Produits de santé : 4 milliards de dirhams en jeu

Produits de santé : 4 milliards de dirhams en jeu

L’Accord de libre-échange entre le Maroc et les USA est en commission depuis le mercredi 5 janvier 2005. Les députés devront passer au vote le 18 janvier prochain.
Peu d’entre eux auront le temps de finir d’ici cette date la lecture de ce volumineux texte de 1.600 pages et d’en éplucher les clauses, écrites en général dans un jargon peu évident. Prenant appui sur ce flou, les adversaires de cet accord tentent d’influencer les représentants du peuple. Un exercice auquel se sont livrées de nombreuses personnalités depuis la signature de l’ALE en mars 2004.
Plus virulente, Hakima Himmich, la présidente de l’Association de lutte contre le Sida (ALCS) est même montée au Parlement, un document volumineux en main.
Rédigé en arabe et en français, ce texte devait expliquer aux députés, les inconvénients de cet accord de libre-échange. Un prêche rédigé donc dans un seul sens, et qui tourne par endroits en plaidoyer pour l’industrie locale. L’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP) ne ferait pas mieux. La thèse de Hakima Himmich semble s’inquiéter plus des répercussions de l’ALE sur l’industrie pharmaceutique marocaine, que de ses avantages sur le consommateur marocain. Que dit donc ce rapport transmis aux députés?
Le texte pointe du doigt la clause sur l’exclusivité des données. D’après son rédacteur, il s’agit là d’une nouvelle façon d’instaurer un monopole sur un produit, indépendamment du brevet et même si le produit n’est pas protégé par un brevet.
Le rapport considère aussi que le Maroc s’est imposé avec l’ALE des restrictions sévères comparées aux accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Mais, Mme Himmich craint surtout que certaines souplesses prévues par l’OMC, comme les licences obligatoires et les importations parallèles, destinées à aider les pays en développement, ne soient plus possibles une fois l’ALE entré en vigueur. La présidente de l’ALCS muscle son argumentation en s’alarmant du monopole qu’auraient acquis certains produits avec la signature de l’accord, notamment une protection élevée du niveau de la protection intellectuelle.
Malgré la longueur du document, il n’est point fait mention des effets positifs qu’aurait eu cet accord sur le citoyen lambda. Le rapport de Hakima Himmich critique copieusement «l’accord d’entendement» signé entre les deux parties. Cette clause importante puisque garantissant l’accès des malades aux soins est jugée sans aucune valeur juridique.
Les thèses de la présidente de l’ALCS contrastent pourtant avec l’avis de cet industriel, l’un de ceux qui ont introduit récemment la trithérapie au Maroc et selon qui, l’ALE ne menace pas outre-mesure l’accès aux génériques. «Le cas de l’accès aux médicaments pour le traitement du Sida est à mettre à part, cela dépend plus d’une politique nationale, d’une approche sociale que des accords de libre-échange».
Actuellement, un médicament générique vendu en pharmacie à 20 dirhams coûte en production pas plus de 1,5 dirham. Des marges inimaginables en Europe où les labos pharmaceutiques consacrent une grande partie de leurs budgets à la recherche, contrairement aux compagnies locales, qui vendent leurs produits au prix fort. Le statu quo arrangerait évidemment leurs affaires. Pour continuer à faire de l’argent. Soit dit en passant, sur cette question d’argent et du chiffre d’affaires, les Laboratoires Laprophan ont raccroché ALM au nez. Preuve qu’il s’agit bien d’une question sensible pour un secteur qui compte 26 unités de production et qui réalise plus de 4 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Les tirs nourris contre l’ALE viennent peut-être de la peur du changement.
La question qu’il faut se poser maintenant, note un expert qui ne veut pas se mêler au débat, c’est de savoir pourquoi en autant d’années, avec un marché aussi protégé, l’on n’est pas arrivé à offrir aux Marocains des médicaments de bonnes qualité et à des prix abordables?
Pour sa part, le ministre délégué à la Coopération, Taieb Fassi Fihri, qui s’exprimait vendredi dernier au Parlement, sur ce dossier a parlé d’une chance pour le pays.
Le politique pensait sûrement en général. Contacté depuis sa clinique, Farouk Iraqi, le président de l’Association nationale des cliniques privées, visiblement non concerné par l’ALE, fait remarquer qu’au moins, «avec cet accord, notre profession, bien protégée par la loi, ne craindra pas un raz-de-marées de médecins traitants américains». Chez les pharmaciens, les avis sont partagés. «Bien qu’une importante frange du secteur appelle à la révision de cet accord, d’autres n’y trouvent rien à redire», précise un professionnel qui requiert l’anonymat, pour, ne pas, précise-t-il, avoir maille à partir avec ses pairs. Bref, chacun milite pour sa chapelle. D’où les agitations en tout sens. Preuve qu’en politique comme en pharmacie, il faut toujours agiter la solution avant de s’en servir.

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