Osman en pole de position

Osman en pole de position

Le président du RNI, Ahmed Osman s’est réuni successivement, vendredi 20 février, chez lui à Rabat avec trois de ses pairs, Mohand Laenser du MP, Mahjoubi Aherdan du MNP et le secrétaire général-adjoint du PJD Saâdedine Al Othmani.
L’information a transpiré. Mais officiellement, cette réunion n’a pas eu lieu. Peut-être que les intéressés, qui n’ont pas démenti la nouvelle par un communiqué public, tenaient à ce que leurs conciliabules soient entourés du secret total.
Il est vrai que trois des quatre leaders en question dirigent des partis représentés au gouvernement. Mais l’information de taille c’est l’association d’un parti important de l’opposition, en l’occurrence le PJD, aux consultations de Ahmed Osman. Alors à quoi rime l’initiative de celui-ci ? Quelle lecture faire de sa démarche ? Quels en sont les objectifs si tant elle en a vraiment ? Premier constat : les partis en question plus l’Union démocratique (UD) de Bouazza Ikken que M. Osman n’a pas invité totalisent, selon les résultats des législatives de septembre 2002, 138 sièges. Mais ces résultats, il faut les réviser à la hausse compte tenu du phénomène de la transhumance où M. Ikken qui sait s’y prendre a gagné dix sièges supplémentaires. Un exploit sous la coupole qui mérite d’être salué. Or, cette alliance pour obtenir la majorité qui est de 168 sièges a besoin de deux ou trois forces d’appoint comme l’un et le PND. Cette configuration autour du RNI, le PJD et la mouvance populaire est une configuration de droite où l’Istiqlal trouverait sa place en cas de refus du PJD de participer aux affaires. Cette combinaison suppose le retour de l’USFP sur les bancs de l’opposition.
La réunion réelle, supposée ou cachée de Ahmed Osman a été suivie d’une sortie médiatique de l’intéressé. Le fait est notable. Dans un entretien accordé à Assabah du mercredi 25 février, le président du RNI, septuagénaire, se retient à peine de dire son ambition de redevenir Premier ministre après avoir occupé ce poste de 1973 à 1979. L’interviewé se désole que la force parlementaire ( 41 députés) de son parti ne soit pas reflétée dans le gouvernement Jettou où le RNI dispose juste de 6 portefeuilles jugés en plus sans grande importance. SI M. Osman concède que la nomination ou le changement de Premier ministre relève des prérogatives royales conformément à la Constitution, il rappelle au cas où on l’aurait oublié que la deuxième Chambre a le pouvoir de faire tomber l’Exécutif selon l’article 77 de la même Constitution. Les conseillers savent désormais ce qu’ils ont à faire à commencer par ceux du Rassemblement. La messe serait-elle dite ?
Une chose est sûre : le gouvernement actuel trouve de moins en moins grâce aux yeux de deux principaux leaders de la majorité : Ahmed Osman et la mouvance populaire. Le premier, qui se laisse aller depuis quelque temps en privé à des confidences sur la “faiblesse“ du gouvernement, appelle de ses voeux l’avènement d’une nouvelle équipe où le RNI jouerait un rôle qui soit à la hauteur de son assise sous la coupole. Ce qui n’est pas le cas actuellement et Osman en est le premier responsable pour avoir bradé la participation de sa formation dans le cabinet Jettou. Critiqué pour cela par les siens, le patron du RNI se sent un peu coupable et veut plus que jamais rectifier le tir. La mouvance populaire dont un des leaders, Mohand Laenser fait partie du gouvernement comme ministre de l’Agriculture, s’est plainte lors d’une réunion consacrée à annoncer la création de la Mouvance populaire unifiée (MPU) de sa sous-représentation au gouvernement alors qu’elle se considère comme la première force politique du pays. Actuel ambassadeur du Maroc à Paris, Hassan Abouyoub se voyait en futur Premier ministre avant que son rêve ne soit condamné à durer ce que durent les roses…
À en croire une figure du MP, la mouvance veut aujourd’hui prendre acte du malaise gouvernemental et manifester son mécontentement sans que cela ne soit pris pour une quelconque prétention comme la revendication de la primature. Ahmed Osman, qui croit que le fruit est assez mûr, cherche apparemment à s’introduire dans la brèche. D’où les devants qu’il a pris en s’entretenant en tête-à-tête avec Laenser et les autres… Environ 16 mois après la formation du gouvernement Jettou, le RNI et le mouvance populaire ont la certitude – à cause de la manière dont Driss Jettou conçoit sa fonction et la façon de se comporter avec eux – que le Premier ministre a fait appel à eux pour servir juste comme force d’appoint. En un mot, les mécontents de la majorité reprochent à M. Jettou de ne travailler qu’avec quelques ministres issus notamment de l’Istiqlal. L’Istiqlal qui semble, lui, bien s’entendre avec le chef du gouvernement. Abbas El Fassi, apparemment à l’aise dans son statut de ministre d’État sans portefeuille, ne peut que trouver des qualités à un cabinet pareil. Driss Jettou, qui se sait la cible des critiques d’une partie de sa majorité, se sent de plus en plus coupé de ses soutiens politiques. C’est pour cela qu’il est allé chercher l’appui auprès du patronat avec lequel il avait programmé un raout jeudi 26 février pour présenter son bilan économique. Mais cette réunion a été annulée pour cause du séisme d’Al Hoceïma. Une catastrophe nationale qui a accentué l’absence de visibilité d’un gouvernement happé par le vide…

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