On ne se marie plus assez à Casablanca

Les résultats de l’enquête nationale démographique à passages répétés du Haut commissariat au Plan ont été dévoilés lundi 14 mars à Rabat. Selon cette étude, le taux d’accroissement naturel a fortement diminué en passant de 2,7% dans les années 60 à 1,32% en 2010. Mais dans les faits, la population du Maroc ne s’est accrue que de 1,05% en 2010. «Avec une migration internationale qui absorbe un flux net de 86.000 personnes, soit un taux de -2,7 pour mille, la population du Maroc ne s’est accrue, dans les faits, qu’au taux de 1,05%, au cours de l’année 2010 avec 1,91% dans les villes et -0,09% dans les campagnes», a déclaré Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au Plan. L’espérance de vie a connu une progression fulgurante avec un gain de 28 ans en 50 ans. Celle-ci est passée de 47 ans en 1962 à 74,8 ans aujourd’hui. Une situation qui s’explique par l’amélioration des conditions sanitaires et du niveau de vie. Cette enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 105.000 ménages représentatifs de l’ensemble de la population. Ces derniers ont été interviewés au cours de trois passages d’enquêteurs, espacés de six mois entre mai 2009 et août 2010. Selon le HCP, la régression du taux d’accroissement naturel résulte d’une baisse de la natalité. Si au début des années 60, la femme marocaine mettait au monde durant sa vie de procréation 7,2 enfants, de nos jours, elle n’enfante plus que 2,19 naissances vivantes, ce qui représente une baisse de 70%. Le HCP relève que le Maroc est désormais dans le peloton de tête des pays arabes (Tunisie : 2 ,05, Liban : 1,69) pour la transition de sa fécondité. Par comparaison à l’Europe, le Royaume n’est plus qu’à quelques décimales de la France( 2,02). La fécondité diffère selon les régions. Les régions les plus fécondes, affichant un niveau de fécondité supérieure à la moyenne nationale (2,2 enfants par femme) sont Marrakech-Tensift-Al-Haouz (2,6), Chaouia-Ouardigha (2,5), Souss-Massa-Draa (2,4), Gharb-Chrarda-Beni Hssen (2,4). Quant aux régions les moins fécondes, il convient de relever l’Oriental (1,6 enfant par femme), Rabat Salé-Zemmour-Zaer (1,8) et le Grand Casablanca (1,9). Ces transformations de la vie reproductive présupposent des transformations de la conjugalité. En 50 ans, l’âge au 1er mariage a énormément reculé. L’enquête souligne qu’en 2010, les femmes se sont mariées en moyenne à 26,6 ans et les hommes à 31,4 ans, soit par rapport à 1960, respectivement 9,3 ans et 7,5 ans plus tard. L’écart d’âge au mariage entre les deux sexes s’est ainsi rétréci passant de 6,6 à 4,8 ans. A noter que l’âge moyen au 1er mariage est plus élevé en milieu urbain qu’en milieu rural. Les hommes ruraux se marient en moyenne 2,5 ans plus tôt que les citadins (30 contre 32,5 ans) et les femmes rurales 1,8 an plus tôt que les citadines (respectivement 25,6 et 27,4 ans). Par ailleurs, l’enquête relève que 9 femmes sur 10 âgées de 15 à 19 ans sont encore célibataires. Ce qui revient à dire que 150.000 femmes marocaines de cette tranche d’âge sont célibataires. Parmi les femmes âgées de 20 à 24 ans, 61,4% sont célibataires. C’est le cas également de 28,9% des femmes âgées de 30 à 34 ans. Ces proportions, encore plus élevées pour les hommes (99,6% parmi ceux âgés de 15 à 19 ans, 93,3% parmi les 20-24 ans et 42% parmi les 30-34 ans). L’enquête précise que dans les différentes régions du Royaume, le mariage des hommes est contracté en moyenne, entre 30 et 34 ans et celui des femmes entre 24 ans et 29 ans. L’âge au 1er mariage des hommes est le plus élevé (supérieur à 33 ans) dans le Grand Casablanca et l’Oriental et le moins élevé à Marrakech-Tensift Al Haouz (29,7 ans). Celui des femmes est le plus élevé (supérieur à 27 ans) dans le Grand Casablanca et d’autres régions notamment, l’Oriental, Taza-Al Hoceima-Taounate, Rabat-Salé-Zemmour-Zaer…. Il est le plus bas (inférieur à 25 ans) dans les régions de Tadla-Azilal et Marrakech-Tensift Al Haouz. Concernant l’endogamie, l’étude du HCP note un recul du phénomène. L’endogamie a enregistré une baisse de 33% en 1987 à 29,3% en 1995 pour atteindre 21% en 2010. Une régression qui s’explique principalement par le recul des mariages avec des parents éloignés. Le taux d’endogamie avec un cousin germain est resté quasiment stable entre 1995 et 2010 (16,3% et 15,5% alors que celui avec un parent éloigné a connu une baisse sensible passant de 13 à 5,1%. Le HCP relève que cette baisse de l’endogamie s’est accompagnée d’un recul du divorce. Dans les années 60, 31% des mariages se terminaient par un divorce contre seulement 10,5% en 2010.


