Mohamed Chaïbi : «La CGEM se doit d’être apolitique pour éviter des conflits inutiles»

Mohamed Chaïbi : «La CGEM se doit d’être apolitique pour éviter des conflits inutiles»

ALM : Vous avez travaillé avec Moulay Hafid Elalamy durant trois ans. Quel bilan faites-vous de cette expérience ?
Mohamed Chaïbi : Cette expérience a été exaltante et fondamentalement positive. Nous sommes passés d’une organisation disparate, éclatée, bouillonnante, affaiblie avec une image ternie par les dissensions internes, aux prises de positions mal reçues de la part des partenaires, à une nouvelle organisation sereine, agissante, efficace et crédible. Nous avons également restructuré l’organigramme en interne au niveau de la structure permanente en mettant en place des ressources. Nous avons augmenté les financements à la fois à travers les cotisations et par le biais des subventions des grands groupes pour la Fondation CGEM à qui nous avons obtenu le statut d’utilité publique. Au niveau des adhérents, nous avons agi dans le sens du renforcement et de la modernisation des fédérations sectorielles et nous avons restructuré les commissions transversales pour les mettre en phase avec les thématiques socio-économiques actuelles. Pour la PME, nous avons créé des instruments de progrès telle que la commission spécifique et fédératrice. Une commission appuyée fortement par la CGEM et qui a pu obtenir pour la première fois quelques avantages concrets notamment à travers l’appui dans le cadre du pacte national d’émergence.
Mais, également sur le plan fiscal, il y a la baisse de l’IS de 35 à 30%, sachant que nous visons 15% à terme. Aujourd’hui, nous avons un engagement de 25% avant la législature pour toutes les sociétés. Il y a aussi l’exonération pendant deux ans pour les sociétés qui incorporent le bénéfice au capital. Sur le plan de la formation, il y a la refonte du programme des contrats spéciaux en accord avec l’OFPPT. En résumé, nous avons structuré, fédéré, modernisé et solidarisé en collectant des fonds pour faire des études sur les dossiers pertinents pour la grande et la petite entreprise qui ont permis d’argumenter et de convaincre nos partenaires avec lesquels l’amélioration du climat de nos relations nous a permis d’obtenir de très bons résultats.

Vous êtes le candidat favori à la succession de Moulay Hafid Elalamy.  Votre programme s’inscrit-il dans la continuité de la politique que vous avez menée en tant que vice-président avec Moulay Hafid Elalamy ou avez-vous une nouvelle approche ?
Je suis candidat et vice-président général de la CGEM et j’assume à ce titre l’ensemble de l’action que j’ai mené auprès de l’actuel président. Jusqu’au 5 mai, date limite des dépôts de candidatures, rien n’empêche que d’autres candidats se déclarent. Pour ce qui concerne le programme du nouveau ticket que je représente avec Youssef Alaoui en tant que vice-président général, il s’inscrit globalement dans le renforcement des acquis et la poursuite des efforts pour faire aboutir la vision à moyen terme de la CGEM que l’équipe sortante a synthétisé à travers le livre blanc de la CGEM. Ceci ne nous empêche pas d’adapter le contenu et le rythme de l’action aux contraintes actuelles. J’ai l’intention également d’apporter une plus grande attention aux unions régionales à la poursuite de la modernisation et au regroupement de certaines fédérations. Je souhaite faire aboutir les attentes de la PME et certains secteurs qui ne sont pas efficacement représentés. Une attention particulière devra être portée dans le contexte actuel à l’export et nous serons également plus pragmatique, plus opérationnel et plus vigilant en ce qui concerne le dialogue social. Nous chercherons également à renforcer nos réseaux et nos partenariats avec tous les acteurs socio-économiques du Royaume.

Quels sont les principaux axes de votre programme ?
Je peux vous les résumer en six axes :  le renforcement des acquis, la poursuite de la mise en pratique et de la mise en œuvre des propositions du livre blanc, la poursuite du renforcement et de la modernisation des fédérations, voire dans certains cas leur regroupement pour plus d’efficacité. Il y a aussi le renforcement des unions régionales et un appui plus concret à la PME par la mise en place de services aux entreprises adhérentes. Et, enfin, le développement  du tissu des relations de la CGEM avec ses partenaires et le renforcement des relais avec les différentes institutions socio-économiques et politiques du pays.

