Mustapha Mansouri : «Il n’y a pas de raisons objectives pour une recomposition de la majorité actuelle»

Mustapha Mansouri : «Il n’y a pas de raisons objectives pour une recomposition de la majorité actuelle»

ALM : La tendance à régionaliser le débat et l’action politiques s’est renforcée ces derniers mois au Maroc. Cela a-t-il eu un impact sur le programme politique et la stratégie avec lesquels le RNI compte affronter les communales ?
Mustapha Mansouri : Tout d’abord, je tiens à préciser que nous n’avons pas attendu les élections communales pour parler de la région. Tous nos programmes étaient axés sur cette nécessité impérieuse d’ériger la région en une entité territoriale stratégique. Mieux encore, nous n’avons jamais considéré cette revendication comme étant circonstancielle. Au contraire. La régionalisation a toujours occupé une place importante dans la réflexion politique du RNI.
A l’occasion des dernières élections, nous étions l’un des rares partis à présenter, dans notre programme législatif, des propositions très avancées en matière d’instauration de la régionalisation. Je vous invite d’ailleurs à consulter ce document détaillé sur l’approche du RNI en matière de régionalisation.
D’un autre côté, il est nécessaire de rappeler le discours de Sa Majesté le Roi dans lequel il a insisté sur l’urgence d’une réflexion sur les modalités de mise en place de la régionalisation. Ce discours qui fait date, nous conforte en tant que formation politique qui a toujours plaidé dans ce sens. En outre, cette démarche a prouvé son efficience dans plusieurs pays du monde. Et nous constatons que les pays les plus avancés sont justement ceux qui ont suivi cette voie. Je vous rappelle également que Feu Hassan II avait, lui aussi, toujours espéré instaurer au Maroc l’expérience des Länder allemands.

Qu’offrez-vous de particulier aux électeurs pour les inciter à voter pour le RNI ?
Le RNI a toujours été un parti qui honore ses engagements envers ses électeurs. Les Marocains sont de nature modérée et n’ont jamais manifesté de sympathie envers les extrémismes de tout bord. Ils se retrouvent, par conséquent, dans le RNI qui est une formation œuvrant, non seulement pour la préservation de nos valeurs, mais également pour l’ouverture sur la modernité. Pour répondre à vos questions, nous avons préparé un programme spécifique pour les prochaines élections locales qui tient compte des attentes des citoyens à tous les niveaux. A ce titre, une présentation officielle de ce programme aura lieu demain à Rabat.

Comment le RNI a-t-il géré le dossier de l’élargissement de la présence des femmes dans la gestion des communes ?
Il est évident que la loi instaurant un seuil de 12% de femmes élues constitue un véritable saut qualitatif pour notre démocratie. Aussi, le RNI compte aller au-delà de ce minima, en encourageant davantage de militantes à se présenter directement lors de ce scrutin.

Selon vos estimations, quelles sont vos chances pour le scrutin du 12 juin ?
Le RNI s’est préparé pour se présenter à ces élections dans les meilleures conditions. Nous avons créé une commission spécifique au sein de notre siège qui s’occupera du déroulement et du suivi de ces échéances électorales. Nous avons sensibilisé tous nos coordonateurs à travers le Royaume pour assurer le maximum de couverture et sensibiliser les citoyens à se rendre aux urnes pour s’acquitter de leur devoir national.
En outre, nous avons donné des consignes claires à ce que les meilleurs candidats soient sélectionnés et présentés à ces élections.

Des mouvements de transhumance sont en train de s’opérer sur l’ensemble du territoire national. Des élus communaux abandonnent leurs partis pour rejoindre d’autres formations. Cela affecte-t-il votre stratégie ?
D’un point de vue légal, la loi n’interdit pas à un élu, en fin de mandat, de changer d’appartenance partisane. Mais ceci dit, cette transhumance poussée à outrance crée de la confusion dans l’esprit des électeurs et aggrave le phénomène de non participation aux élections.
Nous pensons au RNI que l’engagement partisan doit être un contrat moral sacré qui reflète un engagement et une conviction autour d’un programme. Le choix d’un parti ne doit nullement obéir à des considérations opportunistes ou autres. C’est de cette manière que nous pouvons assurer un maximum de visibilité aux citoyens.

Vu la multiplication des partis politiques, les résultats par commune aboutissent le plus souvent à une carte politique disparate. L’élection du président de la commune s’avère un casse-tête et, une fois élu, ce président devient l’otage de la fragilité de sa majorité. Comment analysez-vous cette particularité de la gestion communale marocaine ?
C’est toute la notion de polarisation du champ politique, souhaitée par Sa Majesté le Roi, dont il est ici question. Le législateur est allé dans ce sens en instaurant un seuil de représentativité de 6%. Chose qui permettra de réduire le phénomène de balkanisation et partant de permettre la gestion de la commune dans les meilleures conditions.

