Quand les marées virent au blanc

Le 24 juin 1997, des paquets de cocaïne échouent sur la plage de Aïn Diab à Casablanca.
Du jamais vu. Une vaste opération de ratissage est immédiatement lancée sur la côte atlantique de Sidi Rahal à Safi.
La récolte est inimaginable. Des dizaines de colis soigneusement empaquetés sont trouvés, totalisant .. 5784 kilogrammes de cocaïne pure. La marée blanche qui venait de déferler sur les côtes marocaines atteignait l’exorbitante valeur de 1,5 milliard de dollars ! Branle bas de combat dans les services concernés. Un plan ORSEC est déclenché. Des investigations tous azimuts sont menées et les premiers éléments de réponse ne tardent pas à venir.
Les enquêteurs appréhendent le commandant du bateau «Duanas», un ressortissant colombien porteur d’un passeport panaméen. A la tête d’un équipage de 4 marins d’origine espagnole mais porteurs de passeports équatoriens, il était venu accoster au port fluvial de Kénitra pour réparer une avarie. L’itinéraire du bateau et une foule de détails éveillent les soupçons des investigateurs. Le commandant interpellé et interrogé passe vite aux aveux. La cargaison de cocaïne était destinée à un ressortissant espagnol, trafiquant connu des services de lutte anti-drogue. Elle devait être acheminée vers le nord de l’Espagne, au niveau de la frontière portugaise. Une panne mécanique immobilise le bateau au large des côtes marocaines et l’équipage décide de se débarrasser de la cargaison par peur des contrôles. Quelque six tonnes de cocaïne pure sont ainsi jetés à la mer et échouent sur le littoral marocain.
Les services marocains lancent une vaste opération en collaboration avec les services espagnols, à laquelle prennent part des unités spécialisées dans la lutte anti-drogue de France, d’Allemagne, d’Italie et des Etats-unis. En un temps record, moins de six mois, le réseau commanditaire est démantelé en Espagne et l’affaire est bouclée.
En attendant, les autorités marocaines se retrouvaient avec une énorme quantité de cocaïne pure qu’il fallait détruire. Une commission technique scientifique est constituée pour étudier la faisabilité de l’incinération de la prise. Son rapport conclut à la possibilité de détruire complètement la drogue par incinération et écarte les risques majeurs pour l’environnement. Rendez-vous est donc pris avec des experts internationaux pour assister à la destruction de ce milliard et demi de dollars en poudre blanche.
Ils sont venus de la plupart des pays de l’Union européenne, mais aussi des Etats-unis et du Canada et certains ont été mandatés par le programme international des nations unies de contrôle de la drogue.
Le choix se porte sur l’usine Lafarge de Bouskoura, près de Berrechid, qui dispose d’un four capable de détruire la drogue. Le jour J, un important dispositif de sécurité est déployé tout le long de la route menant à l’usine. Gendarmes, policiers, éléments des forces auxiliaires forment une haie infranchissable. Des hélicoptères survolent la zone et escortent le fourgon blindé, plombé par l’autorité judiciaire, qui transporte la cocaïne. Sous les yeux des experts.

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