Naissance d’un bloc démocratique radical

Qui aurait pensé en 1970 que ceux-là même, qui appelaient au dépassement des partis nationaux dits « réformistes et faisant partie du système politique dominant caractérisé par l’immobilisme et la stagnation, selon les termes de l’anthropologue américain, John Waterbury, allaient s’unir, trente années après pour créer un parti qui demande d’agir « aux côtés des autres forces démocratiques et nationales » ?
Qui aurait pensé, à l’époque, qu’après une longue traversée du désert qui a conduit les membres fondateurs de la gauche radicale aux labyrinthes de la détention, de l’exil et du rapatriement , ces mêmes dirigeants allaient constituer un « Parti socialiste démocrate », suite à une rencontre à Bouznika, en 2000.
Une rencontre qui a vu naître un accord entre le Mouvement pour la démocratie, le courant des Indépendants démocrates, des anciens militants de la gauche radicale et l’Organisation de l’action démocratique populaire.
Le 11 février 2001, le mariage entre ces quatre courants fut annoncé . Un communiqué établit la création du PSU (Parti socialiste unifié) et « invite tous les militants à adhérer favorablement à cette nouvelle dynamique ». Une dynamique créée en réaction à l’impasse auquel se heurtait l’ancien projet de la gauche radicale. Un projet qui voulait bâtir le stade suprême du socialisme sans passer par le libéralisme ; c’est –à-dire qui marchait sur sa tête comme disait Karl Marx. En effet, l’OADP venait de sortir d’une dure épreuve, enclenchée depuis son vote contre la Constitution de 1996, sa scission en octobre de la même année, qui s’est soldée par la création du PSD ( Parti socialiste démocrate) et la défection collective du groupe de Mohamed M’rini, qui a rejoint les rangs de l’USFP. Les autres composants du PSU, outre l’OADP de Mohamed Bensaïd Aït Idder, soit, le Mouvement pour la démocratie de Omar Zaïdi, le Mouvement des démocrates indépendants, conduit par Mohamed Moujahid, et des acteurs de la gauche, dont Ahmed Herzenni et Mouchtari Belabbes, étaient las de vivre en marges de l’Histoire.
Après une révision « radicale » de leurs positions à l’égard de la monarchie, de l’intégrité territoriale du pays, de l’Islam ( même si cette donne est restée occultée dans la littérature de cette mouvance) et vis-à-vis des partis politiques « traditionnels » et de leur action, ils sont parvenus à de nouvelles convictions.Le 11 février 2001, ils déclarent dans un communiqué commun qu’ils sont appelés à participer à la constitution d’« un bloc démocratique qui réaliserait les aspirations du peuple marocain au parachèvement de son intégrité territoriale, à l’instauration d’une large démocratie qui garantirait la dignité et une vie décente des citoyens et la défense de l’identité arabe, amazigh et islamique du Maroc». Un projet qui ne diffère en rien de ceux préconisés par les partis nationaux traditionnels, mais qui s’inscrit dans une nouvelle perspective de recomposition du champ politique du pays. Dans les semaines qui viennent, le Maroc verra sans doute l’enterrement définitif de quatre courants politiques et la naissance du PSU en tant que mouvement démocratique radical.

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