Des voix se sont élevées récemment pour dénoncer ce qu’ils ont qualifié d’actes d’«hostilité» de la part de certains walis et gouverneurs. Avez-vous constaté, dans votre formation, l’existence de tels agissements de la part de certains agents d’autorité ?
Jusqu’à présent, nous n’avons rien constaté de tel. Mais dans le passé des dérapages ont effectivement eu lieu, et le RNI s’était soulevé contre ces pratiques. Cependant, nous avons constaté une évolution positive dans la gestion des élections par le département de l’Intérieur. Dans certaines circonstances, on avait même reproché au ministère de l’Intérieur sa neutralité excessive. En tout cas, nous resterons vigilants et réactifs.

Le RNI, depuis sa naissance, a été qualifié de parti de notables. Ses bons résultats électoraux ont toujours été expliqués par cette particularité. Cette politique n’est-elle pas devenue caduque dans le Maroc du nouveau règne ?
Effectivement, le RNI s’est toujours appuyé sur des notables, des élus et des cadres qui constituent des piliers dans toutes les régions du Maroc. Mais depuis le quatrième congrès, nous avons entamé un vaste travail d’ouverture sur l’ensemble des catégories sociales, à travers la création, entre autres, d’une section pour les femmes et d’une autre pour les jeunes. Notre objectif est bien évidemment de bénéficier de toutes les forces vives du pays. Le RNI compte des hommes et des femmes de qualité, qui ont fait leurs preuves dans une multitude de secteurs d’activités. L’heure est aujourd’hui à la canalisation de cette énergie dans des structures clairement définies.

La majorité gouvernementale dont vous êtes l’une des plus importantes composantes gère les affaires de l’Etat depuis près de deux ans. Comment qualifiez-vous son action ?
Pour paraphraser Georges Marchais, le célèbre homme politique français, nous pouvons dire que «l’action gouvernementale est globalement positive».

Pourtant, cette majorité semble connaître de grandes difficultés en matière de coordination entre ses composantes. On a l’impression que les partis de la majorité ne font que «cohabiter» ensemble alors qu’il existe entre eux des divergences énormes qu’ils ne cachent pas d’ailleurs. Qu’est-ce qu’en pense le président du RNI ?
Je vous dirais de manière claire, qu’il n’existe nulle part dans le monde, une majorité composée de plusieurs sensibilités politiques qui fonctionne de manière parfaite sans aucune friction. Le Maroc ne fait pas exception. C’est d’ailleurs, pour cette raison qu’on parle de «sensibilités» au sein du gouvernement. Mais le RNI a toujours milité pour une loyauté sans faille de l’ensemble des composantes de la majorité. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons réussir à agir de manière cohérente pour l’application du programme gouvernemental pour lequel on s’est tous engagés.

Ne doit-on pas opter pour une recomposition de la majorité pour obtenir un résultat plus homogène ?
Il n’y a pas de raisons objectives pour une éventuelle recomposition de la majorité actuelle. Mieux encore, la stabilité de toute majorité est un gage de sa réussite. Il suffit d’observer ce qui se passe en Italie pour mesurer l’importance d’une stabilité gouvernementale.

L’entrée en jeu du PAM a déstabilisé plusieurs formations et provoqué des craintes chez la classe politique, dans la majorité comme dans l’opposition. Pourtant, le seul parti qui semble être à l’aise avec «le nouveau venu» est le RNI. Quel est le secret de cette quiétude ?
Le PAM est un allié et nous étions les premiers à ouvrir un dialogue franc avec lui. Nos programmes se rejoignent sur de nombreux points, particulièrement en ce qui concerne la gestion communale et la régionalisation. C’est ce qui a facilité la constitution d’un groupe commun au Parlement.

Existe-t-il un pacte d’alliance avec le PAM après les élections ?
Tous les partis politiques attendent la publication des résultats des élections pour entamer des discussions au sujet d’éventuelles alliances pour la composition des bureaux communaux. Il est donc clair que nous allons composer avec le PAM, au même titre qu’avec l’ensemble des partis appartenant à la majorité.

Partagez-vous le discours anti-PJD de cette formation ?
Nous considérons le PJD comme n’importe quel autre parti politique, du fait qu’il joue le jeu démocratique et est représenté au Parlement. Mais bien évidemment, nous sommes contre tout extrémisme, quel qu’il soit, et contre toute utilisation de la religion à des fins politiciennes.