Un taux de mortalité infantile de 30 pour 1000 en 2010
Selon l’enquête démographique du HCP, le taux de mortalité infantile est passé de 149 pour mille en 1962, à 75,7 pour mille en 1987 pour atteindre 30 pour mille en 2010. Autrement dit, au début des années 1960, près d’un enfant sur 7 mourait avant d’atteindre un an contre un sur 33 aujourd’hui ; et plus d’un enfant sur cinq mourrait avant l’âge de cinq ans contre un sur 28 aujourd’hui. En milieu urbain, le taux de mortalité infantile est passé de 100 pour mille en 1962 à 45,5 pour mille en 1987 et à 25,7 pour mille en 2010. L’accélération de cette baisse a profité davantage à la population rurale dont le taux de mortalité est passé de 170 pour mille à 89,7 pour mille et à 35,3 pour mille enregistrant ainsi des baisses annuelles de 1,9% entre 1962 et 1987 et de 2,6% entre 1987 et 2010. Le HCP note que la baisse de la mortalité infantile devrait rester une préoccupation majeure des politiques publiques. La mortalité maternelle a également connu une baisse. Pour 100.000 naissances, les décès liés à la maternité sont passés de 227 décès (186 en milieu urbain et 267 en milieu rural) au cours de la période en 1994-2003 à 112 (73 et 148 respectivement) en 2010 selon l’enquête à passages répétés.


Prééminence de la migration interurbaine
La mobilité géographique de la population marocaine qui a concerné 1,167 million de personnes (dont 51% de femmes) s’exprime, d’abord, par le phénomène de l’urbanisation dont le taux est passé de 29% en 1960 à 43% en 1982 pour s’établir à 57% en 2010. L’analyse de ces mouvements montre la prééminence de la migration inter-urbaine (584.000) qui représente près de 55% du total de la population migrante et l’importance de l’exode rural qui a concerné 298.000 personnes. Tenant compte des 98.000 personnes qui ont fait le déplacement inverse, quittant le milieu urbain pour s’installer dans les campagnes, le solde migratoire est ainsi largement déficitaire pour le milieu rural qui a perdu au cours de l’année d’observation 200.000 personnes au profit des villes qui en ont gagné, compte tenu de la migration internationale, 127.000. Les sorties hors des limites territoriales nationales ont porté sur 106.000 personnes, tandis que les retours de migrants de l’étranger sont de l’ordre de 20.000, soit un solde migratoire déficitaire de 86.000. Le milieu urbain fournit 85% des émigrants internationaux contre 15% pour le milieu rural.

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