Promenades mixtes à haut risque

Le couple d’adolescents se promène dans une totale insouciance aux environs de 18 heures dans les parages du parc de la Ligue arabe. Deux étudiants dont l’âge vacille entre 18 et 22 ans. Se tenant par la main et portant chacun un petit cartable, les deux jeunes gens profitent de cette lumière crépusculaire diffusée par les lampadaires du parc.
Une délivrance dans un univers où les loisirs et les espaces se font rares. A quelques mètres à peine du centre sportif «la Casablancaise», ils sont tout à coup appréhendés par deux policiers en civil leur demandant à la fois les cartes d’identité, ce qu’ils font dans ce coin et la nature de leur relation. C’est une scène très courante dans notre société. Palabres par-ci, explications par là, en fin de compte les deux étudiants peuvent rentrer chez eux.
Une chance que les policiers ne les aient pas embarqués au commissariat pour incitation à la débauche. C’est une problématique qui suscite un bon nombre de divergences à propos de la conduite à suivre dans de telles conditions. Depuis leur très jeune âge, garçons et filles évoluent côte à côte jusqu’à la période des études supérieures. Et même au lieu de travail, s’ils ont la chance d’en trouver, les deux sexes continuent de coexister dans un esprit d’égalité entre hommes et femmes.
Il est donc tout à fait normal que des relations de quelque nature qui soit aient lieu et par conséquent un homme et une femme peuvent faire progresser leur liens en dehors du travail comme c’est le cas dans tous les pays civilisés. D’un autre côté, donner libre cours aux agissements anti-moraux risque de porter atteinte aux moeurs de la société marocaine. Cela ne concerne pas la prostitution pure et simple, que les autorités se doivent de contrer. Il s’agit plutôt de jeunes gens et parfois de moins jeunes, qui ne font aucun mal en marchant ensemble ou en prenant un café ou autre chose. Ce qui n’est pas interdit par la loi ou alors il faudrait légiférer la séparation des sexes dans les lieux publics pour éviter le contact direct. Comme pour les bains publics. Combattre la dégradation des moeurs est une nécessité, mais ce n’est pas en faisant de la répression intempestive de temps à autre qui réglerait un problème somme toute indéfini. De plus en plus de citoyens commencent à se plaindre auprès de la presse, parfois des couples mariés sont obligés de porter leur acte de mariage sur eux à plein temps pour pouvoir se promener en toute quiétude.
Le citoyen est investi par l’incertitude, vit une situation paradoxale entre ce qui se passe en plein centre ville comme actes d’atteinte à la pudeur et la répression dont il fait objet à la première occasion où il se retrouve en compagnie d’un être du sexe opposé. C’est dire que tout se chevauche et s’interpénètre au détriment des petites gens ordinaires. Le citoyen doit désormais s’armer de patience, d’humilité et de discernement pour ne pas, à chaque rencontre qui se présente dans la rapidité et dans l’urgence, dire un mot ou faire un geste dont il regrettera les effets ou les méfaits. Les promenades d’amoureux sont trop risquées de nos jours. Pourtant, une pulsion irrésistible poussent les jeunes gens à ne pas interrompre leur intermède intime. La rencontre d’un jeune couple surpris en pleine conversation amoureuse s’est terminée par la fuite du garçon, terrorisé par la présence de la police.
Le sprint qu’il entreprit aurait mis les jambes en cerceau au plus rapide des coureurs de demi-fond. Il ne savait sûrement pas quoi dire, chômeur et démuni comme il l’est. En conclusion, tout le monde est pour le respect des espaces publics. Seulement la question demeure toujours présente : est-il possible de légiférer la morale ? En tout cas, ce ne sont pas les rafles occasionnelles qui mettrontfin à des comportements naturellement humains.

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