Notre diplomatie doit rester mobilisée

Notre diplomatie doit rester mobilisée

ALM : Une quinzaine de jours nous sépare de la réunion du Conseil de sécurité consacrée à la question du Sahara marocain. Comment évaluez-vous le chemin qui reste à faire pour clôturer ce dossier ?
Abdelhadi Boutaleb : Il est du devoir urgent pour notre diplomatie de se mobiliser en vue d’écarter l’application du projet de résolution présenté par James Baker, l’envoyé spécial des Nations unies, pour la question du Sahara. Bien entendu, en tant que Marocains, nous avons exprimé notre rejet de son rapport, mais nous devons redéployer d’efforts pour convaincre l’auteur, si je puis dire, de ce projet de la justesse de notre position, et de lui faire comprendre que son dernier rapport n’est pas valable pour être présenté devant la Communauté onusienne.
Qu’est-ce qui différencie l’action marocaine à ce niveau de celle entamée dans le passé ?
Il va sans dire que dans le passé, nos diplomates n’ont pas explicité à l’émissaire onusien les frontières devant lesquelles il devrait s’arrêter. Car, en tant que médiateur, il devrait veiller à la recherche de solutions intermédiaires qui pourraient bénéficier du consentement de toutes les parties concernées. Malheureusement, nous avons l’impression que cette diplomatie préventive a fait défaut, d’où les rectifications apportées par l’Organisation des Nations unies, laquelle n’est pas partie prenante de ce dossier, mais un élément de médiation.
Que faire pour l’instant ?
Nous devons nous mobiliser et prendre contact avec l’ensemble des membres du Conseil de sécurité, particulièrement les cinq grands pays. Bien entendu, il y a un engagement clair de la part de la France et de son président Jacques Chirac, lequel est un homme connu pour son réalisme politique. Il n’y a aucune raison valable pour les Nations unies d’imposer au Maroc un projet de résolution qu’il rejette et qui n’est pas accepté par d’autres pays. D’autant plus qu’il ne s’agit nullement d’une situation de transgression du droit international et que le Maroc ne fait que défendre sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale. Il n’y a, donc, aucune comparaison à établir avec les situations qui exigent des sanctions de la part de la Communauté internationale. Dans le même ordre, nous sommes persuadés que nos diplomates travaillent d’arrache- pied, à présent, pour remédier aux insuffisances du passé. Car, il va de soi que l’on ne va pas attendre la veille du Conseil de sécurité pour agir. Je présume que les élans sont déjà entamés.
Quels sont, à votre avis, les scénarios possibles pour le règlement de ce dossier ?
Vous savez, nous n’avons aucun problème de ce côté, si d’autres parties refusent le règlement définitif du dossier. Certes, il y a toujours moyen d’envisager le scénario classique portant sur la solution pacifique de la question du Sahara. A ce niveau, et le Polisatrio et l’Algérie qui sont derrière lui sont responsables devant la Communauté internationale et doivent faire preuve d’une réelle volonté de règlement pacifique de cette question.
Est-ce que vous estimez que la situation qui prévaut actuellement en Algérie pourrait favoriser une telle issue ?
Les conditions dans lesquelles se débat l’Algérie ne datent pas d’aujourd’hui. Les problèmes existaient depuis longtemps, mais se sont aggravés, ces derniers temps. Le président Abdelaziz Bouteflika n’a pas pu régler le problème du terrorisme et mettre fin à cette guerre qui oppose l’Armée et les forces de l’ordre algériennes aux groupes islamistes et aux rebelles. Pour avoir échoué dans cette mission, il doit certainement être comptable de son bilan négatif. A cela s’ajoute le conflit interne qui existe au sein du FLN ( Front de libération nationale), notamment entre le président Bouteflika et Ali Benflis. Sur ce, je ne crois pas que l’armée va intervenir dans cette guerre de position ou continuer à faire de la question du Sahara un cheval de bataille stratégique, comme dans le passé.

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