Pourquoi tant de haine

Les excès de langage, de jugements, d’accusations de part et d’autre, ne peuvent pas laisser indifférent, même si toute intervention sur cette question risque d’être soit interprétée de manière abusive et tendancieuse par les « ennemis » jurés et de plus en plus nombreux de la journaliste, soit considérée comme un supplément d’huile sur le feu et une surenchère qui pêche par le même travers qu’elle est censée dénoncer.
Quoi qu’il en soit, il semble que dans cette affaire, car c’en est véritablement une, on a dépassé depuis longtemps tout sens de la mesure et de la relativité des choses. Les expressions et les menaces utilisées à l’encontre de la journaliste, les manchettes de journaux la mettant à l’index, avec des titres du genre : « le corps des médias nationaux se soulève » en « riposte aux graves agissements de Samira Sitaïl », des appels à signer des pétitions contre elle, l’attitude très mitigée d’un syndicat professionnel à son égard ; tout cela dénote d’un climat exécrable qui s’est installé et qui, qu’on le veuille ou non, éclabousse, même de manière indirecte, tous ceux qui se réclament de la profession.
D’ici à ce qu’on organise un lynchage de la concernée sur la place publique, ou mieux encore à ce qu’on lui rase la tête, qu’on l’enchaîne debout sur une charrette tirée par un âne et qu’on la lapide à la sortie des prières du vendredi, dans un quartier populeux de préférence ; on n’en est réellement pas très loin. Mais de quels pêchés au juste accuse-t-on une journaliste qui pendant longtemps était certes considérée dans la profession comme une forte personnalité, une professionnelle audacieuse, une figure du paysage médiatique très courtisée ? Dans le procès qui lui est fait, il y a de tout : on met dans le même sac un excès d’autorité, une personnalité forte, de vouloir mettre de l’ordre dans une rédaction hétérogène, d’aimer diriger son équipe de manière volontariste, de maltraiter de pauvres journalistes, d’exercer de la censure sur telle ou telle personnalité, telle ou telle publication, de commettre des fautes d’orthographe et de grammaire, de ne pas maîtriser la langue arabe, d’avoir un petit air de pas franchement désagréable , mais de pas tout à fait sympathique lorsqu’elle parle face à la caméra et mille autres tares rédhibitoires et qui méritent au moins le bûcher.
De toutes ces aménités, la plupart sont largement partagées dans tous les médias, chez tous les responsables, et simplement par tout le monde, et appellent naturellement des critiques, des reproches, des sarcasmes, des froideurs dans les relations, voire des sanctions, de la part de la hiérarchie et des mises au point lorsque les choses en valent la peine. Mais, il faut savoir raison garder et ne pas perdre tout sens de la mesure. Il y va de la crédibilité même du métier que nous faisons et de sa capacité à observer cette nécessaire modestie qui consiste à ne pas se substituer, par excès d’égo et de narcissisme, à la vie publique, sociale, culturelle qu’on est censé accompagner.

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