Quand l’histoire s’écrit comme un conte

S’il n’y avait qu’un seul évènement pour bien résumer la première décennie du règne de Sa Majesté Mohammed VI, ce serait l’Instance Equité et Réconciliation. Pour la simple raison que se fut un moment magique qui souligne le paradoxe Maroc. Au début,  des années de plomb, produits de l’affrontement entre un régime autocratique mais ouvert à l’évolution et une opposition radicale, pour l’essentiel marxiste-léniniste, dont les orientations démocratiques à l’époque restent à démontrer. Les victimes de l’affrontement selon le rapport de l’IER : 742 décès établis, en 43 ans de bras de fer quand au Chili les exécutions des opposants par les hommes de Pinochet se sont élevées à 3.000 en 17 ans. Mais ce sont toujours 742 victimes de trop.
C’est certainement ce qu’a dû penser le Souverain en décidant d’ouvrir le livre des années de plomb pour que le Royaume se retrouve  en paix avec lui-même.
Face aux crimes, par dizaines de milliers, du général Franco, l’Espagne a préféré l’amnésie. Aux USA, l’abolition effective de l’esclavage n’est intervenue qu’à la seconde moitié du vingtième siècle et il a fallu attendre le troisième millénaire  pour qu’un président américain reconnaisse aux Noirs les souffrances que leur ont infligées les blancs. La France a patienté un demi-siècle avant de reconnaître les crimes dont se  sont rendus complices les vichystes. Le Maroc, sans que cela relève nécessairement de l’exploit, a pu s’attaquer au passif de la répression du vivant même de ses victimes et avec leur contribution.
Beaucoup d’hommes ont été les chevilles ouvrières de ce moment d’histoire. Du côté du pouvoir on se limitera au rôle prépondérant de Fouad Ali El Himma. Dans les rangs de l’opposition, on retrouve Ahmed Herzenni qui a pris aux auditions des anciens détenus politiques organisées par l’IER suffisamment de hauteur et de responsabilité pour se considérer non pas comme victime mais comme acteur du bras de fer avec le pouvoir. Salah El Ouadiî, Mohamed Bardouzi, Driss Yazami ou encore Latefa Jbabdi, Chawki Benyoub et bien d’autres ont trouvé en eux la force de faire don de leurs souffrances à la réconciliation.
Mais deux hommes symboliseront pour toujours dans les livres d’histoire l’évènement : le Roi et Driss Benzekri, faits par définition pour ne pas se rencontrer.
Le Souverain, né dans un palais avec les reflets scintillants de la cour et la vie supposée dorée d’un prince, surtout quand il était héritier. Et Driss Benzekri, d’une discrétion qu’accentuait sa maigreur ascétique, né à Aït Ouahi, une bourgade encore aujourd’hui, et certainement, à la naissance de Driss, encore pire, des chaumières parsemées au milieu de rien, perdues dans la nature, à l’orée de l’arrière-pays des Zayanes.
Une rencontre improbable mais qui s’est faite et fait de la réconciliation, un roman qui reste à écrire sur le ton d’un conte de fées.

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