Mohamed Horani : «La CGEM trouve le programme gouver-nemental clair et ses objectifs réalisables»


ALM : Comment la CGEM a-t-elle vu la déclaration gouvernementale?
Mohamed Horani : Il s’agit plus d’un programme gouvernemental que d’une déclaration. Par contre, si l’on rentre dans les détails de savoir s’il est bien structuré ou pas, on ne va pas en finir. Pour moi, le plus important c’est que les objectifs soient clairs pour que le gouvernement puisse rendre des comptes aussi clairs sur leur atteinte. Aussi, il est important de donner un timing. Dans ce cas, deux possibilités s’offrent, soit donner un timing par rapport au résultat final, c’est-à-dire selon la durée du mandat, ou alors on donne un timing détaillé année par année pour que l’on puisse suivre l’évolution étape par étape. Cependant, si on attend la fin du mandat pour faire le bilan, il est déjà trop tard. C’est pour cela qu’il faut plutôt que le gouvernement adopte la deuxième méthode pour que l’on puisse suivre et juger de l’avancement du programme dans l’atteinte des objectifs. Aussi, il me semble également que dans un programme il faut, quand c’est nécessaire, préciser les moyens qui doivent être mis en œuvre pour atteindre les objectifs. Et donc globalement, par rapport à ces critères, la CGEM a jugé que le programme est clair et les objectifs semblent réalisables. Mais évidemment, comme tout le monde, nous nous posons la question du «Comment?». Comment on va opérationnaliser ce programme pour atteindre les objectifs escomptés ? Je pense que là aussi, si chacun joue son rôle correctement, le gouvernement d’un côté, l’opposition de l’autre, surtout avec les nouvelles prérogatives qui lui sont accordées par la nouvelle Constitution, sans oublier les acteurs économiques et sociaux qui nous intéressent au sein de la CGEM, notamment les syndicats, les associations professionnelles et les employeurs, le programme sera concrétisé. Chacun doit remplir son rôle. Dans ce contexte, le rôle de la CGEM et qui a été toujours le sien, est celui d’être une force de proposition. Dans ce sens, nous avons déjà élaboré une stratégie qui est la Vision 2020 de la CGEM. Et quand on compare le programme gouvernemental avec les objectifs de notre propre Vision, nous trouvons qu’il y a convergence. Je vous donne un exemple. Pour le taux de croissance, le gouvernement s’est engagé pour un taux de croissance moyen de 5,5% sur les cinq années, pour nous c’est un minimum par rapport à nos objectifs. En effet, la CGEM vise une moyenne de 6,5% mais sur la décennie, c’est-à-dire d’ici 2020. Dans ce cas, si nous réalisons les 5,5% d’ici 2016, ce que j’espère fortement, nous allons devoir réaliser, sur les quatre années suivantes, une moyenne de croissance de 7% pour arriver à l’objectif des 6,5% escomptés par la CGEM. À mon avis, ça va être possible.

La CGEM fait-elle confiance à ce nouveau gouvernement ?
Le gouvernement actuel a la légitimité populaire puisqu’il sort des urnes, il a la confiance de Sa Majesté le Roi qui l’a désigné et il doit rendre des comptes. Je ne peux donc que lui faire confiance et je suis très heureux qu’il ait eu le courage de fixer le taux de croissance à 5,5%. Maintenant, je lui dis quand même attention, il y a l’incertitude de l’économie mondiale et le Maroc a beaucoup de dossiers qui sont à régler. Ce n’est pas facile, il faut donc rester vigilants et redoubler d’effort si nous voulons réaliser un tel niveau de croissance. C’est comme ça que nous voyons les choses à la CGEM et nous sommes prêts à jouer notre rôle de force de proposition et accompagner la mise en œuvre des stratégies futures. Aussi, nous demandons au gouvernement de renforcer le partenariat public-privé qui est déjà excellent grâce à l’ancien gouvernement, à qui je rends hommage de l’esprit qui a caractérisé ses relations avec la CGEM. Le Maroc est en train de progresser et nous espérons que le partenariat avec le nouveau gouvernement sera encore meilleur que le précédent.

La promesse de Abdelilah Benkirane de relever le SMIG à 3.000 dirhams semble tout de même soulever une certaine polémique au sein de la CGEM. Quelle lecture en faites-vous ? 
Nous devons, tout d’abord, rappeler que le SMIG au Maroc est déjà le deuxième plus haut en Afrique. Et nous rappelons également qu’il est plus élevé que dans pas mal de pays européens, notamment de l’Europe de l’Est. C’est une réalité. Aujourd’hui, le Maroc évolue dans un monde globalisé et la compétitivité de ses entreprises doit être évaluée en fonction de cette globalité. La compétition va être de plus en plus féroce et nous devons doter nos entreprises d’une compétitivité optimale si nous voulons réussir notre pari. Et donc parler d’une augmentation du SMIG me semble être complètement dépassée. Nous devons plus parler d’une amélioration des revenus de nos concitoyens et travailler pour créer de la richesse à distribuer, ensuite le SMIG va être une conséquence de notre travail. Si nous arrivons à améliorer la productivité d’un salarié que l’on paie X dirhams par mois pour une petite productivité, si demain il double sa productivité, moi je suis prêt à doubler son salaire. Dans ce cas, je ne perds rien du tout. Mais si la productivité est la même et que le coût du travail augmente, je perds en compétitivité, je vais embaucher moins et peut-être même licencier. L’équation est claire : le SMIG ne doit pas être un objectif en soi, ça doit être une conséquence et un résultat réel. Il ne faut pas oublier que le SMIG est, également, un indicateur important dans les investissements étrangers. Donc, nous avons intérêt à être les plus attractifs possibles.

