. La Libye d’après Kadhafi doit être un pays de démocratie et des droits de l’Homme. Mais pour l’instant, il faut que l’on soit vigilant, une situation d’instabilité très grave sévit dans la région. Les armes circulent, des mercenaires renfloués par Kadhafi trouveraient par la suite refuge dans la région sahelo-saharienne. Des vulnérabilités et des menaces s’installent en Afrique du Nord.

Qu’en est-il du rôle des pays de l’UMA?
Le Maghreb arabe a été touché de plein fouet par ces révolutions. La Tunisie cherche à sortir de sa crise et retrouver sécurité, stabilité et un avenir plus sûr. Il faut qu’elle y arrive pour s’atteler à l’édification démocratique et jouer son rôle de proximité entre les pays du Maghreb arabe. Dans l’état actuel des choses et face à une nouvelle situation stratégique à travers laquelle un nouvel ordre maghrébin se définit, le couple Maroc-Algérie doit pleinement jouer et assumer son rôle. Ces deux pays doivent dépasser des problèmes nés dans une autre ère stratégique. Il leur faut initier entre eux une grande et large coopération pour être le socle autour duquel se soude l’ensemble des pays du Maghreb arabe. Un groupement où tous les pays sont sur un même pied d’égalité pour construire une réponse régionale. Le règlement de la question du Sahara est plus que jamais nécessaire aujourd’hui. Pour cela , l’Algérie doit être tournée vers l’avenir, dépasser une vision apparentant à l’ère de la guerre froide où elle veut avoir le leadership sur l’ensemble des pays de la région.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *