Mohammédia : des orphelins sur le trottoir

Les malheurs de la famille Omrani ont commencé, en 1991, date à laquelle le père, Mohamed, a eu un accident le privant de l’usage de ses doigts. Il était âgé de 60 ans environ. La mère est diabétique. Résultat : ils se retrouvent à l’orphelinat de Mohammédia en compagnie de leurs deux fils, Hatim, l’aîné âgé de 23 ans et Abdeslam, le cadet. C’est le début de la descente aux enfers. Hatim témoigne aujourd’hui des malheurs de cette famille dans ce monde impitoyable de l’orphelinat. Les enfants voyaient quotidiennement leurs parents, un handicapé et une diabétique, se faire humilier par les résidents de l’orphelinat. Ils avaient du mal à réaliser ce qui se passait réellement. Ce n’est qu’à l’âge de 14 ou 15 ans que les choses commencent à s’éclaircir. Pas de doute: ils sont pris dans un engrenage terrible, un lieu où se côtoyaient prostituées, drogués et autres escrocs notoires. Le choix de la famille Omari était simple, jouer le jeu des proxénètes ou être considérés comme des ennemis, bons à abattre. « Il va de soi que nous avons préféré garder nos distances », affirme Hatim. Par conséquent, les malheurs de la famille ne feront que s’accroître. Hatim n’a aucun mal à citer tous ceux qui ont causé du tort à sa famille. Tout ce manège criminel fut orchestré par le directeur, un certain Mustapha Eddo ; Bouziar Abdelkader, Bouieh Moussa, Haj Haddaoui, Mustapha M’rabet, le gardien Daoudi et bien d’autres. Ils sont accusés d’entretenir un véritable réseau de prostitution et de drogue au sein même de l’orphelinat et de la maison de retraite. Les chambres sont dans un état de délabrement total. La nourriture est détournée par certains résidents avec la complicité des responsables de l’administration de l’orphelinat. Eddo a occupé le poste de directeur pendant plus d’un an sans qu’aucun document administratif officiel ne lui en donne le droit. Eddo, vendait même des chambres à des personnes extérieures à l’orphelinat, en général des prostituées. Une véritable anarchie dont personne ne veut assumer la responsabilité. « Le caïd Selassi est au courant de la situation illégale du directeur », affirme Hatim. Régulièrement, les enfants se font agressés et les parents humiliés devant leur progéniture. En 2000, la mère, Latifa Fares, fut sauvagement tabassée par d’autres locataires. Elle se retrouve à l’hôpital avec plusieurs contusions et un grave traumatisme crânien. Hatim se dirige vers le siège de la préfecture. Il finit après de multiples obstacles à rencontrer le gouverneur de l’époque, Driss Khezzane. Hatim lui a expliqué la situation désastreuse dans laquelle se trouve l’orphelinat et lui a remis un dossier complet, avec toutes les preuves. Le gouverneur a dépêché un cadre de la préfecture avec le fameux dossier à la main. Mais à la grande surprise de Hatim, les responsables de l’orphelinat ne sont pas inquiétés outre mesure. Une semaine plus tard, Hatim se précipite vers le gouverneur qui lui rétorqua: « ne viens plus me déranger! ». En août 2002, une vieille femme handicapée se fait violée au sein de l’orphelinat. Le coupable, un résident de l’orphelinat âgé de plus de 30 ans, un certain Mezhar Souhaïl, fils de Fatima Sabir, une mère-maquerelle, résidant également dans l’orphelinat. Tout le monde connaissait le coupable. Mais personne ne pouvait parler. Les membres de la famille Omrani furent les seuls courageux. Ils témoignèrent contre Souhaïl. C’était suffisant pour leur attirer les foudres de l’administration et des résidents. La police tarde à réagir. Ce n’est qu’un mois après, qu’elle s’est manifestée. L’enquête n’a pas abouti car la victime, une femme âgée, est décédée de son malheur trois mois plus tard. Pourtant, l’infirmier de l’orphelinat, Abderrahim, a constaté le viol. Il en a fait part à son supérieur hiérarchique, le Dr. Bougos, membre de l’Association de bienfaisance islamique, qui gère l’orphelinat et médecin du Chabab Mohammédia. Le Dr. Bougos a tout simplement répondu à son infirmier: « ce ne sont pas nos affaires! ». Sans commentaire. Avant Eddo, il y avait un autre directeur, Abdelouahed. Il n’est resté qu’un seul mois à ce poste. Il s’est rendu compte, rapidement, que ce sont les résidents qui font la loi au sein de l’orphelinat. Il a découvert Mustapha M’rabet, un responsable de l’orphelinat vivant en concubinage avec l’une des résidantes, une sourde-muette. Cette dernière est enceinte de M’rabet. Abdelouahed est aujourd’hui, directeur de l’Entraide nationale, organisme responsable de l’orphelinat, avec l’aide de l’Association de bienfaisance islamique. Cette dernière est présidée par Hicham Aït Menna. Le nouveau directeur, Rebbahi Mohamed, n’est pas meilleur. Il encourage le même système et se contente d’être un spectateur lorsque la famille Omrani se fait agresser. En somme, Hatim a frappé à plusieurs portes. L’actuel gouverneur refuse de le recevoir, malgré les trois demandes d’audience qu’il a effectivement reçues. Le secrétaire général de la préfecture, aussi, est au courant de l’affaire. « Toutes ses promesses n’étaient que des mensonges ». Hatim est sidéré de voir, régulièrement, une estafette du troisième arrondissement de la police, venir à l’orphelinat pour s’approvisionner en nourriture. « Je souhaite lancer un appel à Sa Majesté Mohammed VI pour qu’il nous aide », affirme Hatim. Et d’ajouter, « maintenant, nous risquons le pire ». Affaire à suivre.

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