Prendre le mal à la racine

C’est quoi être jeune aujourd’hui au Maroc ? Dès que la question des jeunes est abordée dans ce pays, on pense automatiquement à la politique et comment y impliquer cette frange importante de la population. Tout se passe comme si l’épanouissement des jeunes était tributaire de leur seul engagement dans le domaine politique. D’abord de quelle politique s’agit-il et avec quelles valeurs et quelle méthodologie ? Cette question, pourtant centrale, on évite par contre de la poser.
En fait, il ne suffit pas de glorifier la jeunesse dans les discours pour qu’elle accède effectivement aux grands desseins nourris à son endroit et s’investisse réellement dans le champ de la militance politique. Il en faut plus, beaucoup plus. Il faut d’abord commencer par restaurer l’espoir chez cette tranche d’âge et ensuite la mobiliser autour d’un projet de société où elle puisse se reconnaître.
Un ministère dédiée exclusivement à la jeunesse est une idée noble. Mais ce n’est pas suffisant. Loin s’en faut. Certes, le titulaire du département, Mohamed El Gahs, est un homme de passion et de conviction. Mais force est de reconnaître qu’il ne peut pas tout seul régler les mille et un problèmes des jeunes Marocains.
C’est un dossier trop complexe pour ne concerner que M. El Gahs. Il concerne l’ensemble du gouvernement. Sauf à vouloir se donner bonne conscience en créant un ministère de ce type ou nourrir l’illusion que l’avenir des jeunes dans ce pays est désormais une priorité. Le souci de la jeunesse doit d’abord pouvoir transparaître dans la Loi de finances du pays. Ce n’est pas le cas. Première contradiction. Ce souci doit aussi être porté par le ministère de l’Intérieur à travers les collectivités locales. Ce n’est pas non plus le cas. Livré à lui-même, M. El Gahs tout seul risque d’être écrasé sous le poids énorme de la tâche sans obtenir les résultats escomptés.
Les attentes de la jeunesse marocaine sont connues. Elles se résument en un seul mot : le bien-être. Et les facteurs qui concourent à ce dernier sont aussi connus en tête desquels l’emploi. C’est l’alpha et l’oméga de toute stratégie d’intégration et d’implication des jeunes dans les affaires de la cité et du pays. Le CNJA avait mis en place un plan d’action dans ce sens avec de nombreuses pistes de réflexion émanant d’enquêtes de terrain qui dorment aujourd’hui dans les tiroirs. S’inspirer de ces études pourrait être utile.
Le ministère de la Jeunesse se trouve au coeur des défis majeurs du pays. La délinquance progresse, le mal-être gagne du terrain, les extrémismes guettent et les risques sont en embuscade…. C’est le tableau grisâtre qu’offre le Maroc aujourd’hui. Plutôt que de perdre encore du temps dans les professions de foi, il faut agir vite et prendre le mal à la racine.

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