Quand les salopards marquent des buts

On susurre souvent que ces aides au développement sont parfois détournées par ceux qui ont la charge de les gérer à bon escient. En gros, on se sert de l’argent qui va dans les poches au lieu de s’en servir pour l’intérêt de la communauté. Des affaires de ce genre, il y’en a un paquet qui jettent le doute sur l’usage fait des fonds de la coopération étrangère au Maroc. Un mauvais exemple nous vient d’une convention de financement inscrite dans le cadre de Meda de l’Union européenne programmée au profit du Royaume. Il s’agit d’un “projet d’actions en faveur des jeunes par le développement du sport“. Cette subvention d’un montant de 64 millions de Dhs mis gracieusement à la disposition de Rabat a été purement et simplement déprogrammée. Une lettre émanant de Bruxelles ( datée du 11 septembre 2003 et signée par un responsable du nom de Giorgio Bonacci ) apprend cette mauvaise nouvelle au destinataire, en l’occurrence Fathallah Oualalou. “ Tout en ayant tout à fait conscience de l’importance de l’aspect social de ce projet, je vous confirme que la décision de clôturer ce projet a été prise pour des raisons de bonne gestion financière et selon les critères établis“, écrit M. Bonacci. Se voulant rassurant sur l’avenir des relations entre le Maroc et l’UE, il ajoute : “ Je tiens à vous rappeler que cette décision, adoptée selon des critères objectifs de mise en oeuvre des projets, ne remet nullement en cause l’importance pour la commission du partenariat et de la coopération entre l’Union européenne et le Royaume du Maroc“. Le ministre des Finances et de la Privatisation doit à son tour annuler cette rentrée d’argent qu’il a prévue dans le budget de 2004… De même, les gouverneurs et présidents de communes concernés par ces opérations sociales doivent faire leur deuil de ces équipements. Les terrains qu’ils ont réservés à cet effet ne serviront plus à rien. À la place d’unités sportives poussera désormais la chienlit. Cette manne devait profiter à l’insertion par le sport des jeunes marocains dans nombre de centres urbains réputés défavorisés. Ambitieux, le programme Meda détaille le projet: 7 terrains de football et 7 terrains-omni-sports à Kénitra (commune Saknia), El Jadida, Sidi Kacem, Settat, Kelaât Sraghna, Marrakech (Ménara-Guéliz), Khemisset (commune Oulmès). Sept autres salles omni-sports étaient prévues à Bernoussi et Hay-Mohammadi (Casablanca), Zouagha Moulay Yacoub (Fès), Azemmour, Guelmim, Larache, Tanger (commune Chourf). Sept autres pistes d’athlétisme et sept terrains omnisports à Taroudant, Errachidia, Ouarzazate, Tanger, Tétouan (Fnideq), Fkih Ben Saleh et Taza. Toutes ces infrastructures sportives ne verront pas le jour. Un beau gâchis. Comment on est en arrivé à rater une si belle opportunité d’investissement dans un secteur aussi important ? Il faut poser la question aux responsables du projet. Il s’agit principalement du secrétaire général du défunt ministère du Sport Abderrahmane Zidouh, aux fonctionnaires Himmi, Regragui et Naja, ainsi qu’à l’expert de l’Union européenne Chico Kesbi. Ce sont ceux-là qui étaient chargés de mener à bien ce programme d’investissement selon un cahier de charges précis et dont l’exécution a commencé il y a quelques mois. Il semble que les intéressés ont mal géré les fonds en dépensant une bonne partie, quelque 3 millions de Dhs, dans des études sujettes à caution aux yeux des responsables de Bruxelles. C’est connu, quand on veut détourner des fonds, on a souvent recours à des études bidon histoire de justifier les dépenses qui sont généralement surfacturées. C’est pour cette raison-là que le Maroc a été sévèrement sanctionné sans autre possibilité de renégociation des modalités de mise en oeuvre du programme. Les fonds qui lui étaient initialement destinés profiteront certainement à un pays de l’Est de l’Europe. Le Maroc laisse filer une occasion inespérée d’offrir des alternatives de promotion pour ces jeunes à un moment où le problème de la jeunesse a été propulsé au centre des préoccupations des pouvoirs publics avec un secrétariat d’État dédié pour la première fois à cette franche importante de la population. Apparemment, d’aucuns n’ont pas tiré les conclusions des événements dramatiques du 16 mai qui ont projeté une lumière sur les réalités profondes du pays. Que va faire Driss Jettou pour affronter ce scandale qui intervient aussi à un moment où le Maroc est entièrement mobilisé pour accueillir sur son sol la Coupe du monde 2010 ? Que va-t-on dire maintenant aux jeunes pommés de Fkih Bensaleh, d’Oulmès ou de Guelmim… ? Comment va-t-on leur expliquer le fait qu’ils seront privés des centres sportifs qui leurs étaient destinés ? Apparemment, pour ces milliers de jeunes sans horizon, échapper à la grisaille en disposant d’un club ou d’un terrain où se réaliser n’était finalement qu’une illusion. Ils vont devoir attendre. Une attente qui pèse des montagnes. En fait, à ces jeunes exclus auxquels on vole en plus l’espoir de lendemains qui chantent, les gouvernants ne laissent que des choix douloureux. Mortels. Se jeter dans le détroit au péril de leur vie dans l’espoir de gagner l’Espagne ou céder, vindicatifs, aux sirènes des intégristes de la Salfia Jihadia. N’est-ce pas M. Zidouh ?

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