Pour que la dernière marche n’ait pas lieu

Une cellule obscure, une fenêtre enrayée de barres de fer faisant entrer une lumière, juste assez pour voir une ombre figée dans un coin, attendant que le glas de sa dernière heure sonne. Un silence assourdissant règne sur les lieux. La porte s’ouvre pour une dernière marche. Une marche qui conduira vers le dos d’un mur où l’exécution aura lieu. Ceci n’est pas une scène des temps des grandes guerres. C’est le sort de tous ceux qui ont le malheur d’être condamnés à la peine de mort. Quelques soient les méthodes utilisées (injection létale, pendaison, chaise électrique, exécution par fusillade comme c’est le cas au Maroc…), le but est le même: faire en sorte que «justice soit faite». C’est donc au nom de la justice que la peine capitale est prononcée et appliquée. Une justice pour le moins injuste qui consiste, selon la définition établie par l’organisation non-gouvernementale Amnesty International, à «infliger un traumatisme et des lésions profondes à un être humain jusqu’à ce que mort s’ensuive».
Réclamer la peine de mort pour faire justice, quel que soit le crime, quelles que soient les procédures, se heurte à l’injustice et à l’arbitraire qui entourent la pratique de cette peine. Cela se heurte également à un élément fondamental des droits de l’homme : nul ne peut être privé de sa vie, même s’il a commis le crime le plus atroce qui soit. C’est contre de telles pratiques que l’organisation Amnesty International ne cesse de lutter. «Comment pouvons-nous parler de libertés d’expression, d’opinion alors que le droit humain le plus fondamental, le droit à la vie, est bafoué dans les quatre coins du globe», déclare Mohamed Sektaoui, président d’Amnesty International Maroc. Les Etats-Unis, la Chine, l’Arabie saoudite et l’Iran. Tels sont les pays qui appliquent la peine de mort. Selon Amnesty International toujours, et rien qu’en Chine, pas moins de 1781 condamnations à mort ont été prononcées entre les mois d’avril et juillet 2001. Un nombre qui dépasse de loin toutes les sentences similaires prononcées dans le reste du monde, sur toute l’année. «Tous les crimes possibles et imaginables sont passibles de la peine capitale en Chine. De la corruption au proxénétisme, en passant par le trafic illicite de drogue, on exécute les gens avec ou sans raison, et après les avoir humiliés de la façon la plus inhumaine qui soit», souligne Sektaoui. Aux USA, même les enfants et les arriérés mentaux y passent. Le symbole de la liberté et des droits de l’homme disposait en 1998 de la plus longue liste au monde des condamnés à mort : 2300 dont 80 sont des enfants.
S’agissant du monde arabe, c’est l’Arabie Saoudite qui enregistre le plus grand nombre de personnes exécutées. Entre 1980 et 1999, plus de 1163 exécutions ont eu lieu dans ce pays. L’une des condamnations concerne une Marocaine du nom de Majda Mustapha Mahira, accusée d’avoir tué son mari, un prince Saoudien.
Asignaler qu’au Maroc, aucune femme n’a été exécutée depuis l’indépendance. La peine de mort est toujours présente dans la législation marocaine, mais elle n’est que trop rarement appliquée. «Le Maroc reste parmi les pays arabes qui appliquent le moins cette peine», remarque le président d’Amnesty Maroc. «Depuis 1993 (date de l’application de la peine capitale contre le commissaire Tabet), l’on n’a pratiquement plus entendu parler d’exécution au Maroc. Seuls 3 des 195 condamnés à cette sentence ont réellement été exécutés cette année-là», insiste M. Sektaoui. Un fait notable étant donné que dans les pays qui se veulent les plus démocratiques au Monde, cette pratique est toujours monnaie courante. Une pratique contre laquelle des organisations comme Amnesty ne cessent de lutter. «Notre objectif à court terme est de voir toutes les exécutions suspendues et le nombre des crimes condamnables à cette peine réduit», déclare Mohamed Sektoui. Pour l’instant, et comme l’a écrit Alain Finkielkraut dans le Mécontemporain, «la barbarie n’est pas la préhistoire de l’humanité mais l’ombre fidèle qui accompagne chacun de ses pas».

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