Peut-être que cette augmentation de SMIG ne concernera que le secteur public. Dans ce cas, quel sera l’impact sur le secteur privé?
Quand on fixe le SMIG dans le public et qu’on laisse le privé trancher son SMIG dans le cadre du dialogue social, nous pensons que c’est une mauvaise approche. Que les salariés soient du secteur privé ou public, il faut qu’ils aient les mêmes avantages et les mêmes traitements. Aujourd’hui, nous constatons déjà que les diplômés chômeurs veulent absolument travailler dans le secteur public. Ce genre d’approche ne va donc que renforcer cette situation et les diplômés chômeurs vont se dire qu’au moins dans le public le SMIG est de 3.000 dirhams. Le public sera donc encore plus attractif, alors qu’à mon avis il est en sureffectif actuellement. En tout cas, la masse salariale du public est très très forte, en plus d’avoir un réel problème de productivité. Bien sûr ce n’est pas au privé de donner des leçons à l’Etat, mais, moi, je le considère comme une méga-entreprise où il faudrait même revoir le système de rémunération des fonctionnaires, pour qu’il encourage plus la performance.

L’entreprise et spécialement la PME sont au cœur des perspectives du développement économique du gouvernement. Comment la CGEM se prépare-t-elle à accompagner cette stratégie?
Je dois rappeler que la PME a toujours été une grande priorité dans la stratégie de la CGEM pour la simple raison que plus de 95% du tissu économique marocain est composé de PME et PMI. Il faut dire aussi qu’aujourd’hui ces PME connaissent beaucoup de difficultés. D’abord, dans leur environnement et ça c’est le rôle de la CGEM et du gouvernement. Ce dernier doit, donc, écouter les propositions de la CGEM pour pallier ces difficultés. Mais, il y a aussi les facteurs internes aux entreprises et qui font qu’aujourd’hui les performances de ces dernières sont limitées. Je relèverai spécialement les problèmes de structure au sein de ces entreprises. Et plus précisément les problèmes de gouvernance. En effet, il y a des entreprises qui n’ont pas de conseil d’administration ou encore des entreprises familiales qui n’ont même pas un conseil de famille. Alors, comment voulez-vous qu’elles soient performantes face à cette globalisation ? Se posent également les problèmes de transmission des affaires et d’amélioration des structures et là-dessus nous déployons déjà tout un dispositif dans ce sens, mais nous n’en avons pas encore les résultats chiffrés pour pouvoir les évaluer.
Nous avons également entamé depuis deux ans des mesures pour rendre la fiscalité neutre en matière de fusion et scission. En effet, ce genre d’opération permet de rendre les entreprises plus fortes et elles peuvent ainsi se permettre d’avoir des structures en bonne et due forme. Il se trouve que ces mesures arrivent à échéance le 31 décembre prochain. Nous espérons que ça va être reconduit, mais pour cela il va falloir faire une évaluation pour en mesurer les résultats et appuyer la reconduction. Notre rôle est donc de promouvoir ce genre d’initiative, de sensibiliser les PME et de les accompagner. Je leur lance d’ailleurs, à cette occasion, un appel à se regrouper et à se renforcer. Autre volet sur lequel nous avons mis le doigt, et qu’on attend dans la loi de Finances rectificative, c’est celui d’étendre cette neutralité fiscale au transfert d’actions et d’actifs des filiales vers les holdings pour pousser les entreprises familiales à créer des holdings. J’espère que ça va être pris en compte parce que ça ne coûtera rien à l’Etat.
En effet, en l’absence de ces mesures-là, il n’y aura pas de holdings. Il faut savoir qu’il est difficile pour une entreprise de monter des holdings et de payer des impôts alors qu’elle n’a encore rien encaissé. D’ailleurs, le principe même des impôts c’est de payer pour quelque chose que l’on a déjà encaissé en fonction de sa valeur. J’espère que cette mesure va être mise en place dès cette année. Ça va être un très bon signal et en même temps on va mettre les PME devant leur responsabilité. D’autres mesures existent également, notamment en matière d’environnement, de trésorerie, de renforcement de la flexibilité au niveau des banques. Donc aujourd’hui, nous tenons au sein de la CGEM un discours équilibré, il faut bien sûr améliorer l’environnement, mais également les performances des entreprises.

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