Quand un juge se couvre de ridicule

Quand un juge se couvre de ridicule

Le magistrat français Patrick Ramaël était au passage récemment au Maroc pour l’exécution d’une commission rogatoire internationale dans le cadre de l’affaire Ben Barka, le chef de file de la gauche marocaine enlevé à Paris en 1965. Avant même de quitter le territoire national, la justice marocaine était clouée au pilori et il n’y en avait que pour elle , pour ses «obstacles» et son «manque de coopération» dans les médias. Cerise sur le gâteau, «bredouille» est le qualificatif dont il est affublé à son retour à Paris. Dans le lot, on trouve que toutes les graves accusations portées contre la justice marocaine émanent de Me Maurice Buttin, avocat de la famille Ben Barka. A tel point que l’on pourrait dire que l’avocat Maurice était devenu, le temps d’une commission rogatoire internationale, une sorte de porte-parole du juge Ramaël. Pour tout compléter, ce dernier refuse de confirmer ou d’infirmer les propos qui lui sont attribués par Me Buttin. Que, qui croire ?
Déjà avant son arrivée au Maroc, le juge Ramaël n’a pas caché son agacement de voir repoussée la date de l’exécution de la commission rogatoire à fin novembre 2005 au lieu de la date fixée auparavant, fin octobre, et ce à la demande des autorités marocaines. La raison est toute simple puisque le déplacement du magistrat français allait coïncider avec la fête de l’Aïd Al Fitr, mais aussi avec la période de la Omra (petit pèlerinage).
Dimanche 27 décembre, Me Patrick Ramaël arrive au Maroc pour rencontrer son homologue Jamal Sarhane. Il faut signaler que, malgré un nouveau report demandé par la partie marocaine, le juge français a tenu à se déplacer au Maroc. A l’aéroport de Casablanca, le juge français refuse de communiquer les renseignements qui le concernent comme le veut l’usage dans tous les points frontaliers. Sur la fiche qu’il devait remplir, Me Ramaël note qu’il est «exploitant agricole» habitant une localité dite «Pas laid». Dans toutes les législations du monde, fournir des informations erronées, à la frontière de surcroît, expose à des poursuites. Le meilleur est pour la fin puisque Me Ramaël, en guise d’adresse, note qu’il résidera à l’ «Hôtel de France». Ce qui s’est avéré inexact.  Autant de mystères alors que le magistrat français se rendait au Maroc après accord des autorités du pays et en parfaite coordination avec la justice marocaine.
Le lendemain à Casablanca, il rencontre son homologue Jamal Sarhane dans les locaux de la Cour d’appel de Casablanca. A Me Jamal Sarhane, il soumet une liste d’une quarantaine de personnes qu’il disait vouloir interroger. L’on apprend que, outre trois noms connus, il était question, pour le reste, de simples prénoms. Me Ramaël désirait auditionner « un certain Abdelkader », entre autres, sans aucune autre forme de précision. Mais voulait aussi se rendre dans un ancien centre de détention au sujet duquel il ne fournit pas d’informations exactes. Au bout d’une rencontre de près de trois heures, est décidée une commission rogatoire complémentaire dont la date devait être fixée ultérieurement. Entre-temps, la partie française devait fournir au juge marocain des documents supplémentaires et les noms exacts des personnes à interroger.
La suite est connue. Me Maurice Buttin multiplie les déclarations. La justice marocaine, à l’en croire, n’aurait rien fait pour l’exécution de cette commission rogatoire. Elle est non seulement accusée de «manque de coopération», mais aussi d’avoir dressé des «obstacles» devant la mission du magistrat français. Me Ramaël, dans le jargon judiciaire, a violé le secret de l’instruction avec la complicité de l’avocat Maurice Buttin. Les deux ont cherché une sur-médiatisation. Ils en ont eue. Au-delà du souhaitable, au Maroc comme ailleurs malgré les mises au point de la justice marocaine.
Juste après les premières déclarations de Maurice Buttin, une source de la Cour d’appel de Casablanca avait qualifié d’«infondées» les accusations de l’avocat de la famille Ben Barka. Ce dernier a fait fi de tout pour aller encore plus loin et évoquer des «obstacles» dressés devant le juge Ramaël. Ce dernier était chargé de la septième commission rogatoire du genre dans l’affaire Ben Barka. Mais il lui est déjà arrivé de se déplacer au Maroc pour une commission rogatoire dans le cadre d’une autre affaire.

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