La CGEM a été critiquée parce qu’elle a observé un mutisme dans des dossiers tels que le krach de la Bourse et l’impact de la crise économique sur le textile. Si vous êtes élu à la tête de la CGEM, qu’allez-vous faire dans ce sens ?
En ce qui concerne l’impact de la crise sur le textile, je m’inscris en faux contre cette affirmation. L’AMITH peut vous confirmer ma présence effective dans le cadre de la cellule de veille au sein de la CGEM qui, ensuite, a été relayée au niveau du gouvernement dans le cadre de la veille stratégique qui a abouti à la mise en place de mesures d’urgence en faveur des secteurs les plus touchés par la crise, à savoir celui du textile et de l’automobile. Les PME savent aussi le rôle joué par la CGEM auprès de la CNSS pour alléger la pression qui s’exerce sur ces dernières en cette période difficile. Quant au krach de la Bourse, si le patronat agit, il risque d’être taxé de pratique d’influence ou de manipulation ce qui n’est pas le rôle de la CGEM. Cette dernière défend les entreprises, et le marché régit leur cours.

L’année 2009 se caractérise par la crise économique mondiale. Comment la CGEM compte-t-elle participer aux efforts visant à atténuer l’impact de cette crise sur le Maroc ?
Nous avons déjà commencé à travailler avec le gouvernement dans le cadre de la cellule de veille stratégique mais aussi par la mise en place d’outils de prévision comme par exemple celui  que nous venons de faire avec l’IFOP (Institut français d’opinion publique) avec la mise en place du baromètre de conjoncture des entreprises marocaines. Ce baromètre a pour objectif de nous permettre d’anticiper les problèmes, de proposer et d’ajuster les mesures d’accompagnement nécessaires en fonction de la pression subie par les secteurs les plus touchés.

Comment peut-on concilier le souci majeur des entrepreneurs, à savoir réaliser des bénéfices et l’obligation citoyenne de préserver la paix sociale qui passe impérativement par des augmentations des salaires ?
Il n’y a pas d’antinomie entre réaliser des bénéfices et payer correctement ses ressources humaines. Le tout est d’être compétitif et rentable. Si les deux conditions sont réunies, on peut à la fois réaliser des bénéfices et faire face aux attentes du personnel. À l’inverse, si l’entreprise traverse une crise, le bon sens veut que, par le dialogue, on arrive à trouver ensemble avec les salariés les bonnes solutions de sauvetage. La bonne entreprise de la CGEM c’est celle qui profite de la conjoncture favorable pour investir ses bénéfices pour sa modernisation, sa croissance et sa compétitivité. De cette façon, les bénéfices profitent plus à l’entreprise qu’à l’entrepreneur.

Sous votre mandat en tant que vice-président général, la CGEM a été accusée de rapprochement avec une force politique qui venait de naître, à savoir le PAM. Cela est-il vrai ?
Tout d’abord, nous avons reçu le MTD (Mouvement de Tous les Démocrates), le PAM n’existait pas à cette époque. Cette rencontre est venue après celle que nous avons accordée à d’autres organisations politiques ou syndicales notamment à l’occasion de la présentation des programmes économiques des partis avant les élections législatives de septembre 2007.

Quelle est votre position sur la question de la politisation de la Confédération? Pensez-vous que la CGEM, en tant qu’entité, doit rester politiquement neutre ?
Sachez que la CGEM reste ouverte à toute organisation porteuse d’un projet socio-économique et qu’elle se doit d’être à l’écoute des courants de pensée qui traversent notre société. Cette écoute la rend plus à même à renforcer son action et à adapter ses propositions pour en tirer le meilleur pour ses adhérents.
La CGEM est une association d’entreprises. De ce fait, notre organisation se doit d’être apolitique pour éviter des conflits inutiles avec ses partenaires, cela n’empêche pas ses membres d’adhérer au parti de leur choix.

Le dernier mot du candidat à la présidence de la CGEM ?
La CGEM ressortira grandie de cette échéance si nous avons un fort taux de participation lors des élections prévues le 21 mai.


Bio express


Né à Ouezzane  en 1950, Mohamed Chaïbi est diplômé de l’Ecole nationale supérieure des mines de Paris.  Il débute sa carrière en 1975, dans l’exploitation des mines d’une filiale de l’ONA, dont il devient par la suite directeur adjoint.  En 1978, il rejoint la Société des Ciments Français qui le nomme en 1979 directeur de sa filiale au Maroc, la Société des Ciments d’Agadir (SCA) qu’il va développer, par la création de Cimasfi (une cimenterie à Safi). Cette dernière fusionnera en 1990 avec SCA pour devenir Ciments du Maroc.  En 1999, après la fusion absorption de Asmar (cimenterie de Marrakech) par Ciments du Maroc, Mohamed Chaïbi est nommé président-directeur général de la nouvelle entité qui développera en parallèle une filiale, Betomar, en charge de l’activité des matériaux de construction : béton prêt à l’emploi, granulats et adjuvants.

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