Mohamed Tajeddine Husseini : «La vague de contestations touchera l’Algérie, le Soudan et le Yémen»

Mohamed Tajeddine Husseini : «La vague de contestations touchera l’Algérie, le Soudan et le Yémen»

ALM : Quelle analyse faites-vous de la révolution égyptienne ?
Mohamed Tajeddine Husseini : Certes, on ne peut pas dire que la révolution égyptienne constitue uniquement l’écho de ce qui s’est passé en Tunisie. La révolution de l’Egypte a ses propres facteurs. La situation politique dans ce pays a été marquée par un blocage total. Durant 30 ans, l’état de siège était toujours en vigueur. Aussi, l’ensemble des composantes politiques de la société égyptienne était marginalisé au profit du parti au pouvoir, le PND. Malgré le fait que ce parti a réussi à rassembler des millions d’adhérents, mais il ne traduisait pas la réalité de la carte politique. Cette situation catastrophique de stagnation politique a été aggravée par la détérioration de la situation économique. En plus de tout cela, le régime en Egypte était un régime policier par excellence.

Comment prévoyez-vous la carte politique égyptienne après la révolution ?
Les jeunes révolutionnaires vont probablement intégrer des partis de l’opposition. Il se peut aussi que des mouvements de protestations comme «Kifaya» et la «Coordination de soutien aux jeunes» se transforment en partis politiques. Comme il se peut aussi que ces jeunes mettront en place leur propre parti. Par ailleurs, les Frères musulmans, malgré le fait qu’ils ont affirmé qu’ils n’avaient pas l’intention de se présenter aux élections présidentielles, feront des pas dans ce sens dans l’avenir. Car ils visent toujours des objectifs dans le moyen et le long termes. Certains disent même que les Frères musulmans vont tenter de se moderniser en empruntant le pas au modèle turc.

Quel commentaire faites-vous des mesures prises par l’armée pour rétablir l’ordre ?
L’essentiel pour l’armée égyptienne c’est qu’elle conserve toujours sa crédibilité aux yeux des protestataires. Au moment où les forces de police défendaient le régime, l’armée a refusé de tirer sur les manifestants. Elle a, dès le départ, affirmé qu’elle est descendue dans la rue pour protéger les citoyens. Maintenant, le peuple a d’autres revendications que l’armée va traiter progressivement. L’armée va assurer une transition pacifique.

Quel est l’impact de la révolution sur la région du Moyen-Orient ?
Les engagements internationaux de l’Etat issus des conventions internationales persistent malgré le changement de régime. Lorsque l’armée a affirmé qu’elle respectait ces engagements, elle a fait allusion essentiellement à l’accord de paix avec Israël. La remarque qu’on doit faire à ce propos c’est que l’accord de Camp David ne prévoit pas uniquement une paix avec Israël, mais aussi le droit du peuple palestinien à un Etat indépendant. Chose qui n’est pas encore réalisée. Vu le contexte actuel, je crois qu’il y aura incontestablement un changement radical dans le traitement par l’Egypte de la question palestinienne. Aussi, si les Frères musulmans mettront la main sur le pouvoir, ils tiendront fermement à la révision de l’accord de paix avec l’Etat hébreu.

La vague de protestations touchera-t-elle d’autres pays arabes?
La vague de contestations touchera l’Algérie, le Soudan et le Yémen. Certes, les régimes qui présentent les mêmes ingrédients du régime de Moubarak ou de Ben Ali connaîtront inévitablement le même sort tôt ou tard. Le Maroc fera l’exception dans la région parce qu’il a entamé le processus de la consécration de la démocratie et du développement socio-économique depuis plus de 15 ans.

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