Phase positive

ALM : Comment jugez-vous l’évolution du dossier de l’audiovisuel ?
Mohamed Larbi Messari : Il semble que le terrain est désormais balisé pour la mise en application des textes de loi régissant ce domaine. C’est un pas qui va bouleverser radicalement le paysage médiatique dans notre pays, dans la mesure où la compétition sera ouverte à tous les opérateurs. Ces derniers peuvent donc présenter leurs dossiers et la loi doit être claire et transparente en ce qui concerne les conditions de sélection; notamment au sujet des cahiers des charges et des rapports entre l’autorité de contrôle et ces opérateurs.
Certains observateurs estiment que le Conseil supérieur de l’Audiovisuel manque de professionnels. Qu’en pensez-vous ?
La lettre adressée par feu Hassan II, en 1993, au Colloque national de l’information avait fait part d’une volonté de faire participer l’ensemble des professionnels du domaine ainsi que des représentants de la société civile et d’organisations oeuvrant dans le domaine des droits de l’Homme. Maintenant, le Conseil est mis en place, ses membres sont nommés et, à la tête de la direction générale, on trouve Ahmed Khchichen, un professionnel reconnu. Mais, force est de constater qu’en dépit de tout ce qui a été fait, il y a lieu d’attendre que ces institutions soient opérationnelles, car il s’agit de centaines de personnes qu’il faudrait former et recruter ; et ce alors que la loi de Finances pour l’année 2004 ne prévoit aucun budget pour cette opération.
Et qu’en est-il des textes de loi?
D’abord, il est question de consolider le pôle public. Les radios et télévisions publiques doivent avoir leur cahier des charges, et être comptables de leurs actions, notamment en ce qui concerne le respect du pluralisme et leur reflet dans les émissions présentées au public. Mais, une fois de plus, il faudrait qu’il y ait des budgets à cet effet. Une chose impossible à réaliser d’ici le mois de janvier prochain. Car, si le dispositif de la réforme avait exigé un bon laps de temps, il est également normal que sa mise en application fasse de même. Trois idées motrices ont prévalu en 1993, la première a trait à la libéralisation du secteur audiovisuel, la seconde porte sur la création d’une autorité de contrôle du respect de la loi et des dispositions juridiques, et la troisième est relative aux garanties de transparence. Ces trois idées ont commencé à prendre forme et les négociations sur la libéralisation du secteur doivent bénéficier du temps nécessaire pour aboutir.
Est-ce que la création d’une commission interministérielle à ce sujet va-t-elle retarder le processus ?
Non, au contraire. Bien entendu, après la discussion de cet avant-projet devant le gouvernement, l’avis du Conseil supérieur de l’Audiovisuel et son adoption au Conseil des ministres, il sera soumis au Parlement. Sachant qu’au sein des Chambres de cette institution sont représentées toutes les sensibilités socio-politiques du pays. Il ne faudrait pas perdre de vue qu’il s’agit d’un domaine complexe qui intéresse tout le monde. Mais, comme nous l’avons souligné auparavant, nous avons mis beaucoup de temps avant d’arriver au stade actuel, sachant qu’une vingtaine de pays africains disposent déjà de leur Conseil supérieur et entament depuis belle lurette le processus de libéralisation de leur secteur audiovisuel.
Certaines dispositions liées à la transparence ne sont pas encore claires, notamment le budget des espaces réservés à la production nationale. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Les nouveaux textes doivent participer à l’encouragement de la production nationale ainsi que la garantie des droits d’auteurs et des droits voisins, sachant que des transgressions de la loi sont constamment perpétrées, par quelques chaînes hôtelières et entreprises médiatiques, à l’encontre des droits des auteurs. Tous ces problèmes peuvent être examinés et réglés au niveau du Conseil supérieur. Il s’agit, donc, d’une phase positive qui montre que l’Etat n’est plus réticent à l’égard de la société et qu’il lui fait désormais confiance.

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