Ouammou : «l’Europe doit revoir sa politique»

Ouammou : «l’Europe doit revoir sa politique»

ALM : Lundi à l’aube, Mellilia a été le théâtre d’un nouvel assaut de près de 700 clandestins subsahariens. Entre 200 et 300, ces derniers ont réussi à sauter le double grillage métallique qui entoure cette ville. Quelle est votre réaction ? 
Abdellatif Ouammou : Vous savez, ce problème s’aggrave de jour en jour. L’immigration clandestine et les multiples assauts que connaîssent, au cours de ces dernières semaines, les deux présides de Mellilia et Sebta constituent un problème de fond. Ces immigrants subsahariens fuient en fait la misère. Il s’agit encore une fois de l’écart qui sépare les pays pauvres et les pays riches. Ces Subsahariens traversent à pied plusieurs centaines de kilomètres à la recherche d’un avenir meilleur. 

À votre avis que faut-il faire pour mettre fin à ce phénomène qui prend de plus en plus d’importance?
L’immigration clandestine est un problème de fond entre le Nord et le Sud. C’est pour cela qu’il faut entamer une nouvelle réflexion globale pour ce phénomène. Aujourd’hui, les candidats à l’immigration clandestine défient, chaque jour, toutes les barrières dressées devant eux. C’est d’ailleurs le cas également pour ceux qui se jettent dans la mer.  

L’Union européenne veut signer avec le Maroc une convention pour le rapatriement des Subsahariens. Que pensez-vous de cette action ?
Le refoulement n’est pas la solution pour juguler ce flux presque quotidien des migrants clandestins. Le Maroc n’est plus un simple pays de transit. Il est devenu aussi un pays d’accueil pour ces Subsahariens. Pour arrêter ce flux, le Maroc, à lui seul, ne dispose pas des moyens adéquats pour mener des actions pareilles.  Il faut noter dans ce sens qu’il ne s’agit pas d’un problème sécuritaire limité dans le temps et dans l’espace. L’immigration clandestine est un phénomène humanitaire lié aux conditions de développements des pays pauvres. C’est pour cette raison que l’Union européenne devra revoir sa politique générale avec l’ensemble des pays du continent africain. Je le redis, le refoulement ne va guère régler le problème. Il s’agit-là d’une solution facile pour une gestion plutôt précaire.

Le recours à la force a causé récemment le décès de plusieurs immigrants subsahariens. Est-ce une dérive ?
On n’arrivera jamais à régler cela avec la force ! D’ailleurs, ce n’est pas de cette manière qu’on solutionne un problème lié, d’une manière particulière, à des vies humaines.
Pour rappel, jeudi dernier a été particulièrement sanglant avec l’enregistrement de sept décès ! Ce phénomène de l’immigration clandestine est d’abord un problème des droits de l’Homme.

Des journaux espagnols ont critiqué les opérations menées par le Maroc pour freiner les assauts massifs des Subsahariens…
La presse espagnole n’a pas à critiquer le Maroc ! C’est un problème qui ne concerne que l’Espagne qui est d’ailleurs la destination de ces immigrants subsahariens. On aurait aimé que la gestion de ce flux soit plus humaine au lieu de mettre la vie de milliers de gens en péril. Chose qui a irrité les associations humanitaires aussi bien espagnoles que marocaines qui ont protesté contre la manière avec laquelle on essaie de régler le problème. Je ne sais pas pourquoi la presse espagnole critique le Maroc alors qu’il serait bien judicieux qu’elle s’intéresse à la manière choisie par les autorités espagnoles pour affronter le phénomène.

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