Le RNI assure la présidence des deux Chambres du Parlement. Des partis de la majorité ont estimé, au moment où vous avez insisté pour présenter un candidat à la présidence de la deuxième Chambre, qu’il s’agit d’un acte «égoïste» puisqu’il fallait, selon eux, laisser l’opportunité à une autre formation d’avoir un poste aussi éminent. Que leur répondez-vous ?
Le mandat de Feu Mustapha Oukacha devait prendre fin en octobre 2009. Nous estimions que son remplaçant devait être naturellement un conseiller du RNI. Il n’y a aucun égoïsme dans cette affaire. Je vais encore une fois prendre exemple sur ce qui se passe dans les plus grandes démocraties du monde. Il n’est point contradictoire de trouver à la tête des deux Chambres des présidents issus du même parti. C’est le cas, justement de la France, où les deux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat sont issus de l’UMP. En outre, notre groupe est numériquement le plus important ce qui lui a permis, le plus démocratiquement du monde, de décrocher cette présidence.

Le président de la deuxième Chambre est monté au créneau dans l’affaire du Code de la route. C’est la première fois dans l’histoire du Maroc que l’on voit le législatif «empiéter» sur les prérogatives de l’exécutif pour entamer des négociations avec des syndicats et décider de geler la procédure d’adoption d’un projet de loi. Cela ne signifie-t-il pas que le gouvernement a fait preuve d’un échec sur ce dossier ?
Je tiens, d’abord, à rappeler que la grève des transporteurs risquait de paralyser complètement l’activité économique dans le pays. A cet effet, une réaction rapide était nécessaire pour mettre fin à ce mouvement. Dans le cadre de la concertation de la majorité, il s’est avéré opportun que le président de la Chambre des Conseillers et le ministre de l’Equipement et du Transport, après mûre réflexion et concertation avec le président de la commission pertinente, aient décidé de suspendre la discussion du projet de loi, jusqu’à nouvel ordre.

Vous avez suscité une polémique avec vos déclarations sur l’affaire de l’utilisation du gaz toxique dans le Rif par l’armée espagnole de colonisation et dans lesquelles vous exigez des réparations et des excuses de la part de l’Etat espagnol. Vu le timing, cela n’entre-t-il pas dans le cadre d’une stratégie électorale dirigée vers les habitants de la région du Rif ?
L’ouverture du dossier des victimes des armes chimiques utilisées par l’Espagne contre les habitants de la région du Rif est une affaire nationale qui devrait préoccuper tous les Marocains, ainsi que l’ensemble des partis politiques et tous les acteurs de la société civile, qu’ils soient de gauche ou de droite. A cet effet, un vibrant hommage doit, naturellement, être rendu à toutes les associations locales et nationales qui ont travaillé sur ce dossier, particulièrement à M. Ilias El Omari qui a été le premier à avoir soulevé cette question.
En outre, le moment est maintenant propice pour soulever cette affaire. La France vient d’amorcer une procédure de réparation au profit des victimes des essais nucléaires au Sahara. Et l’Italie a non seulement exprimé, à travers son Premier ministre Silvio Berlusconi, des excuses au peuple libyen pour les années de colonisation, mais elle a également débloqué des sommes importantes pour réparer les préjudices de cette période. Aujourd’hui, le RNI exhorte tous les médias et les acteurs associatifs à poursuivre leur mobilisation et appelle, en outre, l’ensemble des partis politiques marocains à œuvrer dans ce sens pour défendre les droits des victimes de l’utilisation d’armes chimiques non conventionnelles.

Mais, ce dossier relève des prérogatives de l’Etat qui, lui seul, a le droit d’exiger une réparation et, éventuellement, des excuses de la part de l’Etat espagnol ?
Notre rôle est justement de sensibiliser l’Etat marocain à prendre la relève. Une fois que ce dossier sera entièrement géré et défendu par les institutions de l’Etat, nous estimerons que notre mission a donné ses fruits.
Sur ce point, je tiens absolument à rappeler une réalité historique. C’est en 1979 que l’Association du Bassin Méditerranéen, dont mon frère, Benali Mansouri, est le président fondateur, a commémoré, pour la première fois dans l’histoire du Maroc, la célèbre Bataille d’Anoual. Et ce, contre vents et marées. A l’époque, le nom et le parcours d’Abdelkrim El Khattabi étaient des tabous. Inutile de vous décrire les résistances et les levées de boucliers, que cette commémoration a suscités, à droite comme à gauche, à la majorité comme à l’opposition. En nous traitons de séparatistes et de républicains. Pendant plus de 20 ans, l’association a milité pour que la commémoration de cette bataille soit inscrite parmi les commémorations nationales, telle que celle de Oued El Makhazine, célébrées chaque année par l’Etat. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que nous avons eu gain de cause. Notre démarche aujourd’hui ne répond donc à aucun agenda électoraliste. La France a reconnu sa responsabilité dans les effets néfastes des essais nucléaires au Sahara et l’Italie a reconnu ses préjudices coloniaux en Libye. C’est le cas également de bien d’autres pays colonisateurs. Nous considérons ce moment opportun pour remettre ce dossier au devant de la scène nationale et internationale. Par conséquent, nous n’avons de leçons à recevoir de personne.

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