Mohamed Benhamou : «La diplomatie marocaine retrouve les espaces où elle a toujours brillé»

ALM : Dans son message, Sa Majesté le Roi a évoqué un nouvel ordre maghrébin. Qu’en est-il au juste ?
Mohamed Benhamou : Par nouvel ordre maghrébin, on entend la rupture stratégique qui se produit dans la région du Maghreb. On note des changements dans deux états maghrébins. Les aspirations et attentes des peuples maghrébins ne sont plus les mêmes, les besoins et les défis qui se dressent aux Etats ont évolué, les acteurs étatiques ont changé. Aux niveaux régional et international, un nouvel ordre international est en train de se façonner. Ainsi l’ordre arabe est lui aussi appelé à changer. La vision de Sa Majesté le Roi est éclairée évoquant la nécessité de répondre aux défis majeurs qui se posent.  

La diplomatie marocaine confirme-t-elle son rayonnement actuellement ?
La diplomatie marocaine retrouve les espaces dans lesquels elle a toujours brillé, notamment l’espace arabe et continentale ainsi que les questions internationales. L’essentiel de la diplomatie marocaine se base sur la réforme politique engagée pour répondre aux questions internes. Contribuant d’une manière positive et responsable, le rôle de la diplomatie marocaine a toujours été largement souhaité par les pays de la région. Le Maroc a prôné une politique étrangère autour de valeurs claires et pour la stabilité et la paix dans la région et au niveau international. Cela passe par le fait de chercher à réaliser une profonde coopération sur le plan bilatéral et multilatéral favorisant la voie diplomatique et politique pour le règlement de l’ensemble des  problèmes posés. Son action et ses moyens sont bénéfiques dans une période de turbulence et nécessaires pour guider dans la bonne voie. Le Maroc agit aussi pour une meilleure gouvernance des transitions en cours.

Quel rôle peut jouer la  Turquie dans le dossier syrien ?
La Turquie est largement concernée par le développement de la situation interne de la Syrie, c’est son voisin. C’était un allié stratégique. Mais la Turquie s’est vue obliger de revoir sa position autant que les pays du Golfe et tous les pays arabes, qui ont exprimé leur rejet de la répression sanglante du régime syrien envers son peuple. Et ce après l’épuisement de tous les moyens diplomatiques pour ramener le régime d’Assad à la raison. Ainsi des sanctions de la Turquie ne sont pas à exclure. Celle-ci alimente la Syrie en électricité, elle contrôle aussi le débit de l’Euphrate qui irrigue la Syrie, elle devrait aussi revoir sa coopération en matière d’exploration pétrolière. Ce forum se tient dans le contexte d’un nouvel ordre régional et international où  des puissances cherchent à se situer telle l’Iran entre autres puissances et où l’on voit naître un nouveau partenariat arabo-turc.

Peut-on envisager une intervention militaire contre la Syrie ?
Il  y a une conscience collective et un accord tacite contre une intervention militaire ou étrangère en Syrie. Mais, au fil des heures et des jours, la situation est en train de pourrir en Syrie. Des indices malheureux annoncent des jours difficiles. Le régime continue sa fuite en avant, il a comme seule réponse envers sa population la terreur. Il a perdu toute crédibilité chez les états arabes et une large partie de la communauté internationale, il se radicalise et s’isole de plus en plus. On assiste à une évolution de l’opposition qu’il faut observer de près les prochains jours.  Le mouvement de protestation continue d’être pacifique, bien qu’il y ait des morts autant chez les soldats loyalistes que rebelles. Autistes, le régime et cette élite rigide qui gouverne ont choisi l’affrontement. Dans toutes ces incertitudes,  la complexité du cas Syrie , l’ambiguïté et l’implication de puissances régionales, il y a une certitude, le régime syrien doit changer. Il va falloir traiter cette situation explosive avec beaucoup de raison et être ferme dans les sanctions politiques et économiques envers la Syrie.

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