Où va l’argent des MRE ?

Où va l’argent des MRE ?

Destinés soit à la consommation, soit à l’investissement ou aux deux, les transferts des expatriés sont plus stables que les flux des marchés financiers. Ils auraient même tendance à augmenter en période de difficultés économiques. Très souvent, ces fonds constituent la principale source de devises des pays et également la principale source de revenu des familles bénéficiaires. Ils revêtent donc un rôle extrêmement important et contribuent à la réduction de la pauvreté dans les pays destinataires.
Le Maroc figure parmi les premiers pays bénéficiaires des transferts de ses ressortissants à l’étranger. Avec 3,3 milliards de dollars de recettes MRE en 2001, il se classait quatrième mondial d’après le rapport annuel 2001 de la balance des paiements du FMI. L’Inde occupe le premier rang avec 10 milliards de dollars. En 2003, les recettes MRE s’élevaient à 34,8 milliards de DH, selon l’Office des changes. Jusqu’à fin mai 2004, quelque 14,04 milliards DH contre 13,4 milliards DH, une année auparavant, soit une hausse de 4,8 % ont été transférés.
Comparés à la moyenne, à fin mars des cinq dernières années, soit 10,80 milliards DH, les transferts de fonds effectués par les MRE ont réalisé une expansion de 30 %, ajoute l’Office.
À noter que ces chiffres ne prennent pas en compte les flux qui circulent par des canaux informels. “Dans certains pays, la moitié seulement des fonds transférés passe par les circuits bancaires officiels”, rapporte l’Organisation internationale du travail. Et d’expliquer que les migrants sont peu enclins à recourir à ces circuits, en raison notamment des commissions élevées et de taux de change peu favorables. Conséquence : la fuite de capitaux par l’intermédiaire d’agents de change informels est facilitée en période d’instabilité.
Ces importants apports financiers rendaient urgent l’établissement d’une cartographie détaillée de l’origine, du déploiement ainsi que du retour sur investissement de tels montants. Accoutumé à ces transferts, le pays ne pouvait plus ignorer la composante dépendance de cette source de financement. Tout en étant une chance, le risque est bien réel. L’enquête menée par la Fondation Hassan II pour les MRE, en mai 2004, a apporté une large contribution dans ce sens. Elle a porté sur la nature et la taille des investissements des MRE.
L’objectif fixé étant de rassembler les connaissances précises sur la réalité des projets initiés par la communauté marocaine installée à l’étranger.
Également, organiser leur implication dans l’effort de développement du pays. « Ils ont des compétences qu’il s’agit de valoriser. Il faudrait cesser de ne voir en eux que le volume des transferts », avait affirmé Omar Azziman, président délégué de la Fondation, lors de la présentation des résultats de l’enquête.
Cette recherche révèle le profil type de l’investisseur MRE. C’est plutôt un homme âgé de moins de 47 ans, ayant émigré au cours des années 70. Les femmes ne représentent que 2,5%. Près de 85 % des personnes interrogées ont émigré pour trouver un emploi et seuls 10 % pour des études. Près de la moitié de ces investisseurs MRE n’ont reçu aucune formation. Et 30 % ont suivi des études secondaires dont 15 % seulement ont atteint un niveau universitaire. Ce sont les petits projets d’investissement qui intéressent nos compatriotes à l’étranger. Près de 40% des investissements ne dépassent pas 500.000 DH. À peine 14% des projets atteignent 5 millions de DH.
Aussi, les résultats ont révélé que les deux tiers des projets sont financés sur la base d’apports personnels. Le recours au crédit bancaire reste faible. Seuls 31% des investisseurs marocains à l’étranger y ont recours. Le crédit accordé par les banques est estimé en moyenne à 1,4 million de dirhams. Bank Al Amal a financé en partie 15 projets.
Toutefois, l’enquête n’a pas manqué de soulever l’absence de suivi direct et régulier des placements des MRE. Ceci a des répercussions sur leur investissement. Cette recherche a permis de savoir aussi que les MRE n’ont pas recours systématiquement à une étude de faisabilité (18 %) ou le conseil d’une banque (10 %) pour s’assurer de la viabilité du projet.
L’ensemble de ces constats plaide en faveur d’une approche globale. Sans être que financiers et afin d’optimiser leurs apports, une stratégie plus globale s’impose. Maintenant que les caractéristiques de l’investisseur marocain résidant à l’étranger sont identifiées : profil, revenu, trajectoire, origine géographique et coût d’investissement, reste à mieux assister cet investisseur. Les apports ne pourront qu’être plus optimisés.

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