Mohamed Benhamou : «L’Aqmi est un phénomène purement algérien»

ALM : L’implication de deux Algériens dans des opérations de financement de l’Aqmi a été confirmée. Quelle analyse en faites-vous ?
Mohamed Benhamou : Il faut dire que l’Aqmi reste une organisation essentiellement algérienne. En fait, l’ex-GSPC, un ex-groupe armé algérien, a cherché à travers sa mutation en l’Aqmi à fédérer les groupes extrémistes dans la région du Maghreb et du Sahel mais n’a pas encore réussi pleinement cette entreprise. Ainsi, l’Aqmi est toujours un phénomène purement algérien. L’arrestation récemment de personnes de nationalité ou d’origine algérienne, accusées de financement de cette organisation terroriste vient confirmer ce constat.

Selon vous, qu’est-ce qui empêche les pays de la région de mettre fin au danger de l’Aqmi ?
Malgré le caractère local de l’Aqmi, cette dernière a su profiter de plusieurs facteurs pour renforcer ses rangs. Tout d’abord, il y a le problème de la perméabilité des frontières dans la région du Sahel. L’immensité du territoire désertique ne permet pas aux Etats de la région d’exercer un contrôle effectif sur leurs frontières. A cela s’ajoute la faiblesse de certains armées et services de sécurité de certains Etats du Sahel. L’existence d’organisations criminelles transnationales dans la région est aussi un facteur qui joue en faveur de l’Aqmi. A cela s’ajoute l’absence d’une coopération fiable, transparente et globale entre les Etats du Sahel et du Maghreb.

Pour libérer leurs ressortissants, certains pays occidentaux se sont trouvés contraints de verser des rançons à cette organisation. Que dites-vous à propos de cette démarche ?
Dans une certaine mesure, on peut comprendre la démarche de ces Etats face à ce problème. Ces pays se trouvent devant un dilemme, à savoir le devoir d’assurer la sécurité de leurs ressortissants en octroyant des rançons d’une part et le devoir de s’abstenir d’alimenter les activités d’Al Qaïda d’autre part. Certes, cette approche est mauvaise, mais on ne peut pas non plus leur en vouloir. On pourrait dire aujourd’hui non à l’ingérence européenne dans ce dossier et non au paiement des rançons, mais on ne pourra réellement exiger cela qu’une fois que les Etats de la région auront mis en place une coopération inter-étatique globale et transparente pour en finir avec le danger d’Al Qaïda.

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