Passeports : un trafic criminel

Passeports : un trafic criminel

Le trafic des passeports est souvent étroitement lié à un autre, plus menaçant pour la sécurité des personnes et des Etats. C’est ainsi que les mafias de la drogue et des armes font systématiquement appel au trafic des passeports pour déjouer la vigilance des polices des frontières. De par sa nature même, la répression de ces trafics ne peut s’effectuer efficacement par une police nationale, seule. Une coopération internationale est nécessaire dans ces cas. Cela a été prouvé à l’occasion de la lutte antiterroriste. Là encore, le trafic des passeports est foisonnant. Dernièrement, au Maroc, un trafic des passeports a été démantelé. Le système était quasiment enfantin. Des militants envoyaient régulièrement… par DHL, leurs propres passeports à des terroristes réfugiés en Afghanistan ou tout autre pays européen. On leur faisait savoir que c’était le moyen adéquat de participer au djihad. Et pour cause, chacun peut contribuer à la « cause » en fonction de ses capacités. On peut donner son passeport, son argent ou même sa vie. Les activistes, même, s’ils font l’objet d’un mandat d’arrêt international, peuvent aisément se déplacer d’un pays à un autre à l’aide d’un passeport « emprunté ». En fait, le Maroc ne connaît pas de mafia structurée des passeports. La falsification concerne essentiellement les photos d’identité apposées sur ces documents. Mais depuis que le passeport s’est « démocratisé » même cette pratique a tendance à disparaître. Mais pour des raisons sociales évidentes, certains sont amenés à vendre leur passeport à des amis ou à des proches. C’est ainsi que plusieurs immigrés clandestins ont reconnu avoir acheté leur passeport pour pénétrer en Europe. D’autres l’ont carrément volé. Depuis quelques années, un nouveau phénomène est apparu: des jeunes MRE, de retour au Maroc, vendent leur passeport au plus offrant. C’est un moyen idéal pour les nationaux de pénétrer en Europe, sans visa. Son prix de vente permet aux jeunes MRE qui s’adonnent à ce business de passer des vacances de rêve. Même si ces pratiques sont rares, leur apparition inquiète énormément les autorités. Dans la pratique, la justice marocaine fait souvent preuve de clémence à l’égard de certains types de délits liés aux trafics de passeports. C’est le cas d’une personne qui utilise le passeport de son frère ou de son ami (qui lui ressemble!) pour traverser les frontières. Une fois devant le juge, ces délinquants sont systématiquement relâchés. Toutefois, les passeports interceptés sont carrément confisqués. Et pour les renouveler, leurs titulaires doivent traverser un véritable parcours du combattant. Au Maroc, la pratique administrative est rancunière. Elle ne pardonne pas les dérapages. Une enquête minutieuse est entamée par la police. Dès qu’un passeport est déclaré « volé », un message est transmis à tous les postes-frontières du pays pour éviter que le voleur ne l’utilise pour quitter le pays. Parfois, il s’agit déjà d’une personne recherchée activement. Ceci dit, le passeport marocain a fait l’objet dans une période précise de l’histoire d’une falsification en bonne et due forme. C’était au cours des années 1960. A l’époque, des organisations extrémistes palestiniennes (FPLP et groupe d’Abou Nidal) avaient installé à Alger une imprimerie hyper sophistiquée où ils confectionnaient, en toute tranquillité, des passeports de diverses nationalités, essentiellement celle du Maroc. Grâce à ces passeports, ils ont exécuté plusieurs opérations à travers le monde. A maintes reprises, des passeports marocains ont été retrouvés par les services de sécurité européens. Une vaste enquête a été ouverte par les services de renseignement Marocains. En examinant les passeports, les experts marocains y ont décelé plusieurs anomalies: les noms des titulaires n’étaient pas d’usage au Maroc, les numéros de séries ne correspondaient pas aux villes qui émettaient les passeports, les signatures des gouverneurs étaient mal falsifiées… L’enquête s’est poursuivie pendant plusieurs années. Au début des années 1980, dès que les autorités algériennes ont commencé à sentir que les Marocains étaient bien avancés dans leur enquête, ils ont exigé le départ des Palestiniens. Ces derniers ont délocalisé leur imprimerie vers Chypre. Mais depuis plus de quinze ans, ce trafic a définitivement cessé. Depuis l’installation de Dar Sekka, à quelques kilomètres de Rabat, le Maroc n’imprime plus ses billets de banques et ses passeports en Angleterre. Tout se fait maintenant localement. Le ministère de l’Intérieur supervise de très près le circuit qui commence à la fabrication du passeport à Dar Sekka jusqu’à son utilisation par le citoyen, en passant par sa confection dans les préfectures du pays. Toutes les provinces et préfectures du pays tiennent régulièrement informé le ministère de l’Intérieur du nombre de passeports délivrés.

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