«Nous restons très vigilantes»

«Nous restons très vigilantes»

ALM: Que pensez-vous du long processus de réforme de la Moudawana ?
Latifa Jbabdi : Au moment où ce processus a été enclenché, nous avons été les premières à l’applaudir. Mais la composition de la Commission consultative chargée de la Révision de la Moudawana était intrinsèquement défavorable à l’élaboration d’une réforme dont les résultats seraient satisfaisants. Toutefois, les directives royales, sur la nécessité d’avoir recours à l’Ijtihad, ont été très claires. Nous avons donc entretenu l’espoir d’aboutir à des résultats concluants.
Quel a été le rôle des défenseurs de la cause féminine dans ce processus ?
Nous avons senti, dès le départ, l’apparition de divergences au sein de la Commission de la Révision. Nous avons entrepris de sensibiliser l’opinion publique ainsi que les membres de la commission. Mais les avancées étaient trop lentes. Des blocages ont eu lieu sur plusieurs points. Notre message principal était de dire que les différents chantiers de la réforme ne doivent pas rester l’otage des positions politiciennes.
Quels sont les échos que vous avez eus sur le rapport que M’hamed Boucetta a présenté au Souverain ?
En fait, nous n’avons eu pratiquement aucun écho officiel mais uniquement des rumeurs. Nous ne pouvons pas baser notre réaction sur de simples supputations. En tout cas, nous avons discuté du comité exécutif de l’UAF sur les différents scénarios possibles et partant de la position que nous devrons adopter. L’essentiel pour nous est de mettre un terme aux surenchères politiques. Il n’est plus possible aujourd’hui d’observer le silence sur l’utilisation de l’Islam à des fins politiques. Aucun compromis n’est possible à ce titre. Nous ne pouvons plus être tolérants avec les terroristes intellectuels.
Quels sont ces terroristes intellectuels ?
Les associations féministes ont été victimes d’un grave terrorisme intellectuel. Notre projet de société doit en finir avec la violence contre les femmes. Il est impossible de construire un Etat de droit tout en consacrant des inégalités entre les sexes dans notre code de statut personnel. Celui-ci légitime la violence, la discrimination et la hiérarchisation sociale. Il faut donc revoir les fondements mêmes de ce code.
Comment imaginez-vous donc cette révision de la Moudawana?
A ce titre, les discours royaux sont on ne peut plus explicites. La réforme doit répondre aux exigences du projet sociétal moderniste. Nous voulons un code de la famille moderne. La structure familiale ne doit pas être conçue sous l’angle de la domination mais plutôt dans le respect mutuel et le partage des responsabilités. La femme doit cesser d’être considérée comme une mineure à vie. Cette réforme sera non seulement bénéfique pour les femmes marocaines mais également pour l’ensemble du pays car c’est un préalable à l’intégration de la femme dans le développement économique du Maroc.
Jusqu’où ira votre militantisme pour la cause féministe ?
Tout d’abord, nous restons très vigilantes quant aux résultats des travaux de la Commission. En outre, nous n’allons pas rester les bras croisés. Au contraire, il va falloir optimiser la portée et l’impact de cette réforme de la Moudawana. C’est une occasion en or qu’il ne faut pas rater. C’est notre grand défi. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe d’attendre encore dix ou quinze ans pour faire adopter cette révision par le Parlement.
Justement, quel rôle allez-vous jouer quand le projet sera soumis aux législateurs ?
Nous allons continuer la lutte et la sensibilisation des acteurs sociaux. Les partis politiques sont appelés plus que jamais à se mobiliser et à se positionner de manière claire et sans équivoque. Je tiens à rappeler que les attentats du 16 mai devraient les faire réfléchir sur l’importance de cette révision. J’espère que la majorité des parlementaires ira dans le sens de l’adoption rapide de cette réforme.
Quand espérez-vous en finir définitivement avec ce dossier ?
J’espère que le Parlement planchera dessus dès l’ouverture de la prochaine session. Certains disent qu’au début du mois de novembre, à l’occasion de la fête nationale, la cadence risque de s’accélérer davantage. En fait, une chose est sûre : plus on retarde l’adoption de cette réforme plus on ouvre les portes aux dérapages diverses.

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