Mohamed Zineddine : Une rentrée infernale pour le gouvernement Benkirane

Mohamed Zineddine : Une rentrée infernale pour le gouvernement Benkirane

ALM : Comment s’annonce la rentrée politique pour l’actuel gouvernement Benkirane ?  

Mohamed Zineddine : A plus d’un titre, cette rentrée s’avèrera dure, très compliquée et exceptionnelle pour l’actuel gouvernement Benkirane, et ce aussi bien au niveau politique, économique que social. Sur le plan politique, les négociations entre le PJD et le RNI rencontrent des difficultés et le flou les caractérise.

Nous dirigeons-nous vers la formation d’un gouvernement Benkirane II ou vers autre chose ?

Aujourd’hui, nous avons l’impression que le gouvernement revient à la case départ. Personne ne sait vers où se dirigent ces négociations. La tendance qui se dessine est qu’il y a un point essentiel de divergence entre le PJD et le RNI. Il est question de remaniement. Le PJD privilégie un remaniement technique et partiel. Il a peur d’une telle restructuration et la refuse, c’est d’ailleurs ce qui a causé le retrait de son ex-allié l’Istiqlal. Le RNI exige un remaniement global du gouvernement et l’instauration de pôles sectoriels, en particulier au niveau des finances. Il a ses propres arguments dans la mesure où il appelle à des réformes globales de la Caisse de compensation et des retraites et ambitionne de gagner des points électoraux. Cette question du remaniement concerne également les autres alliés, en l’occurrence le MP et le PPS, et suscitera leurs réactions. Le PJD se trouve face à un dilemme : comment satisfaire tous ses alliés et leur appétit pour des portefeuilles ministériels alors que la logique veut que dans cette conjoncture on privilégie une réduction des dépenses et une concentration de l’équipe gouvernementale pour plus d’efficience.

Qu’en est-il des rapports du gouvernement avec l’opposition ?

Les rapports entre le gouvernement et l’opposition sont particulièrement tendus. A cet effet, il y a lieu de citer les dernières remarques faites par le Conseil constitutionnel sur plus d’une trentaine de dispositions du règlement interne de la première Chambre du Parlement et qui risquent de faire dégénérer les divergences lors de cette rentrée parlementaire.  Au niveau du travail du gouvernement, on constate aussi un manque de visibilité, notamment pour ce qui est de l’élaboration et la mise en œuvre des lois organiques stipulées par la Constitution. Le gouvernement est aussi sollicité au niveau de l’application des dispositions de la Constitution. Dans ce sens, SM le Roi, dans son discours du 20 août, a décidé en application des dispositions transitoires prévues dans la Constitution, d’opérationnaliser le Conseil supérieur de l’enseignement dans sa version actuelle, invitant le gouvernement à procéder avec célérité à l’adoption des textes juridiques relatifs au nouveau Conseil.

Quels sont les défis de la rentrée sur les plans social et économique ?

Au niveau social, la rentrée sera aussi mouvementée et exigeante. Les centrales syndicales les plus représentatives, notamment l’UMT et l’UGTM, promettent de mener la vie dure à ce gouvernement et menacent d’organiser des grèves, et ce pour diverses raisons, à commencer par les hausses des prix des produits de consommation, récemment celle du prix du lait et le blocage que connaît le dialogue social. L’ouverture d’un débat national sur l’enseignement pour la réforme de l’éducation devrait être aussi un chantier prioritaire. Au niveau économique, le tableau est tout aussi sombre avec une situation financière délicate, la dette ayant dépassé l’an dernier les 7% du PIB. Trouver des solutions adéquates ne sera pas de tout repos. Le gouvernement manque d’une vision claire au niveau de la gestion et reste prisonnier des polémiques.

La conjoncture régionale défavorable pour les islamistes entre-t-elle aussi en jeu ?

Il y a aussi lieu de faire référence à la conjoncture internationale. L’expérience difficile des gouvernements islamistes en Tunisie et en Egypte jette son ombre sur le parti de Benkirane. Le PJD vit aujourd’hui dans la tourmente, et les divergences dans les positions entre ses officiels, ses dirigeants et ses bases se font sentir soulevant la problématique de la séparation entre le partisan et le gouvernemental.

Peut-on dans ce sens penser que la chute du gouvernement islamiste n’est plus qu’une question de temps ?

Le scénario d’une chute du gouvernement islamiste au Maroc me semble peu envisageable. Parce que si les partis de l’opposition voulaient faire tomber ce gouvernement, ils n’auraient pas hésité dès le retrait de l’stiqlal de la majorité gouvernementale à voter une motion de censure. Ils sont conscients de la menace régionale qui plane sur le Maroc. Par contre on assiste à un changement dans le paysage politique marocain à travers les rapprochements qui se font entre les partis de l’opposition PAM, USFP et Istiqlal. Ces derniers aiguisent leurs armes pour faire face au gouvernement lors de cette rentrée.

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