Pas de bouée de sauvetage pour les naufragés

Comme le disait un vieux tube de notre sympathique Hamid Zaher : « Au début c’était un beau rêve ». Un peu trop sans doute. A Safi, que d’aucuns baptisent la « Cité de l’Atlantique », l’aubaine de ces 30.000 postes de travail sur des bateaux de croisière avait créé un espoir sans précédent.  » Qui peut être plus marin qu’un Safiot ?  » Au fil du temps, l’on saura que le quota réservé à la capitale des Abda est de moins d’un millier. En plus , toutes les garanties semblent là : d’abord, n’est-ce pas un super ministre, en l’occurrence M. El Fassi, qui prend en charge le dossier en en faisant profiter son parti dont les sièges dans tout le pays ont même remplacé, pour un certain temps, les canaux officiels.
Justement, l’ANAPEC se met en branle pour porter définitivement le sceau de la garantie étatique. Enfin, « Al Najat » cela sonne bien, lexicalement. Nos « hittistes » ont alors longuement glosé sur l’étymologie de ce vocable à partir de son port d’attache émirati. Et n’oublions pas que les gens des Emirats sont musulmans comme nous et ne chercheront jamais à nous nuire, se rassuraient les futurs Sinbad. Ainsi, tous ceux qui ont cru à cette grosse machination se sont empressés de faire le déplacement jusqu’à la miraculeuse clinique privée casablancaise sans même s’interroger sur les tarifs prohibitifs pratiqués. A leur retour, la plupart racontaient à des oreilles crédules les merveilles de la technologie médicale découvertes in situ, et le comportement zélé du personnel. Evidemment, habitués aux indigences de l’hôpital Mohammed V de Safi, où on raconte que les seringues ignorent le sens de « jetables » , que le taux d’hépatite est affolant et que les billets de 20 dh remplacent le « bonjour » , la comparaison tournait au dénigrement.
Leurs bilans de santé se révélant excellents, certains commencèrent illico à s’initier à l’anglais accéléré car c’est un bonus, n’est-ce pas, pour l’étranger . Tous se prenaient à rêver et espéraient. Mais le temps a passé et personne ne s’est envolé pour l’Eldorado qui devient un mirage toujours lointain, toujours insaisissable. Il leur fut alors demandé un second contrôle de santé et un peu plus de temps afin que les responsables ajustent les contrats. Et les élections, elles aussi ont passé. Et l’effroyable supercherie commence à être non seulement démasquée mais aussi reconnue. Les optimistes les plus endurcis éprouvent finalement ce sentiment amer du vide, du mensonge entretenu, tels ces détenus des goulags qu’on préparait à la relaxation : rasés de près, habillés de propre, ils étaient conduits jusqu’au portail qu’on feignait d’ouvrir avant de leur faire rebrousser chemin pour réintégrer leur cellule. Ces derniers jours, les nerfs sont à bout, surtout après une annonce d’une chaîne d’un pays du Golfe : « Al Najat c’est du bidon », comme l’avaient déjà prévenu plusieurs organismes et médias sérieux, dénigrés en leur temps pour leur audace. A Safi, le 2 octobre, une centaine de ces floués se sont regroupés devant le siège de l’ANAPEC, sise avenue Moulay Youssef, pour crier leur mécontentement, voire plus. Les choses risquent d’empirer dans les prochains jours.

• Saïd Laqabi
Correspondance régionale

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