Mohamed El Meskaoui : «Ce qui manque à l’ICPC c’est l’indépendance»

Mohamed El Meskaoui : «Ce qui manque à l’ICPC c’est l’indépendance»

ALM : Que reprochez-vous à l’Instance centrale de prévention contre la corruption ?
Mohamed El Meskaoui : Depuis la création de l’ICPC en 2008, nous avons toujours dit que cette instance n’offre pas un cadre complet pour la prévention contre la corruption. Elle a été créée uniquement pour la forme. Il s’agit d’une instance qui relève du Premier ministre et qui n’a que des prérogatives d’ordre consultatif. Ceci, en plus du fait que le budget annuel qui lui est réservé est très minime et ne lui permet pas d’accomplir les missions qui lui sont assignées. La lutte contre la corruption requiert une importance capitale. A noter qu’une organisation internationale avait souligné dans son rapport que le coût pour le Maroc de l’absence de transparence en matière de conclusion des contrats publics s’élève à 3 milliards de dollars annuellement.

Quels sont les moyens qui doivent être accordés à l’ICPC pour lutter contre la corruption ?
Dans le cadre du contexte actuel et la période de transition que vit le Maroc, cette instance est appelée aujourd’hui à jouer un rôle très important, étant donné que parmi les principales revendications des jeunes du 20 février figure la lutte contre la corruption. Ceci dit, l’ICPC doit se transformer en une instance indépendante vis-à-vis du Premier ministre et ayant un financement adéquat et des prérogatives élargies, notamment en matière d’inspection et d’investigation. La nouvelle instance devra également avoir la possibilité de coordonner directement son action avec l’appareil judiciaire. Comme elle doit bénéficier de la possibilité de mener des études plus approfondies sur les causes de la corruption au Maroc.

Quel est le gain d’une lutte crédible contre la corruption ?
Ce sont les dysfonctionnements économiques qui sont à l’origine de tous les problèmes des Etats du tiers-monde. Je donne toujours un exemple très simple. Je dis que le jour où le Maroc a ouvert le dossier des crimes politiques des années de plomb, il devait également entamer le dossier des crimes économiques, c’est-à-dire la corruption. La lutte contre ces crimes ne va pas coûter cher à l’Etat. Bien au contraire, elle va permettre à l’Etat de récupérer des fonds énormes qu’il pourra employer par la suite dans les efforts de développement.

(*) Président de l’Instance nationale de défense des biens publics (INDBP)

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