Mohamed Darif : «On doit se mettre d’accord à propos de notre identité»

Mohamed Darif : «On doit se mettre d’accord à propos de notre identité»

ALM : Quel commentaire faites-vous du débat déclenché dernièrement au sujet de la question identitaire ?
Mohamed Darif : Généralement, la Constitution se compose de deux principaux volets. Le premier contient les principes qui définissent les grandes orientations de l’Etat et les éléments de l’identité. Alors que le deuxième volet concerne le rapport entre les différentes institutions constitutionnelles. Après le discours du 9 mars, le débat s’est accentué principalement sur ce deuxième volet. Mais, cela ne veut pas dire qu’il n’y a jamais eu de revendications au sujet des principes du premier volet, notamment les droits de l’Homme, les droits économiques et politiques et les droits civiques des femmes ainsi que les droits de l’enfant et de la famille… Ce qui s’est passé dernièrement c’est que les fondements de l’identité nationale, la langue et la religion ont fait l’objet d’une polémique entre les conservateurs et les modernistes. Certains parmi ces derniers ont dit que les islamistes exploitent la Constitution qui dispose que «le Maroc est un Etat islamique», pour se donner une certaine légitimité en disant que l’Etat ne respecte pas la religion. Ils ont, ainsi, proposé de mentionner dans la nouvelle Constitution que le Maroc est «un pays musulman» afin de donner à l’Etat une connotation laïque. Il s’agit-là d’une manière pour dire que la société marocaine est une société musulmane qui respecte le droit des non-musulmans à pratiquer leur culte. Les islamistes répondent à cette proposition en disant que le Maroc a toujours respecté les autres religions et que la mention de la liberté de croyance dans le nouveau texte pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’identité de la société.

Quelle est la solution face à cette problématique?
Il paraît que la Commission Mennouni a pensé à une formule médiane. Il se peut que la nouvelle Constitution parle d’un «Etat musulman». On se réfère, dans ce cadre, à la société et non pas au pouvoir. Toujours concernant la question identitaire, il y a aussi un débat au sujet de la langue. Certes, tous les Marocains s’accordent pour affirmer que la langue arabe constitue la langue officielle du pays, mais il y a un débat à propos de la place de la langue amazighe. Certains partis politiques ont exprimé leur refus de la constitutionnalisation de cette langue alors que d’autres ne sont pas contre. Pire, certains islamistes estiment que le renforcement de la langue amazighe se ferait au détriment de la langue arabe. Il paraît que la Commission Mennouni aurait choisi de mentionner l’amazigh comme langue officielle, avec une phase transitoire en perspective de la mise en place d’une loi organique. Je pense que la nouvelle Constitution ne tranchera pas définitivement au sujet de la question identitaire. Cette question nécessite une vision stratégique, car il s’agit d’un problème qui concerne l’avenir du Maroc.

Ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’un faux débat ?
Je pense que les gens qui disent qu’il s’agit d’un faux débat ont bien raison de le dire. Car ce qui importe le plus dans le nouveau texte constitutionnel c’est le renforcement des prérogatives de l’institution parlementaire, la mise en place d’un pouvoir exécutif effectif, la consécration de l’indépendance de la justice… Mais, il faut faire aussi attention à une chose c’est qu’au Maroc on a eu généralement tendance, à qualifier un débat à propos d’un sujet déterminé de faux débat dans le seul objectif de le reporter et pour gagner du temps. Ces problèmes se rapportant à la question identitaire doivent être résolus le plus vite possible, au lieu de les reporter à chaque fois. Tôt ou tard, on doit se mettre d’accord à propos de notre identité.

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