Pourquoi l’Espagne continue à refuser l’extradition au Maroc du terroriste Hassan El Haski

Pourquoi l’Espagne continue à refuser l’extradition au Maroc du terroriste Hassan El Haski

La justice marocaine a réitéré, la semaine dernière, à son homologue espagnole sa demande d’extradition de Hassan El Haski, soupçonné d’être impliqué dans les attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca. Deux ans après la première demande formulée en juillet 2006 et qui est restée sans réponse, les autorités judiciaires marocaines reviennent à la charge espérant qu’il y aurait, cette fois-ci, une meilleure coopération de la part du ministère espagnol de la Justice. Toutefois, il semble que la nouvelle demande risque de connaître le même sort que la première. Le juge d’instruction espagnol chargé du dossier des attentats du 11 mars à Madrid, affaire pour laquelle El Haski a été jugé et condamné à 14 ans de prison ferme, a préféré transférer la requête marocaine au bureau du Parquet général en sollicitant son avis sur la question. Or, il se trouve qu’un autre juge d’instruction, le fameux Baltasar Garzon, a déjà engagé des poursuites contre El Haski pour, justement, son implication dans les attentats de Casablanca. Le juge Garzon, connu pour son obstination à s’occuper en exclusivité des dossiers ayant une grande portée médiatique et qui a été écarté de l’instruction du dossier des attentats de Madrid, a tenu à y jouer un rôle en procédant à l’ouverture d’instructions parallèles sur des affaires liées auxdits attentats dont les actes terroristes de Casablanca. Dans son acte d’ouverture de l’instruction, il a justifié cette décision par le fait que les attentats de la capitale économique du Maroc ont fait des victimes espagnoles notamment à la «Casa de España». Or, il se trouve que la justice marocaine est plus concernée par cette affaire qui demeure entourée par plusieurs zones d’ombres que seules des enquêtes approfondies sur des gens comme El Haski permettront d’éclairer. Une possibilité qui se trouve compromise par l’attitude adoptée par le juge Garzon qui risque de prolonger sine die l’examen de la demande marocaine. Ce qui risque de compromettre les liens de coopération qui ont été établis et renforcés entre les appareils judiciaires des deux pays dans le cadre de leur lutte conjointe contre le terrorisme islamiste.
Rappelons que le dénommé Hassan El Haski alias, Abou Hamza, a été détenu en décembre 2004 dans une localité située à proximité de Lanzarote aux Îles Canaries. Considéré comme l’un des trois principaux instigateurs des attentats de Madrid qui ont fait 191 morts et plus de 1800 blessés, il a été condamné à 14 ans de prison ferme. Les services de sécurité marocains disposent d’informations crédibles qui indiquent qu’il s’agit du fondateur du Groupe islamique combattant marocain. Une sorte d’organisation terroriste labellisée Al Qaïda et qui avait été créée au lendemain de l’entrée des forces alliées dirigées par les Etats-Unis en Afghanistan comme réaction aux attentats du 11 septembre. Elle a été fondée par les Marocains ayant combattu aux côtés de Ben Laden pendant plusieurs années et qui, en quittant l’Afghanistan, ont décidé d’exporter le modèle terroriste d’Al Qaïda dans tous les pays d’Europe occidentale où réside une forte communauté musulmane en comptant, évidemment, sur les éléments des cellules dormantes que l’organisation avait commencé à installer dès le début des années 1990. Abou Hamza, qui avait quitté le Maroc en 1986 à destination du Pakistan où il a intégré l’une des écoles talibanes financées par l’organisation d’Oussama Ben Landen, faisait partie de l’une de ces cellules dormantes. En 1997, l’organisation réussit à l’installer en Belgique pendant près de quatre ans. Une période entourée de beaucoup de mystères, selon les renseignements marocains.
«Dans les opérations de coopération entre les services de sécurité pour la reconstitution des itinéraires des individus fichés pour terrorisme transfrontalier, le maillon faible demeure toujours celui de la Belgique où, le plus souvent, on perd la trace de l’individu en question», affirme un spécialiste. En 2001, après l’entrée des forces américaines en Afghanistan, El Haski réapparait en Espagne où il allait réussir au bout de quelques mois à obtenir une carte de séjour. C’est cette période située entre ce moment et la perpétration des attentats de Casablanca puis ceux de Madrid, neuf mois plus tard, que les enquêteurs marocains espèrent retracer si les autorités espagnoles accèdent à leur demande et leur livrent Abou Hamza.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *