OUDAÏ, dangereux et brutal

OUDAÏ, dangereux et brutal

Député au Parlement depuis 2000, Oudaï présidait également le Comité olympique et l’Union des journalistes. Il jouissait d’une réputation sulfureuse de personnage dangereux, brutal, bien qu’il soit assez assagi après un attentat qui a failli lui coûter la vie en 1996. Il avait dû passer six mois à l’hôpital et il lui a fallu plusieurs interventions chirurgicales pour recouvrer l’usage de ses jambes. Depuis la chute de son dictateur de père, les témoignages sur ses multiples frasques, ses passions macabres pour la torture et les craintes qu’il suscitait se multiplient. Un de ses anciens collaborateurs le décrivait comme passionné par l’Internet, la torture, les armes, les gadgets, les femmes, les voitures et l’alcool. En mars 2000, il avait fait son entrée à l’Assemblée nationale, se faisant élire député de la cinquième circonscription de Bagdad avec 99,99 % des voix, tout en continuant à diriger son empire. Oudaï a obtenu en décembre 2002 un diplôme exceptionnel, « supérieur à un doctorat », le premier jamais attribué par une université irakienne, pour une étude sur « l’avenir de la nation arabe au XXI e siècle ». Le fils aîné de Saddam Hussein est également diplômé de la faculté de polytechnique de l’université de Bagdad et détient un doctorat en sciences politiques de la même université. Son journal Babel détonnait dans le paysage médiatique irakien où chaque publication collait au plus près à la ligne officielle, se jouant de tous les tabous, adoptant une liberté de ton qui tranchait avec la rigueur imposée aux autres médias. Contrairement à tous les autres journaux irakiens, qui s’imposaient l’autocensure et n’imprimaient que la parole officielle le quotidien Babel, de forme tabloïde, publiait des informations et des analyses de médias étrangers pas toujours en accord avec l’orthodoxie de rigueur à Bagdad. La télévision de la jeunesse, également contrôlée par le fils du Président irakien déchu, a la même ligne éditoriale et n’hésitait pas à relayer d’autres chaînes arabes, notamment « Al Jazira » qatarie, ce qui donnait l’occasion aux Irakiens, interdits de parole, de regarder le monde avec des yeux autres que ceux des caméra de Saddam Hussein. Selon des Irakiens exilés, Oudaï tuait comme bon lui semblait et pratiquait la torture avec zèle. Il ordonnait régulièrement à ses gardes de ramasser des jeunes femmes sur les trottoirs de Bagdad, avant de les violer. Selon l’organisation britannique de défense des droits de l’Homme Indict, il avait fait punir des prisonniers en les plongeant dans des bains d’acide. Apparemment fier de sa réputation, il se faisait appeler Abou Sarhan, «le loup» en arabe. Cette tendance affichée pour la violence pouvait pourtant exaspérer son père, qui l’avait exilé en Suisse après qu’il eut assassiné en public un de ses gardes du corps préférés en 1988. Alors que des millions d’Irakiens souffraient de pauvreté, Oudaï vivait la grande vie, collectionnant les voitures de luxe, les alcools chers et les femmes faciles. Dans son manoir de Bagdad, les soldats américains ont ainsi découvert un zoo personnel peuplé de lions et de guépards, un garage souterrain abritant sa collection de voitures, des cigares cubains avec son nom inscrit sur la bague, des alcools et des vins fins d’une valeur d’un million de dollars (880.000 euros), et même de l’héroïne. Les lieux étaient également décorés de tableaux, de femmes nues et de photographies de prostituées obtenues sur l’Internet, ainsi que de notes manuscrites évaluant chacune d’elles. A proximité, se trouvait la résidence probable de ses conquêtes, une maison meublée notamment par des statuettes montrant des couples en préliminaires amoureux et des canapés ornés de coussins mollettonnés.

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