Palestine : Sharon et Bush au pied du mur

Il était depuis des mois pressenti à succéder au défunt «Khitiar». Les élections palestiniennes de dimanche dernier l’ont confirmé. Il est désormais, à l’écrasante majorité, le nouveau président de l’autorité palestinienne. Mahmoud Abbas, candidat du Fatah, le principal mouvement palestinien, a en effet remporté les toutes premières élections présidentielle jamais organisées en Palestine.
Selon les résultats officiels communiqués lundi 10 janvier à Ramallah par la Commission électorale centrale (CEC), M. Abbas a obtenu 62,32 % des suffrages, devant son principal rival, l’indépendant Moustapha Barghouthi qui a recueilli 19,8 % des voix.
De quoi soutirer un large sourire, affiché déjà la veille de l’annonce officielle des résultats, à un homme connu pour son austérité. Un sourire qui n’a nullement éludé la mémoire de celui qu’on considère, en Palestine comme dans le reste du monde, comme le père de la Cause palestinienne. «Nous offrons cette victoire à l’âme du frère martyr Yasser Arafat et à tous les Palestiniens», a d’emblée lancé celui qui dispose désormais d’un mandat de quatre ans, renouvelable une fois, devant une foule en liesse.
Plus qu’une première historique dans le monde arabe, peu habitué à des élections transparentes, encore moins mettant aux prises plusieurs candidats, les élections palestiniennes sont riches en enseignements.
Message de démocratie du peuple palestinien au monde, comme l’a déclaré le directeur de campagne de M. Abass, ces élections auront d’abord été une victoire, et comme l’a souligné le ministre palestinien chargé des négociations avec Israël, Saëb Erakat, une victoire pour le peuple palestinien, pour la démocratie et pour la continuité » de l’héritage de Yasser Arafat.
Les élections palestiniennes auront connu la participation de 70% des 1,2 million d’électeurs inscrits, sur un nombre total d’une population de 3,7 millions d’habitants, dont la majorité est âgée de moins de 18 ans. Le scrutin, deuxième du genre après celui de 1996, où Yasser Arafat l’avait emporté avec plus de 80 % des suffrages, aura été soigneusement organisé. L’élection présidentielle est supervisée par la Commission centrale palestinienne pour les élections, une institution indépendante. Environ 67 % des électeurs potentiels, dont le nombre s’élève à 1,8 million, se sont inscrits, en dépit des difficultés liées à l’occupation israélienne, notamment à Jérusalem-Est.
Outre les quelque 16 000 scrutateurs de la Commission centrale, des représentants des candidats, des partis politiques, ainsi que des observateurs locaux et étrangers ont été autorisés à assister aux opérations de vote. S’ajoutent à ces observateurs palestiniens plus de 800 observateurs internationaux, dont près de la moitié d’Européens.
Parmi eux figure l’ancien premier ministre français, Michel Rocard qui dirige une délégation de l’Union européenne. Sans oublier les Américains dont l’ancien président Jimmy Carter, déjà présent en 1996. Une transparence à toute épreuve qui n’a pas manqué de susciter l’optimisme de la communauté internationale. Même le président américain, George W. Bush, celui qui faisait de l’absence de démocratie et non l’occupation israélienne le véritable problème au Proche-Orient, a dû saluer «la bonne tenue et la forte participation de l’élection palestinienne historique».
Idem pour le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, qui a fait savoir que les Etats-Unis et d’autres pays augmenteraient leur aide financière aux Palestiniens pour soutenir leur développement économique et la réforme de leurs institutions.
S’exprimant lundi sur les colonnes du quotidien Le Parisien, le ministre des Affaires étrangères français, Michel Barnier, a estimé que l’élection en Palestine constitue «une première victoire pour la paix».
Un optimisme que l’Etat hébreu s’acharne à tempérer. Ses dirigeants ne cessent de marteler que Mahmoud Abbas doit mettre fin aux attentats-suicides contre Israël. Le dirigeant travailliste Shimon Peres, numéro deux du cabinet israélien, a salué la victoire de M. Abbas. Mais il semble être l’un des rares à aller dans ce sens. «Le principal défi est encore à venir.
Combattra-t-il les terroristes et tentera-t-il de faire cesser la sanglante guerre contre l’Etat d’Israël ?», s’est interrogé le vice-premier ministre israélien, Ehud Olmert.
Le ministre des Finances israélien, Benyamin Nétanyahou a été encore plus véhément. «Elle (la direction palestinienne) doit renoncer au droit au retour des réfugiés palestiniens…». Selon lui, «la direction palestinienne doit aussi cesser d’être corrompue et démanteler les organisations terroriste». Des arguments qui semblent quelque peu dépassés.
Même les organisations palestiniennes les plus radicales se sont montrées solidaires d’Abou Mazen. Le Hamas a déclaré dans ce sens qu’il pourrait collaborer avec M. Abbas.
Le nouveau hôte d’Al Mouqatâa semble, lui, déterminé à aller jusqu’au bout de sa recherche de paix. «Le plus grand des djihads est devant nous», avait estimé M. Abbas, faisant allusion à ses principaux objectifs : la cessation de l’Intifada palestinienne contre l’occupation israélienne, qui dure depuis quatre ans, et la relance des pourparlers de paix avec Israël. Dans un entretien publié lundi par le quotidien italien Corriere Della Sera, le vainqueur de la présidentielle se dit à nouveau «prêt à rencontrer le premier ministre israélien, Ariel Sharon, à n’importe quel moment». «C’est notre devoir de trouver une solution à ce conflit. Mais nous ne pourrons la trouver sans nous parler et sans nous engager dans des négociations qui seront certainement dures, mais qui devront, à la fin, conduire à un accord», a-t-il déclaré. Une volonté de dialogue et de paix qui ne saurait faire s’écarter le nouvel homme fort de l’Autorité palestinienne des fondamentaux de la lutte palestinienne. Aucun accord qui donne moins qu’un Etat palestinien souverain dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale ne sera accepté. Et aucun accord qui n’offrirait pas une solution juste et négociée au problème des réfugiés palestiniens ne sera toléré. La lutte palestinienne continue donc, maintenant et plus que jamais.

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