Mort de Ben Laden : Fin du jihadisme ?

L’opération commando au cours de laquelle Oussama Ben Laden a été tué a été menée par des forces spéciales de la Marine américaine, des Navy Seals, qui ont abattu le chef d’Al Qaïda d’une balle dans la tête. C’est ce qu’a affirmé, lundi 2 mai, un responsable américain cité par l’AFP. Les Navy Seals, un acronyme de Sea, Air, Land (terre, air, mer), sont des troupes d’élite employées notamment pour des missions antiterroristes, de reconnaissance ou de guerre non conventionnelle. Le responsable américain, qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat a indiqué que le corps d’Oussama Ben Laden avait été inhumé en mer. «L’immersion en mer a déjà eu lieu. Nous voulions éviter une situation où sa tombe ne devienne un lieu de pèlerinage», a-t-il ajouté. Selon lui, le temps manquait pour s’arranger avec d’autres pays sur un éventuel enterrement. Les Etats-Unis n’ont informé aucun pays de leur intention de conduire cette opération, y compris le Pakistan où Ben Laden a été retrouvé. Lors du raid, Ben Laden, un de ses fils, deux messagers et une femme ont été tués. «Il a résisté comme nous l’avions prévu», s’est contenté d’affirmer le responsable cité par l’AFP, sans toutefois confirmer que l’objectif était d’éliminer le chef d’Al Qaïda plutôt que de le capturer. L’Islam est opposé à l’immersion en mer, a déclaré, lundi, au Caire un responsable à Al Azhar après des informations en ce sens concernant le corps du chef d’Al Qaïda. Ceci dit, la tête pensante de l’organisation terroriste d’Al Qaïda, Oussama Ben Laden, a été décapitée, mais cela va-t-il mettre fin au danger terroriste d’Al Qaïda et au jihadisme? C’est la grande question qui anime actuellement les débats après l’annonce, dimanche 1er mai, par le président américain Barack Obama de l’assassinat de Ben Laden par un commando américain au Pakistan. C’est la crainte d’une vague d’attentats de représailles qui s’installe après la joie et la satisfaction suite à la mort du leader emblématique d’Al Qaïda et instigateur des attentats du 11 septembre 2001 ayant fait plus de 3000 morts. L’organisation de coopération policière internationale, Interpol, a mis en garde, lundi 2 mai, contre «un risque terroriste plus élevé» après la disparition de Ben Laden. Dans ce sens, Interpol appelle ces pays membres à une «vigilance accrue». «Le terroriste le plus recherché au monde n’est plus, mais la mort de Ben Laden ne représente pas la disparition des organisations affiliées à Al Qaïda ou inspirées par Al Qaïda, qui continuent et vont continuer à s’impliquer dans des attaques terroristes à travers le monde», a souligné Ronald Noble, secrétaire général d’Interpol, dans un communiqué. Il est clair qu’Al Qaïda se trouve désormais privée de son père sprituel, mais cela n’anéantira pas, selon les experts, les réseaux d’Al Qaïda qui s’activent aux niveaux régional et local. «Il est presque certain que les terroristes vont tenter de venger Oussama Ben Laden», a mis en garde, lundi, pour sa part, le directeur de la CIA, Leon Panetta, dans un communiqué. Le danger terroriste d’Al Qaïda persiste toujours. D’ailleurs, il convient de rappeler que tout en annonçant solennellement la mort d’un «terroriste responsable du meurtre de milliers d’innocents», le président américain a appelé à «rester vigilant» assurant qu’Al Qaïda continuait à menacer les Etats-Unis. «Ben Laden n’avait plus, depuis longtemps, qu’un rôle symbolique, celui d’une icône du Djihad. Il n’avait plus depuis longtemps de rôle opérationnel. Je crois donc que sa mort ne changera pas grand-chose pour Al Qaïda», indique Claude Moniquet, président de l’ESISC (voir entretien ci-dessous). «La mort d’Oussama Ben Laden n’aura pas un impact décisif sur Al-Qaïda. Depuis longtemps, Ben Laden ne prenait plus les décisions d’Al Qaïda comme il ne traçait plus le parcours de cette organisation terroriste. Cette situation est due à deux éléments principaux. Tout d’abord, Al Qaïda a pris de l’ampleur en devenant une organisation mondiale. Ensuite, Al Qaïda est constituée désormais de filiales régionales et locales et de cellules», explique, pour sa part, Saïd Elakhal, islamologue (voir entretien page 7). La plupart des pays qui se sont félicités, lundi, de la mort de Ben Laden, ont toutefois averti que cela ne signifiait pas la fin d’Al-Qaïda et du terrorisme. Pour le Premier ministre britannique David Cameron, allié privilégié des Etats-Unis et dont le pays avait été visé en 2005 par des attentats liés à Al Qaïda, il s’agit d’un «grand soulagement pour les peuples dans le monde» mais «bien entendu pas la fin de la menace du terrorisme extrémiste». L’Espagne, également visée par des attentats liés à Al-Qaïda en 2004, a vu dans cette élimination un «pas décisif» dans la lutte contre le terrorisme. Ailleurs en Europe, l’Autriche, le Danemark, la Grèce, la Norvège, le Portugal, la Suède ou encore la République Tchèque se sont félicités, tout en soulignant la menace terroriste n’en était pas éliminée pour autant.

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