Quand le Maroc veut, le Maroc peut

Quand le Maroc veut, le Maroc peut

Une liesse populaire indescriptible a gagné toutes les villes du Royaume après la victoire, dimanche 8 janvier, de l’équipe du Maroc contre l’Algérie (3 à 1) en quart de finales de la Coupe d’Afrique des nations (CAN).
Casablanca, Rabat, Agadir, Marrakech, Fès, Oujda, Laâyoune… Les Marocains sont descendus spontanément dans la rue pour fêter jusqu’à une heure tardive de la nuit ce triomphe footballistique exceptionnel. Concerts de klaxons, cris d’allégresse et commentaires enchantés… Plus que la joie, c’est le bonheur mâtiné de fierté qui se dégageait de ces foules compactes et bon enfant. Grandiose. Du coup, le public marocain se prend à rêver de voir les Lions de l’Atlas battre le Mali en demi finale et remporter la coupe tant convoitée. Ce Onze national que beaucoup au début n’a pas donné cher de sa peau est en train d’accomplir des merveilles et de réconcilier les Marocains avec leur football.
Un derby maghrébin de tous les suspenses où les hommes de Baddou Zaki ont eu raison de la résistance des poulains de Rabeh Saâdane a fait énormément du bien à toute une nation. Les enjeux d’un match opposant le Maroc et l’Algérie, compte tenu d’un voisinage toujours difficile, n’ont jamais été seulement sportifs. Dans le cas précis, le football est une manière chez l’un comme chez l’autre de continuer la politique autrement. La bonne prestation de l’équipe nationale est aussi la victoire de l’entraîneur Baddou Zaki, un Marocain né sous un ciel marocain.
L’ex-gardien des Lions de l’Atlas, dont les états de services pour le foot national sont importants, a montré que les résultats positifs peuvent être au rendez-vous pour peu que l’on fasse confiance aux cadres du pays en leur laissant les coudées franches loin des pressions et de l’interventionnisme de telle ou telle sphère.
En fait, rien de tel qu’une belle victoire sportive de cette nature pour remonter le moral des troupes et faire oublier le temps d’une CAN ce qui ne va pas : chômage, menace terroriste, pauvreté… Une renaissance venue à point nommé. Cela fait longtemps que le pays tout entier, en proie au défaitisme et en mal de projets mobilisateurs, n’a pas vécu des moments aussi forts et émouvants. Le Maroc en avait grandement besoin pour sortir ne serait-ce que momentanément d’une grisaille qui n’a que trop duré. C’est dire la force magique du football, le seul sport capable de mobiliser les foules et de les faire vibrer à l’unisson.
Encore une fois, cette situation montre en creux la faiblesse des partis politiques qui ont du mal à remplir une salle de 100 personnes, a fortiori de faire rêver les citoyens en le ralliant autour d’un idéal partagé par le grand nombre …
C’est pour cela que le sport en général et le football en particulier mérite d’être pris au sérieux à travers une politique sportive digne de ce nom. Ce qui n’a jamais été le cas au Maroc où ce secteur est resté le parent pauvre des politiques des pouvoirs publics. Ces derniers ont fait vraiment fort en supprimant purement et simplement le ministère du sport du gouvernement et son remplacement par un secrétariat d’État à la Jeunesse comme si le sport en tant qu’entité autonome n’avait pas sa place dans l’exécutif.
Et pourtant, dans un pays comme le Maroc, où l’exclusion et la marginalisation ne sont pas juste une vue de l’esprit, la promotion par le sport et notamment par le foot doit être hissée au rang de priorité nationale avec des budgets aussi importants que ceux alloués à l’Éducation nationale. Or, la réalité est tout autre. Comme les quartiers populaires ou défavorisés ne sont pas dotés de clubs sportifs, les enfants épris de football en sont réduits à jouer en guise de distraction dans la rue sans possibilité de déceler parmi eux les talents prometteurs dans le cadre d’une structure processionnellement encadrée. Comment promouvoir le sport dans le pays alors que cette discipline n’est plus considérée depuis quelques années comme obligatoire dans les lycées et les collèges ?
La réussite de quelques stars du football national qui arrivent à émerger dans tel ou tel club comme celui du Raja ou du Wac est souvent le fruit du hasard. Cette réussite se fait la plupart du temps au détriment de la scolarité de l’intéressé en l’absence d’une école qui allie sport et études. Aussi le choix doit-il s’opérer entre l’un et l’autre. Pas les deux à la fois. D’ailleurs, les parents, en général tiennent à ce que leur progéniture aille jusqu’au bout de leur scolarité plutôt que de la voir pratiquer un sport quelconque en vue d’une carrière professionnelle. C’est tout le problème du sport au Maroc. Pour cause d’absence de professionnalisme et de vision, celui-ci n’est pas perçu par le commun des citoyens comme un métier à part entière qui peut s’avérer lucratif pour son partiquant. En l’état actuel des choses, les parents ont raison de ne pas être rassurés sur l’avenir de leurs enfants désireux de se réaliser autrement que dans les bancs d’écoles. Entre un enseignement public en crise et un secteur sportif frappé d’amateurisme, les résultats ne peuvent être qu’aléatoires. Avec des exploits de temps en temps qui mettent du baume au coeur de toute une nation.

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