Prenez soin du sein…

Ce n’est que récemment qu’on a réalisé que le cancer du sein tue des femmes au Maroc. Cette prise de conscience tardive remonte à septembre 2001, date de la création de l’Association marocaine de lutte contre le cancer du sein, présidée par le professeur Raja Aghzadi.
Cette association, animée par des médecins bénévoles, a mené jusqu’ici en collaboration avec le ministère de la Santé publique deux actions réussies, l’une à Safi et l’autre à Laâyoune. Sur 300 femmes safiotes examinées, 14 sont atteintes. Dans la province du sud, 12 femmes étaient porteuses de la tumeur maligne sur un échantillon de 1149 candidates au dépistage. L’association, qui fait de la sensibilisation l’un de ses objectifs principaux, est condamnée à naviguer à vue en l’absence de statistiques officielles sur cette maladie. Combien de femmes au Maroc sont touchées ? Quel est le taux de mortalité ? Personne ne le sait. Résultat : on en est réduit à faire des estimations, à se confondre en supputations. Certains chiffres, non vérifiés bien sûr, font état de près de 3000 cas de cancer du sein au Maroc. D’autres expliquent que les femmes touchées sont beaucoup plus nombreuses que ça.
Dans un pays où la tuberculose fait encore des ravages, la lutte contre le cancer du sein par la mobilisation des moyens appropriés s’apparente à une gageure. La France, pays à la pointe de la lutte contre cette maladie, a lancé une campagne nationale de dépistage systématique auprès de toutes les femmes ages de 50 à 69 ans. Au Maroc, on n’en est pas encore là. En attendant, il serait judicieux de commencer par lancer des campagnes régulières auprès de la population concernée dans les différentes contrées au lieu de se contenter d’actions improvisées quand bien même la bonne volonté et le coeur y sont. L’association du professeur Raja Aghzadi, n’étant pas subventionnée, compte dans un premier temps sur les dons des bienfaiteurs dans chaque région du Maroc pour prendre en charge les patientes. Or, force est de constater que cette stratégie a ses limites à tout point de vue. Quel est ce Mouhssine qui acceptera de prendre sur lui de manière constante les frais occasionnés par le dépistage et le soin du cancer féminin ? Aux maux durables, des moyens permanents.
Au Maroc, l’État a pris depuis quelque temps l’habitude de compter sur la société civile au nom du manque de moyens et de la sacro-sainte idée qu’il ne peut pas tout faire. Or, une politique de santé est d’abord affaire du gouvernement. Le mouvement associatif est le bienvenu pour compléter les efforts et combler éventuellement les défaillances et non pour substituer aux instances publiques concernées. Heureusement que le cancer du sein, contrairement aux autres formes du cancer, peut être détecté par une simple auto-palpation. Plus tôt il est détecté, plus les chances de guérison sont importantes. Cette technique aussi simple soit-elle ne saurait être un réflexe chez toutes les femmes que par un travail de sensibilisation en profondeur. Ici, le combat ne concerne pas seulement la maladie à proprement parler, mais le poids des mentalités en termes d’ignorance et de pudeur.
Cependant, parmi la population féminine marocaine dans toute sa diversité, seule une infime partie a les moyens matériels de faire éventuellement face aux frais de soins et faire un suivi médical régulier chez le médecin spécialiste. À cela s’ajoute la non-généralisation de l’assurance maladie, l’insuffisance de centres d’oncologie, quatre seulement pour tout le pays, et l’absence de centres de prise en charge des patientes. Autant de plaies qui minent le corps de la santé dans le Royaume et qu’il est urgent de soigner. En ces temps de mondialisation de tout y compris des pandémies, l’association de lutte contre le cancer est condamnée à terme, à l’instar de ses aînées dans le créneau du social sanitaire, de se tourner vers l’extérieur pour trouver les financements nécessaires.

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