Nadia Bezad : Plus de prévention pour la femme

Nadia Bezad : Plus de prévention pour la femme

ALM : Quel état des lieux faites-vous de la propagation du virus du sida au Maroc, notamment chez les femmes, de plus en plus atteintes de ce mal ?
Nadia Bezad : Sur le plan épidémiologique, le sida enregistre chaque une croissance considérable, au niveau mondial mais aussi au Maroc. Le Maroc qui enregistre actuellement 507 cas de sida maladifs et entre 15.000 et 20.000 séropositifs. Le mode de transmission du virus reste à hauteur de 75% par voie hétérosexuelle. Les femmes, dont seules 16% étaient porteuses du virus il y a quelques années, enregistrent actuellement des taux pour le moins alarmants. Du total des personnes porteuses du virus, 38% sont des femmes.
A quoi est due cette féminisation de la maladie ? Y a-t-il des facteurs spécifiques au Maroc ?
Il y a d’abord le facteur biologique, les femmes étant par nature plus à être affectées par le VIH. Ensuite, vient le statut même de la femme au Maroc et sa situation socio-économique. N’oublions pas que nous sommes dans un pays où 70% des femmes sont analphabètes, ce qui pose dans toute sa cruauté le problème d’accès à l’information, à l’éducation et aux modes de prévention. La femme reste également très dépendante de l’homme au Maroc, y compris sur le plan sexuel. La femme ne peut toujours pas exiger un rapport sexuel protégé. Tout dépend du bon vouloir de son partenaire de porter un préservatif ou non. Cette inégalité en matière de prévention fait que la femme est souvent, si ce n’est toujours, victime du sida.
D’autant qu’en plus du sida, il existe un nombre considérable d’infections sexuellement transmissibles dont les femmes sont les premières victimes. Pas moins de 300.000 nouvelles infections sont enregistrées chaque année sur ce registre.
Par quoi devrait donc commencer une action ciblée pour limiter le taux des femmes séropositives ?
Une stratégie efficace pour remédier à cette tendance ne peut réussir que si tous ces facteurs combinés sont pris en considération. C’est ce que nous avons tenté de faire en établissant une stratégie s’action, basée sur une étude, qui regroupe les efforts non seulement des associations de lutte contre le sida, mais aussi les associations féminines, avec lesquelles on s’est constitué en réseau. Ceci pour la simple raison que le sida n’est pas uniquement un problème de santé publique, mais aussi un problème social, avec les répercussions que peut avoir le fait d’être porteur du virus sur la situation économique et social de la victime. Toutes les associations regroupées dans ce réseau incluent dans leurs programmes d’action la sensibilisation sur le sida.
Nous, de notre côté, nous faisons appel à ces associations quant les personnes séropositives que nous traitons connaissent des problèmes d’ordre social, du chômage à la violence conjugale en passant par bien d’autres maux dont souffre la femme marocaine. Le sida étant toujours un sujet tabou dans la société marocaine, de surcroît quand il s’agit de la femme, nous avons également créé 14 centres de dépistage, gratuit et anonyme, destinés principalement aux femmes. Quelque 70% des 10.000 consultations qui y ont lieu par année sont en effet pour femmes. Un travail de plaidoyer est également mené pour que les autorités considèrent ce fléau à sa juste gravité. Je citerai à cet égard l’exposé que nous avons présenté le 30 janvier dernier au Parlement et qui a porté sur le droit de la femme marocaine à la prévention.
Sur le plan médical, où en est-on en matière des traitements ? Et qu’en est-il du vaccin contre le sida?
Il faut souligner quelques avancés non négligeables à cet égard. A commencer par l’amélioration des traitements de cette maladie. De nouveaux médicaments, nettement plus efficaces, avec moins d’effets secondaires et de résistances ont vu le jour et sont accessibles au Maroc. Présentant l’avantage d’avoir diminué le nombre de prises de ces médicaments par jour, qui est passé d’entre 4 et 5 à 2 et 3, avec une tendance vers une seule prise par jour, ces traitements sont également d’un moindre coût. De 12.000 DH, on est passé à 6000 DH pour atteindre actuellement 1000 DH. Résultat : une personne atteinte du virus du sida peut vivre plusieurs années sans problèmes et avec moins de souffrances.
Tous ces traitements sont disponibles au Maroc et toutes les personnes malades sont prises en charge sur le plan médical. Ceci étant, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y ait un vaccin en 2010. D’où la nécessité de multiplier les efforts de prévention, véritable vaccin de la société.
Les femmes séropositives au Maroc sont-elles prises en charge socialement et psychologiquement?
Lutter contre le sida suppose d’abord un travail sur l’éducation de la femme marocaine et une adaptation des mesures de sensibilisation à celles qui ne savent ni lire ni écrire. C’est aussi une affaire de solidarité nationale. Figurez-vous qu’il n’existe pas de cellule de soutien aux séropositifs au Maroc. Et il y a notamment le chômage et la prostitution au sein des séropositives, face auxquels nous sommes désarmés. Il n’existe rien ni personne pour prendre ces gens en charge. Le sida est une maladie nouvelle, contre laquelle nous ne sommes pas suffisamment préparés et qu’il faut la prendre très au sérieux, et à toutes les échelles.

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